Devenir libre dans la quête du mouvement perpétuel.

 

 

 

Article de Patrick Navez est chercheur physicien et possède une grande expertise dans la description théorique de la dynamique des systèmes quantiques de grande taille.

 

 

 

Il y a cette volonté dans nos rêves d’aller vers l’insondable, de défier les lois de la nature, d’exploiter au mieux les ressources énergétiques disponibles dans une finalité précise. Il suffit d’observer le pélican, lourd en apparence, mais qui au moyen d’une légère brise arrive à s’élever dans les airs grâces à d’infimes mouvements judicieusement articulés de ses ailes. Ça semble tellement facile pour certains oiseaux de planer avec le minimum d’effort, au point de se demander comment les hommes n’arrivent pas à rivaliser d’ingéniosité afin de reproduire des comportements semblables, en totale synergie avec leur environnement immédiat.

 

La nature est aussi présente pour offrir à notre contemplation – voire nous taquiner – de phénomènes physiques surprenants. Dans ce registre, la superfluidité et la supraconductivité, découvertes au début du siècle dernier, constituent l’expression même de la persistance du mouvement de certains fluides. Qu’ils soient liquides comme l’hélium aux températures proche du zéro absolu, qu’ils soient gazeux comme les alcalins refroidis au laser, ou qu’ils proviennent du courant de conduction d’électrons d’un métal à basse température, aucune force de friction ou résistance électrique ne peut stopper leur progression dans leur environnement immédiat. Si la tentation est grande pour le commun des mortels de conclure à l’existence du mouvement perpétuel, le scientifique se contentera de le qualifier d’état métastable, c’est-à-dire d’un état de mouvement qui ne semble jamais retourner à l’état de repos.

 

Selon les lois de la thermodynamique, le mouvement d’un endroit à l’autre d’un superfluide, comme l’hélium liquide, n’a idéalement pas besoin d’être entretenu car il ne dégrade pas l’énergie en la dissipant, mais au contraire la préserve sans aucune perte. Avec des lignes à haute tension faites de supraconducteurs, la distribution d’électricité domestique serait optimale.  Signalons en outre que comme les courants électriques permanents repoussent les champs magnétiques, ils permettent à ces matériaux “magiques” de léviter quand ils sont plongés au-dessus d’un aimant.

 

On conçoit alors aisément que les applications de la supraconductivité sont nombreuses (comme le train à suspension magnétique) et qu’elles changeront sans aucun doute profondément nos comportements quotidiens. Cependant, le commun des mortels n’est pas encore en mesure de profiter des bienfaits de tels phénomènes qui demeurent l’apanage des seuls spécialistes. C’est qu’en dépit de recherches intenses, ce monde sans dissipation n’est accessible qu’à des températures avoisinant au minimum -150°C pour un supraconducteur réaliste et -270° pour le superfluide. Sans un équipement cryogénique adéquat, ces observations restent inaccessibles à nos yeux d’enfants émerveillés.

 

Les investissements sont pourtant colossaux (notamment au Japon) pour trouver le matériau miracle fonctionnant à température ambiante. Dans les années 70 et 80, on croyait que seuls les métaux ne pouvaient être supraconducteurs qu’en dessous de -250° C. Mais en 1986, on a découvert que cette propriété se manifeste aussi dans des céramiques, en principe isolantes, à des températures étonnement plus élevées d’environ -180° ! Depuis lors, une frénésie a emporté la communauté de chercheurs pour trouver le nouvel alliage qui allait révolutionner notre quotidien. Aujourd’hui, de nombreux nouveaux matériaux supraconducteurs ont vu le jour mais aucun n’a encore passé le cap du fonctionnement domestique aux températures ambiantes.

 

 

Quoique cette vague de recherche a fait beaucoup progressé notre connaissance, elle a cependant divisé le monde scientifique sur la compréhension fondamentale de la persistance de ces mouvements macroscopiques. Au contraire de la supraconductivité des métaux purs pour laquelle une théorie admise par le plus grand nombre existe, l’explication de ces phénomènes demeure mystérieuse concernant leur modélisation précise. Ce qui  décontenançe est qu’une expérience d’absence de résistivité électrique, simple en apparence, devienne extrêmement ardue à interpréter au niveau microscopique, tant les matériaux ont une structure très complexe au niveau de leurs constituants atomiques. De plus, leur élaboration peut cacher un savoir-faire difficile à maîtriser, voire un know-how, pour préserver les recettes de fabrication seulement a un petit nombre.

 

L’expérience quotidienne nous enseigne qu’un fluide normal comme de l’eau finit toujours par s’arrêter quand il est en rotation dans un verre. Il faudrait donc oser imaginer qu’une certaine complexité est nécessaire pour que la magie du mouvement persistant s’opère. Une combinaison d’ingrédients subtilement agencés permettrait d’accéder au Graal. Cela aux dépens d’une profonde compréhension de la nature qui échappe encore à l’entendement.  À la manière des alchimistes du Moyen Âge, cette absence de maîtrise fait resurgir toutes les croyances les plus audacieuses qui contrastent avec la révolution de la mécanique quantique établie au siècle passée sur de bases mathématiquement rigoureuses.

