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Emmanuelle Gave

Lettre de coeur d’Emmanuelle Gave, directrice de l’Institut des Libertés

 

Chers Amis et lecteurs,

 

 

Depuis une semaine et quoique je fasse, quelles que soient les méthodes logiques ou raisonnables que j’emploie pour essayer de reprendre la main sur un story telling nauséabond à mon endroit, je suis enfoncée encore plus profondément par une meute aux abois, sans relâche.

 

A tel point qu’à dire vrai, à ce stade, j’abandonne toute raison et je vais pour écrire avec mon cœur.

Mon cœur de maman tout d’abord qui saigne quand ma fille de 16 ans rentre de chez son petit ami de confession juive, hier, dimanche qui lui a demandé « Alors comme ça mon père a dit que ta mère était antisémite ». Moi, Emmanuelle Gave qui ait TOUJOURS défendu Israël et d’aussi loin que je me souvienne. C’est un fait et c’est ainsi. Cela n’a pas à être bien ou mal, c’est la personne que je suis. Mes frères et sœurs sont aussi ainsi et du reste mon frère est aujourd’hui marié à une Israélienne.

Tout a commencé par des allégations de présence, dans les locaux où je travaille, de « caricatures antisémites » (version du 11 février en ligne du journal L’opinion) à « Antisémite Russe » pour finir par un conditionnel « qui seraient peut-être (sic) des caricatures antisémites ».Preuve de l’extrême compétence d’une journaliste qui commence par accuser avant de s’interroger. Il aurait mieux fallu faire le contraire. A vrai dire, cette approximation pourrait être divertissante si elle ne sous tendait l’envie de me salir, quitte à tronquer la réalité.

Rétablissons les faits: ces caricatures m’ont été offertes par un ami qui me les avaient rapportées de Moscou. Ces caricatures représentent le grand capital à la manière Russe de 1919, sont signées de Lénine et disent, en substance (Cyrillique traduit) : « Sur chaque dollar, il y a de la boue et du sang ».

Leur présence dans nos bureaux témoigne de la folie du communisme et d’un peu d’auto dérision de la part de la fille d’un homme d’affaire. Cela est rappelé dans chacun des articles qui me sont consacrés. Il aurait été simple de m’interroger sur leur sens plutôt que de proférer ces accusations grotesques d’antisémitisme.

Concernant les visées négationnistes que l’on me porte, là aussi le débat est abject et ridicule. Je suis avocat. En tant qu’avocat il m’importe de me servir du droit afin de combattre, dans un cadre donné, les adversaires à la Nation qui tenteraient de remettre en cause par des visées négationnistes, ce qui sous tend notre cohésion nationale. Ce qu’Ernest Renan appelait à juste titre « la volonté de vivre ensemble ».

 

Simone Veil, dans une vidéo que vous pouvez trouver sur le site de L’INA du 20 juin 1996 face à l’abbé Pierre en minute 3.48, et je cite in extenso, disait :

« Ce que je voudrais quand même dire c’est que la loi Gayssot (la loi qui interdit de nier l’extermination des juifs), (ie la solution finale),est une erreur parce qu’on a l’air de vouloir cacher des choses, or, on n’a rien à cacher.

 L’Histoire, elle est flagrante. Il ne faut pas empêcher les historiens de travailler ».

 

Ainsi s’exprimait Simone Veil en 1996 sur la loi Gayssot. Si je reprends donc la logique de mes détracteurs, on viendrait aujourd’hui me reprocher de tenir la même position juridique que Simone Veil ? Est-ce donc là ce que l’on me reproche en matière de négationnisme ?

Je persiste et signe. Comme beaucoup d’Historiens, de Juristes, de politiques, je considère avec réserve l’efficacité des lois mémorielles qui n’existent que dans peu de pays et dont l’efficacité doit pouvoir être librement discutée sans être taxée de « négationniste », ce qui est odieux. Comment peut-on effectuer un tel raccourci sur des sujets aussi graves, sauf à user de procédés staliniens d’une immense malhonnêteté intellectuelle.

Mon attachement à la lutte contre le négationnisme, à la vérité de la Shoah, mon combat pour Israël pour la mémoire est non seulement réel mais il est constant. J’ai toujours été « un vieux juif blonde ».C’est ainsi. On comprend donc à quel point je vis mal ces accusations.

Aujourd’hui, la violence politique des attaques que je subis, leur orchestration moutonnière et sans la moindre vérification, me laisse justement à penser que derrière le tout petit bourgeon politique que je suis, c’est aussi le potentiel que je pourrai représenter dans cette lutte que l’on cherche à atteindre.

Ainsi, quand le sénateur PS, Rachid Temal se permet de dire sur C8, le 15 février 2019 « Le père, il y a quelqu’un qui soutient le grand remplacement quant à la fille, elle a dit qu’il fallait s’interroger sur la liberté d’expression qui devrait pouvoir s’étendre jusqu’à la réfutation de la Shoah ».

C’est un homme politique, élu de la Nation, qui ose tenir ce genre de propos de caniveau, car il n’y a pas d’autres mots, sur une chaine de grande diffusion, à une heure de grande écoute.

Ce monsieur ose sortir de son contexte un tweet sur lequel je me suis expliquée plus haut, en citant la rationalité de Simone Veil afin de me faire passer pour l’exacte opposée de ce que je suis. C’est inacceptable. Et c’est pour cette raison que ce monsieur va être poursuivi en diffamation.

Il serait peut-être temps que les hommes politiques se souviennent qu’ils ont été appelés pour servir la Nation et non pas pour mener un combat d’invectives et de mensonges dans forces médias accoutumés désormais à ce genre de traitement.

Dans cette droite ligne, il est faux d’écrire ou de dire, comme le fait monsieur le Sénateur Rachid Témal que mon père, Charles Gave ou moi-même serions adeptes du « grand remplacement » ou même de la « re immigration. »

 

Deux choses :

  • Je mets QUICONQUE au défi de trouver dans mes propos, ou ceux de mon père, une référence au « Grand remplacement ». Jamais nous n’avons évoqué cette thèse de Monsieur Renaud Camus, ni l’un ni l’autre.

 

  • La seconde, concernant les allégations de re-immigration que nous porterions, l’un comme l’autre, voilà encore une fausseté des plus honteuses. En effet, mettre fin à l’immigration illégale et j’insiste sur ce terme en tant que femme de droit que je suis,est une chose, mais pardon, vouloir nous faire dire que nous prônerions un re immigration, par je ne sais quel biais du reste, tant la chose me parait absurde, en est une autre que je ne saurais laisser dire et écrire !

 

Si je devais résumer les attaques qui me sont portées à ce jour, je serai donc, antisémite, négationniste, « aux yeux gris », homophobe, raciste, adepte du grand remplacement, fille à papa et incompétente en tous points.

Et comme je suis « homophobe », je précise que j’ai soigné mon oncle, qui nous a quitté du SIDA en 1996 et ce, sans jamais porter aucun jugement sur sa sexualité qui ne regardait que lui.

 

Avilir son adversaire politique par les attaques ad hominem, sans chercher le débat d’idées, est la preuve flagrante d‘une démocratie racornie où tout est permis, tout est encouragé.

La calomnie tient lieu de raisonnement, la salissure tient lieu de combat.

Le respect de l’adversaire n’est plus.

.Je me suis engagée en politique pour, précisément, ne pas reproduire selon ces codes, pour agir, et non pour disqualifier. Je continuerai.

 

 

 

Emmanuelle Gave