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Jean-Jacques Netter

La bitcoinmania suscite des inquiétudes

Le Bitcoin est à la fois une infrastructure informatique, un système de paiement et une innovation cryptographique Elle a été créée en 2008 par un homme dont le pseudonyme est Satoshi Sakamoto. Il  détiendrait personnellement un million de bitcoin qui sont des unités de compte sans B  majuscule.  Une fois que les 21 millions de bitcoins seront émis, on nous a expliqué qu’il n’y aurait plus démissions nouvelles. Ce serait un peu comme au Monopoly ! Cela explique en grande partie la fièvre spéculative de l’année 2017 alimentée par l’anticipation de la rareté. Il y aurait en effet déjà 16,7M de bitcoins en circulation, ce qui au cours de 19 000$ donnerait une valeur de  273 Md$. Il est possible de réaliser une transaction en Bitcoin sur plus de 100 000 sites internet. L’encours de l’ensemble des  crypto monnaies atteindrait 300 Md$.  Ce phénomène a beaucoup agité  la planète finance pendant toute l’année dernière…

 

Le bitcoin peut-il devenir une monnaie  comme le Dollar l’Euro ou d’autres devises ?

On nous explique que ce serait de l’or numérique, au point pour certains, d’en faire une nouvelle classe d’actif qui serait une sorte  d’or 2.0 ! Il n’a pas de cours légal  et n’est pas assorti d’une garantie de remboursement, puisque  personne ne peut garantir la sécurité d’un coffre fort électronique…

 

Le système d’émission est opaque. Il repose sur un algorithme dont les créateurs sont inconnus. Bitcoin est le nom d’un protocole, c’est à dire d’un ensemble de règles et de normes qui permettent à des ordinateurs et surtout à ceux qui les contrôlent de se comprendre. Il s’affranchit de la garantie étatique de la banque centrale, puisqu’il prétend avoir pour garant l’algorithme et pour tiers de confiance non pas une institution mais la masse des utilisateurs…

 

Il s’agit d’une base de données gérée par la technologie de la Blockchain qui est censée assurer sécurité et certification des transactions en les reliant entre elles de manière totalement indépendante et décentralisée en dehors de toute régulation publique. Tout cela reposant sur le concept de cryptographie mais aussi sur la théorie des jeux et la  théorie des incitations…

Une communauté de 10 000 développeurs libère et vérifie de nombreuses fois par jour  les données cryptées  en contrepartie d’une rémunération versée en bitcoin.  L’invention est technologiquement géniale.

Toutefois si la monnaie virtuelle est inviolable, les sites qui la détiennent sont régulièrement « hackés ». Depuis sa création un million de bitcoins ont ainsi été volés !

 

Pour qu’une transaction en bitcoins soit enregistrée et  inscrite dans la blockchain, plusieurs étapes sont nécessaires : La transaction est d’abord validée par un premier « mineur » puis elle est confirmée par d’autres « mineurs ». Ces « mineurs » seraient les notaires des temps modernes. Le temps de transaction dépasse dix minutes, car il n’existe pas de bourse centrale pour échanger des bitcoins.

La Chine a été de loin le premier centre de « mineurs » jusqu’à ce que les autorités chinoises décident  que le bitcoin faisait partie des matières premières et pas des monnaies. Il n’y a donc plus de passerelle entre le bitcoin et le renminbi, la devise chinoise. Il est désormais interdit à un particulier de détenir des bitcoins en Chine.

 

Ce processus de validation initiale est récompensé par une rémunération en bitcoins. En principe,  Bitcoin garantit un droit de propriété exclusive reconnu par tous sur des unités de compte que sont les bitcoins. Le fonctionnement est donc régi uniquement par un protocole informatique…

 

L’intérêt qu’offre l’anonymat  des transactions pour l’évasion fiscale et les activités criminelles a bien évidemment attiré beaucoup de monde. On est dans l’anonymat des transactions, la décentralisation du contrôle, la convertibilité en Dollars ou Euros à tout moment. Les velléités de régulation vont s’accroître, car les crypto monnaies constituent un support croissant d’opérations de blanchiment ou de fraude fiscale.

 

Les « Initial Coin Offering » (ICO) ont attiré 2,6Md$. Les levées de capitaux dépasseront 3md$ en 2017. Alors que l’on demande à toute société souhaitant s’ouvrir à l’épargne publique de rédiger un prospectus sur lequel ses actionnaires engagent leur responsabilité pénale, rien de tel n’a été demandé aux promoteurs de ICO en Bitcoin !

 

Les crypto monnaies  marquent une nouvelle étape dans la perte du monopole régalien d’émission de monnaie. Elles ne pourront se développer sans limites, car

les transactions en bitcoins nécessitent beaucoup d’énergie. Il s’agit pour le moment d’une unité de compte qui n’est pas encore  une alternative à la monnaie des banques centrales dont la crédibilité a été affectée par le fait qu’elles ont augmenté beaucoup leur bilan en achetant sur les marchés des obligations émises par les Etats et des sociétés.

 

On nous explique qu’il ne s’agit pas d’une bulle, car l’offre de bitcoins n’augmente pas   et il n’y a pas d’utilisation de levier. Cela serait censé être rassurant, car les bulles financées avec de la dette ont des effets collatéraux très graves quand elles explosent.

Cela pourrait évoluer avec le lancement de futures sur le bitcoin au CBOE et au CME à Chicago. La couverture des positions sera de 35%. C’est un grand changement, car il va devenir possible d’ échanger des contrats en dollars indexés sur le cours de  ces crypto-monnaies…

 

Une violente correction est inévitable, seul le moment reste inconnu. Une « monnaie » qui a une volatilité à 30 jours supérieure à 100% ne peut être considéré longtemps comme un moyen d’échange fiable. Elle a d’ailleurs déjà connu des krachs ponctuels, comme celui de novembre 2013 où elle a baissé de 85% !

 

Alors que la création de Bitcoin a complètement échappé aux économistes, le problème pour les politiques est maintenant de savoir s’il faut le réguler comme un mode de paiement, un actif financier ou une monnaie.   Ils ont à essayer de répondre à la question de savoir si le Bitcoin et les autres crypto monnaies vont changer  le monde. Si ce n’était pas le cas, ce serait probablement une des plus grosse fraude de l’histoire financière mondiale…