 

C’est que dans cette affaire, le monde moderne et rationnel semble pour le coup disparaitre sous nos yeux. À l’ère de la soi-disant intelligence artificielle, les ordinateurs ne sont pas capables de prédictions fiables sur ces matériaux fautes d’hypothèses réalistes sur leur modélisation. Malgré tout, un certain nombre de haut gradés de la physique théorique se sont entêtés chacun à proposer leur modèle sans se donner le moyen de convaincre le plus grand nombre. Des querelles intestines s’en sont suivies qui n’ont pas donné l’occasion de débats contradictoires constructifs. Faute de discussions honorables, le monde scientifique s’est plutôt radicalisé avec pour conséquence que des phénomènes des plus nobles de la physique n’ont pas trouvé encore une explication complète qui fasse l’unanimité.

 

À côté de l’image d’Épinal d’un Albert Einstein bon enfant discutant avec ses collègues au congrès Solvay sur la physique quantique, nous nous retrouvons aujourd’hui dans des luttes de pouvoir en ce qui concerne la superfluidité et la supraconductivité, avec la menace de non financement de ceux qui ne pensent pas comme il faut, en particulier de jeunes chercheurs. La vie facile aidant, les intellectuels peuvent parfois devenir des docteurs de lois semblables aux pharisiens d’il y a deux milles ans, sans que personne n’y objecte quoi que ce soit. Jusqu’au jour où le besoin de liberté se fait sentir, et que l’audace de dénoncer son absence, permettra enfin de faire progresser la physique fondamentale.

 

C’est donc dans cet état d’esprit d’un sens plus aiguisé de l’honneur et de la dignité que la recherche en science doit se situer, au côté de débats politiques, économiques et historiques qui souffrent tout autant de cette soif de liberté.

 


Conférence du 15 février 2019 à Versailles

Chers amis,
Dans cette période de chaos social et d’agitation fébrile des politiques, la place doit être donnée à la réflexion et à la concertation.
L’Institut des libertés, Liberté politique et Versailles Familles Avenir sont heureux de vous convier à une soirée débat sur le thème :
“Rendre le pouvoir aux Français”
le 15 février à 20h30 à Versailles,
UIA, impasse des gendarmes 
Entrée libre, pot de l’amitié et signatures 
Programme 
  • Charles Gave    Introduction générale

 

  • François Billot de Lochner   Rendre le pouvoir aux français en matière d’immigration dans un contexte d’islamisation
  • Fabien Bouglé  Rendre le pouvoir aux français en matière familiale et de préservation de la vie et du mariage
  • Emmanuelle Gave  Rendre le pouvoir aux français en matière de manipulation de l’humain et de la marchandisation du corps

 

 

Intervention du public avec questions orales
Fin pot de l’amitié avec signatures des livres
Entrée libre 

Venez nombreux et diffusez l’information dans votre réseau

 


Le ministre, le gilet jaune et le libéral

Par Philippe Prigent, auteur invité.

Philippe Prigent est ancien élève de l’ENS Ulm (lettres classiques), de Sciences po (droit économique) et de la Sorbonne (lettres classiques). Il a exercé plusieurs années au sein du cabinet Cleary Gottlieb et est avocat au Barreau de Paris.

 

 

Les réactions au mouvement des gilets jaunes révèlent la différence entre vrais et faux libéraux en dévoilant leur véritable réponse à la question : la loi est-elle la même pour tous ? Le libéral répond oui, le pseudo-libéral répond « oui mais » (c’est-à-dire non).

Quel rapport avec les gilets jaunes ? Le deux poids deux mesures étatique entre eux et les voyous ou les policiers auteurs de violences.

Le libéralisme repose sur l’égalité devant la loi. La règle doit être identique pour tous les justiciables et appliquée de la même manière à chacun. Les amateurs d’histoire auront reconnu dans cette égalité, l’isonomie, la définition antique de la démocratie – ce n’est pas un hasard.

La loi est identique lorsque toutes les personnes sont soumises à la même règle. Si l’une reçoit un avantage juridique, toutes les autres en bénéficient ; si l’une est soumise à une règle plus sévère sur un point, toutes les autres y sont soumises. Le régime est libéral car il conduit à étendre les libertés dont bénéficient les privilégiés au sens juridique à tous les autres citoyens. Si mon voisin produit du vin, j’ai le droit d’en produire aux mêmes conditions que lui et je peux le concurrencer. Ou alors il faut interdire la fabrication de vin à tout le monde – ce qui n’est pas civilisé.

La deuxième condition de l’égalité devant la loi est que l’Etat et ses fonctionnaires subissent la loi (c’est l’Etat de droit). Si la puissance publique impose une règle même absurde aux justiciables (ex : interdiction de produire du vin), elle doit la respecter. Il en va de même pour ses agents, qui ne sauraient avoir plus de droits que les autres citoyens. Les seigneurs féodaux disposaient justement de privilèges parce que l’Etat n’était pas soumis au droit et qu’ils détenaient une part du pouvoir étatique (les comtes, ducs et autres barons sont historiquement des hauts fonctionnaires usurpateurs la puissance publique). Comme l’égalité devant la loi soumet les fonctionnaires et ministres à la règle commune, la liberté des autres citoyens augmente considérablement.

