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Charles Gave

La lente descente aux enfers

«La démocratie [en Amérique] fonctionnera jusqu’au jour où les élus se rendront compte qu’ils peuvent acheter les voix des citoyens avec l’argent de ces mêmes citoyens

Alexis de Tocqueville

Pour des raisons qui m’échappent totalement, il est d’usage de présenter le déficit budgétaire et la dette étatique en pourcentage du PNB local. Les deux présentations me semblent extrêmement dangereuses, car elles laissent croire à tort que la totalité du PNB produit dans un pays appartient in fine à l’État, ce qui est un déni implicite, mais fort révélateur, du droit de propriété. Cela dit, comme tout le monde le fait, nous l’utiliserons également occasionnellement, mais ce sera toujours avec réticence…

Commençons par le déficit de l’État en pourcentage du PNB, que nous remplacerons par le ratio entre les dépenses et les recettes de l’État.

Chaque ménage, quand il va à sa banque, présente ses comptes et montre ce qu’il dépense par rapport à ce qu’il gagne. On ne voit pas très bien au nom de quoi il devrait en être autrement pour notre cher État. Le graphique ci-dessous ne retient que les dépenses et les recettes de l’État central ; en sont exclus tous les autres déficits du secteur communiste, tels ceux de la Sécurité sociale, des régions, des départements ou de telle ou telle activité nationalisée.

Comme on le voit, les dépenses sont aujourd’hui supérieures aux recettes de… 55%.

Cela revient à dire qu’à partir de la mi-juin les dépenses de l’État ne sont plus financées par les recettes et que le solde doit être financé par l’emprunt. L’État ne couvre qu’un peu moins de la moitié de ses dépenses par l’impôt! Il est stupéfiant que les célèbres agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch) continuent à accorder à la dette française un AAA, c’est-à-dire la meilleure note. Cela donne une idée soit de l’incompétence considérable de ces agences, soit de la situation dans laquelle doivent être les mauvais élèves tels l’Espagne ou le Portugal, sans parler de la Grèce (l’un n’excluant pas l’autre d’ailleurs). De plus, logiquement, cette dette s’accroît chaque année du montant du déficit de l’exercice achevé. Il va donc falloir soit que les dépenses diminuent ou cessent de croître, soit que les recettes augmentent. Or l’on sait que si les impôts augmentent, la masse fiscale, à partir d’un certain moment, diminue (loi dite de Laffer). Comme le dit la sagesse populaire, « trop d’impôt tue l’impôt».

Nous avons passé ce cap il y a déjà longtemps. »

Extrait de « L’Etat est mort, Vive l’état! » Chapitre 5  page 80 et s