La dernière condition est que la règle soit appliquée à tous de la même manière : des règles générales appliquées de façon arbitraire sont une parodie de libéralisme. Si l’Etat emprisonne la moitié des viticulteurs pour fabrication illégale de vin sans poursuivre l’autre moitié, il n’y a pas d’égalité réelle devant la loi.

Les réactions au sujet des gilets jaunes sont éclairantes à cet égard.

Les « progressistes » (Cohn-Bendit, Macron, etc.) portent aux nues les émeutes de mai 1968 et leurs violences, y compris les passages à tabac des opposants dans les universités et les tirs de cocktails molotov sur les policiers. Ils « comprennent » les violences commises dans les banlieues, y compris les lapidations ou les tirs sur les policiers et les pompiers, ou encore les milliers de voitures brûlées par les « jeunes » à chaque Saint-Sylvestre. Début 2017, ils accusaient les policiers d’avoir violé à coup de matraque un certain Théo, en professant la plus grande défiance envers les forces de l’ordre.  Et même parler des frasques de M. Benalla ou du policier boxeur de Toulon, les mêmes approuvent les « interpellations préventives » (dans un pays d’Habeas corpus, les auteurs d’un tel abus de pouvoir sont eux-mêmes emprisonnés).

En revanche, ils réclament les poursuites et les peines les plus sévères contre mes gilets jaunes, y compris l’emprisonnement pour manifestation interdite dès que trois d’entre eux se réunissent (Gérard Leclerc le 8 janvier sur CNews). Ceux qui admirent les émeutes de 1968 et excusent les violences régulières des voyous de banlieues s’émeuvent des réactions de certains gilets jaunes – qui sont condamnables mais infiniment moins nombreuses et moins graves.

Talleyrand disait : « je pardonne aux gens d’être en désaccord avec moi, ce que je ne leur pardonne pas, c’est d’être en désaccord avec eux-mêmes ».

On peut tout à fait estimer que toutes les violences doivent toujours être punies sévèrement, y compris celles commises par l’Etat et ses agents. On peut aussi estimer qu’il faut faire preuve de mansuétude envers toutes les personnes impliquées dans un mouvement politique de grande ampleur – ce fut la position de l’exécutif en 1968. On ne saurait en revanche porter aux nues les violences de mai 1968 et des trente dernières années dans les banlieues ainsi que leurs auteurs et en même temps réclamer contre les gilets jaunes l’application la plus sévère des lois (voire des actes de sévérité au-delà des lois).


Bruxelles contre Pologne : l’Etat de droit à géométrie variable

L’Idl est très honoré de recevoir cette semaine M. Philippe Prigent qui commettra, nous espérons quelques papiers bien sentis quand il le pourra. M. Philippe Prigent est ancien élève de l’ENS Ulm (lettres classiques), de Sciences po (droit économique) et de la Sorbonne (lettres classiques). Il a exercé plusieurs années au sein du cabinet Cleary Gottlieb et est avocat au Barreau de Paris.

 

NDLR: Je compte sur vous pour lui faire bon accueil

 

 

“L’Union européenne vient de donner un nouvel exemple admirable de ce qu’elle entend par « respect de l’Etat de droit » pour mettre au pas les Etats européens.

La Pologne avait adopté une loi qui mettait à la retraite d’office les juges âgés de 65 ans mais autorisait le président de la République à les maintenir en fonction au-delà de cette date s’ils étaient toujours aptes à rendre leurs fonctions (le métier de magistrat est très exigeant si on le fait sérieusement). Cette réforme allait donc mettre à la retraite quelques juges de la Cour suprême nés entre 1945 et 1953 et dont certains exercé des fonctions judiciaires avant 1990.

Selon Bruxelles, c’était une atteinte intolérable aux droits de l’homme au sens de l’Union européenne, car les juges de la Cour suprême défendaient l’état de droit en Pologne. Des juges qui ont servi loyalement un régime stalinien jusqu’à leurs 40 ans sont de toute évidence d’ardents défenseurs des libertés individuelles. Qui est mieux placé qu’un ancien juge aux ordres du Parti communiste pour protéger les libertés économiques et politiques ? Comment les Polonais pouvaient-ils douter de la compétence et de l’humanisme de magistrats qui ont fait carrière en couvrant les tortures de la police politique, en approuvant les violences contre Solidarnosc et en condamnant les partisans de la liberté contre l’URSS ?

Il faut vraiment être sceptique et même eurosceptique pour se poser des questions à ce point inappropriées…

Restaient deux problèmes :

  • quelle règle du droit de l’Union européenne les eurocrates pouvaient-ils invoquer pour s’immiscer en urgence dans le droit d’un Etat membre de fixer des limites d’âge pour les fonctions les plus exigeantes ?
  • et comment sanctionner la fixation d’une limite d’âge à 65 ans alors que la Cour de justice de l’UE venait de juger valide une limité d’âge fixée à 65 ans dans d’autres secteurs (ex : arrêt Werner Fries/Lufthansa en 2017) et que la plupart des pays de l’UE imposent une limite d’âge d’environ 65 ans à leurs magistrats ?

Autant le dire tout de suite, l’UE a purement et simplement ignoré la seconde question : maintenir en poste les magistrats soviétiques fait partie de l’Etat de droit, faire preuve de cohérence jurisprudentielle, non.

Pour la première question, la Commission européenne puis la Cour de justice de l’UE ont suivi la méthode Giraudoux : « le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination ; jamais poète n’a dépeint la nature avec autant de fantaisie qu’un juriste la réalité ». Accrochez-vous, chers lecteurs, car voici un numéro de haute voltige.

Selon les juges européens, l’article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE prévoit le droit à un recours devant un tribunal indépendant et impartial chaque fois que les Etats membres mettent en œuvre le droit de l’Union européenne. Et selon l’article 2 du Traité de Lisbonne « l’Union européenne est fondée sur l’Etat de droit ».

Donc la Pologne ne peut pas imposer une limite d’âge de 65 ans à ses juges – y compris ceux qui avaient servi la dictature communiste.

Le lecteur ne manquera pas d’être surpris : en quoi la composition interne de la Cour suprême polonaise concerne-t-elle l’application du droit de l’UE alors que la nomination des juges ne relève pas du droit de l’UE mais du droit interne de chaque Etat ? Peu importe.

En quoi la Cour suprême sera-telle moins indépendante si les magistrats qui continuent à siéger sont indépendants (leur indépendance n’est contestée par personne) ? Peu importe.

Si la limite d’âge à 65 ans viole l’Etat de droit, pourquoi est-ce un problème en Pologne et pas ailleurs ? Peu importe.

Si l’Etat de droit interdit la nomination des futurs juges de la Cour suprême par le président de la République en accord avec le Parlement (comme aux Etats-Unis), les juges déjà nommés ne sont-ils pas eux-mêmes illégaux et illégitimes puisqu’ils ont été nommés selon cette procédure ? Peu importe.

Et si les élus ne doivent pas même accélérer le renouvellement des magistrats, les membres de la Cour de justice de l’UE qui condamnent la Pologne ne sont-ils pas eux-mêmes une violation de l’Etat de droit, puisqu’ils ont été directement nommés par les dirigeants euro-béats de leurs pays respectifs ? Peu importe.

Les artifices des technocrates européens masquent mal leurs véritables motifs : maintenir à tout prix les juges nommés du temps où les euro-béats avaient le pouvoir en Pologne, des juges qui cassent les lois votées par la nation polonaise au nom de leur idéologie (notamment en matière migratoire) et qui pour certains défendent le soit disant libéralisme de l’UE de la même manière qu’ils défendaient l’oppression bolchévique.

 

Par Philippe Prigent


Assez de subsides ! Assez de crédit ! Des salaires !

La mondialisation n’est pas compatible avec les fondamentaux de la pensée libérale

Sans aucun doute l’échange constitue la base du libéralisme économique et son expansion permanente une source de croissance économique. En énonçant la loi des débouchés « L’offre crée sa propre demande », Jean Baptiste Say émettait une vérité d’évidence qu’il est aujourd’hui bien difficile de comprendre spontanément tant le keynésianisme a pris une part prépondérante dans les débats de politique économique. De façon à le dire encore plus simplement et selon les propres termes de JB Say [1]« de toute manière, l’achat d’un produit ne peut se faire qu’avec la valeur d’un autre ».et de poursuivre « dans un Etat plus les producteurs sont nombreux et les productions multipliées, et plus les débouchés sont faciles, variés et vastes ». La conclusion de cela c’est que la prospérité de chacun dépend de la prospérité de tous.

En soulignant « dans un Etat » doit-on comprendre que JB Say était hostile au libre-échange ? Au contraire il soutenait avec raison que « l’importation des produits étrangers est favorable à la vente de produits indigènes, car nous ne pouvons acheter les marchandises étrangères qu’avec les produits de notre industrie, de nos terres et de nos capitaux ». Il ajoutait également que l’achat dans de meilleurs conditions de produits étrangers conduisait les producteurs nationaux à réallouer les capitaux dans des industries dans lesquelles ils avaient un avantage compétitif.

La mondialisation brutale des vingt dernières années va remettre en cause cette loi qui sous tendait un contrat social où la prospérité de chacun concourrait à la prospérité de tous. La liberté totale de mouvement des capitaux mettra à mal l’idée selon laquelle les producteurs nationaux étaient enclins à réinvestir sur place les profits dégagés dans leur pays. Dès lors le mécanisme selon lequel des producteurs plus nombreux entrainent des productions multipliées et des échanges plus féconds s’en est trouvé durablement affaibli et la prospérité de chacun (l’entreprise qui délocalisait sa production) n’a plus concouru à la prospérité de tous. Au niveau d’un Etat, moins de producteurs, moins de produits, moins d’échanges et la prospérité de celui-ci a été profondément affectée. Mais nous dirait JB Say : « pas de produits indigènes, pas de produits importés et donc pas de débouchés pour les Etats qui bénéficient de la délocalisation ». Dès lors le mécanisme pervers aurait dû s’éteindre de lui-même. C’est vrai si nous étions restés dans la logique libérale de Jean Baptiste Say qui fait qu’à aucun titre -sauf la charité chrétienne- un consommateur puisse exister sans être également un producteur.

La mondialisation est à l’origine du siphonage de l’épargne occidentale

Les adeptes de la mondialisation qui se disent libéraux ont bien su tirer avantage de la théorie à tête retournée de Keynes qui stipule que la demande crée l’offre, ou pour le dire autrement que l’on peut consommer un produit sans rien avoir à offrir en échange, c’est-à-dire sans avoir concouru à la production. La subside d’Etat et le crédit à la consommation ont pallié la faiblesse des salaires et les destructions d’emploi et créé artificiellement des consommateurs en entretenant des cohortes de salariés privés d’emploi. Mais pour citer encore un père du libéralisme, Adam Smith[2], quel que soit le savant découpage analytique de la valeur ajoutée « La rente de la terre et les profits des capitaux sont partout les principales sources où les salariés non productifs puisent leur subsistance ; Ce sont deux sortes de revenu qui donnent à leurs maitres le plus de matière à faire des épargnes. L’un comme l’autre de ces revenus peuvent indifféremment entretenir des salariés productifs et des salariés non productifs. Ils semblent pourtant avoir pour les derniers quelques prédilection ». Cette dernière critique s’adressait à l’époque aux grands seigneurs assez enclins à entretenir des gens oisifs et non pas aux riches commerçants soucieux d’employer leur capital pour des gens laborieux. Il n’en reste pas moins que les Etats, au travers de l’impôt et des prélèvements sociaux, ont entretenu tels des grands seigneurs des travailleurs improductifs et siphonner par la même l’épargne de leurs agents productifs.

Laissons à Adam Smith la parole sur ce point : « Les capitaux augmentent par l’économie ; ils diminuent par la prodigalité et la mauvaise conduite. Tout ce qu’une personne épargne sur son revenu, elle l’ajoute à son capital ; alors, ou elle l’emploie elle-même à entretenir un nombre additionnel de gens productifs ou elle met quelque personne en état de le faire, en lui prêtant ce capital, moyennant un intérêt…»

Sous couvert de pensées libérales fumeuses telle la théorie du ruissellement, le cynisme des adeptes de la mondialisation a donc exploité la propension à l’interventionnisme social des élites étatiques, main dans la main avec les élites politiques, provoquant une chute de l’investissement productif dans les pays dont ces derniers avaient la charge. L’épargne des nations développées a été siphonnée dans des subsides improductives au détriment même des fonctions régaliennes qui participent au développement économique d’une nation (armé, police, justice affaires étrangères et aménagement du territoire). Elle a été également siphonnée pour l’avenir car la charge de remboursement de la dette est un emploi incontournable de l’épargne future.

Cette rencontre fatale des mondialistes économiques et des interventionnistes étatiques a détruit la main invisible où la poursuite de son intérêt par chacun concoure à l’intérêt de tous pour la remplacer par la main bien visible de quelques-uns affairés à la perte de tous.

La mondialisation doit être remise en cause au nom même du libre -échange

Mais clameront les mondialistes, Adam Smith a pourtant dit que « l’interventionnisme des pays d’Europe, en gênant la libre circulation du travail et des capitaux, tant d’un emploi à un autre, occasionnes-en certains cas une inégalité fort nuisible dans la somme totale des avantages de leurs différents emplois ». Déjà, il ne faut pas omettre « en certains cas » qui introduit un certain bémol au propos et rappeler les cas d’atténuation du libre-échange qui semblaient salutaires à Adam Smith:

« Le premier, c’est quand une espèce particulière d’industrie est nécessaire à la défense du pays »

« Le second cas dans lequel, il sera avantageux de mettre quelque charge sur l’industrie étrangère, c’est quand le produit de l’industrie nationale est lui-même chargé de quelque impôt. »

Le troisième cas « dans lequel il peut y avoir quelquefois lieu à examiner jusqu’à quel point il serait à propos de laisser subsister la liberté de l’importation de certaines marchandises étrangères, c’est lorsqu’une nation étrangère gène, par de forts droits ou par des prohibitions, l’importation de quelqu’un de nos produits manufacturés dans son pays »

Le quatrième cas où il y a lieu de s’interroger sur le retrait des droits et prohibitions c’est celui où « il pourrait se faire que le marché intérieur fût inondé aussitôt de marchandises étrangères à plus bas prix, tellement que plusieurs milliers de nos concitoyens se trouvassent tous à la fois privés de leur occupation ordinaire et dépourvus de tout moyen de subsistance »

A la lecture de ces sages recommandations peut-on croire encore que les thuriféraires de la mondialisation soient des économistes libéraux ou des agents économiques mus par le souci de promouvoir la concurrence non faussée au service de l’épanouissement économique des chefs d’entreprises implantés en France Ces derniers  ont eu depuis vingt ans la double charge d’assurer la subsistance de leurs salariés et de financer au moins en partie les transferts sociaux destinés à la protection des travailleurs devenus improductifs sous l’effet d’une mondialisation brutale.

Il est désormais clair que le mondialisme n’est pas compatible avec un projet politique libéral et démocratique. Il n’en respecte pas les principes et n’a trouvé sa source et son soutien que dans le capitalisme d’Etat et les politiques interventionnistes keynésiennes. Désormais les citoyens veulent moins d’impôt, moins de dettes et de vrais emplois.

JJ Martin 2 décembre 2018

 

[1] Jean-Baptiste Say Traité d’économie politique 1803

[2] Adam Smith Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations 1776


Organiser des « Etats Généraux de la dépense publique et de la fiscalité » devient une priorité Zone contenant les pièces jointes

 

Si l’on voulait vraiment sortir de la situation dans laquelle se trouve la France, il faudrait organiser des « Etats Généraux  de la Dépense Publique et de la Fiscalité » autour de cinq thèmes :1/Rétablir la culture du débat dans la vie politique, 2/Récupérer une partie de notre souveraineté mise à mal par la construction européenne, 3/ Abroger les privilèges des assistés de la République, 4/ Restaurer la compétitivité des entreprises françaises, 5/ Définir clairement le niveau de solidarité de la société française.

 

1/ Tout débat sérieux est devenu impossible : pourquoi débattre quand abattre suffit

 

Tout débat est devenu impossible en France. La parole publique est crispée. Elle ne produit plus qu’un œcuménisme mou, qui évite soigneusement les questions qui fâchent. La classe médiatique distille un brouet d’opinions qui contribue en permanence à éviter les vrais débats.

Il devient même suspect de réfléchir et d’ailleurs pourquoi débattre d’ailleurs quand abattre suffit.

Comme l’État n’a plus les moyens de faire du social, les hommes politiques, qu’ils soient conservateurs ou progressistes n’échapperont pas à un débat honnête sur les priorités de l’Etat, s’ils ne veulent pas sacrifier leurs objectifs les plus chers : une économie et un système financier robustes pour la droite, un état providence viable pour la gauche.

 

Le passage à la connexion télévisuelle électronique globale et permanente et les réseaux sociaux  entraînent le déchainement des foules. Parler de l’immigration c’est devenu être xénophobe, parler de sécurité c’est être facho, parler de la filiation c’est être homophobe, parler de la nation c’est être nationaliste, parler de l’identité c’est être raciste. On préfère utiliser les mots qui apaisent: “vivre ensemble”, “inclusion”, “population arc-en-ciel”, “rassemblement citoyen”, ” commerce équitable”, “économie solidaire”. Dans cet environnement, l’église cathodique des médias qui dénonce en permanence la “fachosphère” n’a semble-t-il pas encore trouvé de “gauchosphère” et encore moins “d’islamosphère”…

 

2/ La Souveraineté de la France est minée dans les domaines monétaires, budgétaires et fiscaux

 

La France a perdu sa monnaie, perdu la maîtrise de son budget, désormais validé à Bruxelles par de sombres technocrates, perdu son indépendance financière avec une dette de 2100 Md€ et bien évidemment perdu la maitrise de ses frontières. Il est légitime d’entrer en résistance contre un système qui dépossède la France de sa souveraineté. Presque toutes nos élites ont perdu le sens des valeurs supérieures.  Elles ont “des carrières essuie glaces” qui se traduisent par des va-et-vient incessants entre la sphère publique et la sphère privée. L’Ena n’ayant produit pour l’essentiel que des individus conformes, dociles et policés…

 

Dans le domaine monétaire, l’Euro est un système bancal qui ne peut fonctionner dans la durée puisqu’il n’existe pas de mécanisme d’ajustement des différences de productivité des pays membres. Autrefois ces différences étaient réglées par des dévaluations ponctuelles qui sont devenues impossibles. Ce qui ne peut s’ajuster a vocation à exploser. Aux Etats-Unis il existe des différences de productivité entre états, mais il y a une volonté de vivre ensemble ce qui constitue une nation et qui conduit à accepter que l’on taxe les plus productifs pour payer les moins productifs. Cette volonté n’existe pas en Europe, qui est une civilisation et non un pays. L’Euro est donc une tentative faite par une classe politique pour créer une nation européenne. La crise pense t-elle forcera la création d’un état fédéral. C’est une espèce de coup d’état larvé contre les souverainetés qui est en train d’échouer. Car comme l’a montré le cas de l’Union Soviétique, la technocratie cela ne marche pas. C’est la liberté qui marche…

 

Le pacte Budgétaire Européen oblige le gouvernement français à soumettre à deux reprises au moins (en avril et en octobre) son projet de loi de finance à Bruxelles. Si la commission et le Conseil ne sont pas d’accord, il existe des « mécanismes de correction » à activer si le budget se met à déraper en cours d’année. En fait, la France ne peut plus rien décider sans l’aval de Bruxelles. Les nouvelles règles prudentielles européennes (Solvency et Bâle) ont d’ores et déjà contraint banques et compagnies d’assurance à se retirer du marché des actions. Depuis 2008, les compagnies d’assurance ont en Europe vendu 400Md€ d’actions qu’elles détenaient dans leur bilan. Ce phénomène est grave. Outre les sujets de souveraineté nationale, il fragilise et même assèche le financement des entreprises en France.

 

 

3/ L’abrogation des privilèges des assistés de la république est devenue une priorité

 

Une catégorie de français a davantage de privilèges et moins de contraintes que les autres. Ce sont les salariés de la fonction publique, des groupes publics ou semi publics, les syndicats et les politiques profitent au maximum d’un système que l’Etat a créé et qu’ils entretiennent soigneusement. Les différences entre le public et le privé sont devenues insupportables. Ces avantages datent souvent des situations de monopole et accordés par des gouvernements faibles. La France est à cet égard un pays extrêmement fertile:on plante des fonctionnaires et il y pousse de l’impôt. Seulement la quasi-totalité des politiques s’exonèrent légalement et iniquement des obligations qui frappent les citoyens qui les ont élus….

 

L’exemple de la retraite des parlementaires est éloquent.  Alors que le mot justice est prononcé sans arrêt, aucun début d’effort n’a été entrepris pour supprimer des excès comme celui du régime spécial des parlementaires qui permet après deux mandats de dix ans d’obtenir à 62 ans une pension de retraite de 2400€ mensuels alors qu’un professeur du secondaire l’obtiendra au mieux qu’après 41 ans de travail et à l’âge de 65 ans !

 

Le régime spécial EDF GDF pompe la caisse des salariés du privé comme un parasite gourmand avec la complicité de l’état. Cela permet de pérenniser les privilèges exorbitants dont ils bénéficient : calcul de la pension sur les 6 derniers mois de traitement ; garantie du montant de la pension garanti ; départ dès 50 ou 55 ans pour près de 94% des agents (la réforme reportant l’âge de départ à 52 ou 57 ans n’a reçu qu’ un début d’exécution qu’à partir de 2017.

 

Les jeunes des banlieues bénéficient d’une quasi l’impunité lorsqu’ils voyagent “gratuitement” dans les transports en commun, lorsqu’ils font des bras d’honneur aux policiers, lorsqu’ils attaquent les mairies, les commissariats, impunité parce que les « lois racistes » et l’application qui en est faite leur donnent des privilèges et une grande impunité parce que la mauvaise conscience ronge la société française et désarme les forces de l’ordre.

 

 

 

 

 

4/ Pour diminuer les dépenses publiques il faut diminuer le nombre de fonctionnaires

 

La France doit abandonner l’idée que la dépense publique est la solution puisque les nôtres sont les plus élevées d’Europe  et que nous y avons les plus mauvais résultats.

L’échec du « toujours plus d’état » est en train de se produire en France. Tous ceux qui vivent et profitent du système actuel et qui ont intérêt à maintenir leurs privilèges dénoncent la pensée libérale qui refuse de proroger des droits illégitimement acquis…

 

Les fonctionnaires de Bercy sont beaucoup trop nombreux et largement supérieurs à ceux des ministères équivalents dans d’autres pays. On compte aujourd’hui 140 000 fonctionnaires/66M d’habitants au ministère de l’économie et des finances. C’est 60 000 de plus qu’au Royaume Uni (HM Treasury),90 000 de plus qu’en Allemagne qui compte 80M d’habitants (Bundesfinanzministerium BMF) et même 10 000 de plus qu’aux Etats Unis/316M d’habitants (Department of Treasury). En France sur les 54 000 employés au ministère, 42 350 bénéficient du statut de fonctionnaires (37 650 aux finances, 4 700 à l’économie). En Allemagne pratiquement 50% du personnel n’a pas le statut de fonctionnaires. Ces comparaisons montrent que les effectifs en France sont beaucoup trop importants. Le gouvernement devrait supprimer des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires au fur et à mesure de la montée en puissance de la digitalisation.

 

4/ Préserver la compétitivité des entreprises françaises implique de prendre en compte l’intelligence artificielle

 

La France confrontée à la concurrence a choisi la dette pour pallier sa perte de compétitivité et préserver son niveau de vie. Les assistés sont trop préoccupés à défendre leurs privilèges face à la montée des pays émergents. L’Etat de connivence entre un patronat protectionniste et un état interventionniste devrait cesser le plus rapidement possible. Les pro-concurrence se recrutent chez les marginaux et les jeunes en particuliers, c’est à dire tous ceux qui ont l’impression que le système ne leur donne pas leur chance. Il faut en finir avec l’opposition artificielle entre l’économique et le social et les postures idéologiques qui consistent à « punir les riches »

 

L’Etat devrait comprendre qu’à vouloir s’occuper des salaires des pâtissiers, de leurs primes de leur temps de travail ainsi que du partage de ce qui revient aux salariés de la pâtisserie et au propriétaire, cela diminue la taille du gâteau. Moins de justice commutative dans l’entreprise se traduit par moins de justice redistributive pour la société.

 

L’intelligence artificielle va être l’un des développements les plus importants de l’histoire humaine. Dans cet avènement, l’Europe a une carte à jouer. La France a des spécialistes des mathématiques et l’Allemagne a une grande expertise dans les robots. Les GAFA (Google,Amazon,  Facebook,Apple) sont déjà les acteurs de ce monde de demain dans les robots, le big data, les MOOC, l’homme bionique. Ces sociétés et leurs satellites ont tendance à penser qu’elles sont mieux placées que les états désargentés pour faire le bien de l’humanité. Techno paradis offshore, steaks de synthèse, robots, thérapies génique. Dans  les laboratoires californiens où invente l’avenir de l’humanité…

 

Les nouvelles technologies améliorent nos vies mais elles détruisent aussi des emplois sans compensation suffisante par rapport aux pertes. La tendance s’accélérera dans deux ou trois ans. Il faudra une quinzaine d’années pour que de nombreux métiers comme ceux de guichetiers, téléconseillers disparaissent.

ll faut apprendre à vivre sans croissance et il nous faudra sans doute renoncer au mythe de la croissance éternelle. Les gouvernements doivent prendre l’automatisation très au sérieux, car la prophétie du métissage de l’homme et de la machine partagée par Bill Gates, Elon Musk n’est pas encore une réalité. Seuls survivront selon eux, les humains métissés à des ordinateurs ayant reçu des implants d’intelligence artificielle.

 

5/ Il faut déterminer le niveau de solidarité :  avec qui et à quel niveau ?

 

Les deux systèmes de redistribution social d’une part, fiscal d’autre part sont en France baroques, complexes et touffus. De la commutativité (les droits sociaux issus du travail..) on est passé à la distributivité (perception de cotisations sans travail ou cotisation préalable CMU, RSA…). Or pour être durable un système de redistribution ne peut pas être durablement déficitaire. Il faut une réforme des charges sociales et une réforme de l’impôt. A des redistributions fiscales et sociales opaques, il faut substituer des règles simples et transparentes pour savoir qui paie et qui reçoit.

 

Les bulletins de paie en France sont aussi illisibles que les comptes publics.  La Direction du Trésor a proposé dans sa revue “Trésor-Eco” de distinguer les cotisations qui ont un caractère contributif , où le salarié reçoit des prestations proportionnelles au salaire sur lequel il a côtisé, des cotisations non contributives qui s’apparentent à l’impôt comme la CSG. Au total 57% des prestations sociales ont une logique assurantielle (plus je cotise, plus je touche). En revanche les soins de santé et les prestations familiales  relèvent de la solidarité. Il faudrait  séparer ce qui revient à l’impôt et à la solidarité nationale de ce qui relève de l’assurance et des cotisations sociales.

 

Personne n’a osé bouger les avantages acquis des fonctionnaires, des retraités, des militaires ou des enseignants. La solidarité est le nœud de la crise financière, la cause première de l’inflation de l’Etat et du ralentissement de l’économie par les coûts qu’elle impose aux entreprises. Dans un monde malthusien on se battait pour répartir les places, pour niveler par le bas au nom de la justice. Dans le monde qui vient l’équité exigera plutôt de lever les barrières à la mobilité pour récompenser le mérite. Le mal être dans la société française est le fruit de l’Etat- providence. Bâti après la guerre , il a évincé avec impérialisme toutes les structures sociales traditionnelles et annihile toutes les solidarités directes entre individus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Est-ce que ça vous chatouille ou est ce que ça vous gratouille ?

Est-ce que ça vous chatouille ou est ce que ça vous gratouille ?

Depuis le début de l’année, les marchés d’actions sont à la peine, leurs performances allant de médiocres à mauvaises. La séquence de résultats du troisième trimestre enchaine les avertissements, chaque entreprise y allant de son explication ; une fois le chiffre d’affaire en berne, une autre fois la marge opérationnelle en contraction, ici des frais de restructuration, là un désendettement trop lent etc… Bref un florilège de troubles physiologiques assez banaux après une expansion économique amorcée en 2009 sous l’impulsion de la très keynésienne République Populaire de Chine et dont la durée figurera probablement dans le livre des records.

Les crises ne sont plus seulement des phénomènes physiologiques

Charles Gide, dans son cours d’économie politique (1919), se demandait si l’alternance de phases d’expansion et de contraction pouvait être considérée comme un phénomène d’ordre physiologique « dont les manifestations n’ont rien d’anormal et sont compatibles avec un parfait état de santé ; plutôt même les poussées d’une vitalité exubérante, des crises de croissance en fonction du progrès économique et qui en seraient peut-être même la condition nécessaire ». Cette alternance des phases d’expansion et de contraction-tous les 10 ans environ-rappelle le mystérieux rêve de Pharaon : celui des sept vaches grasses et des sept vaches maigres que Joseph, fils de Jacob, interprète comme une prédiction macroéconomique : après sept années d’abondance viendront sept années de pauvreté, de famine et de souffrances.

Précurseur des politiques d’amortisseurs sociaux contracycliques, Joseph proposa à Pharaon de prélever un cinquième des récoltes du pays d’Egypte pendant les sept années d’abondance pour compenser les sept années de famine, en d’autres termes d’augmenter les prélèvements obligatoires en phase d’expansion et de les baisser en phase de contraction. Il faut souligner là le caractère contradictoire de la prévision car si la politique recommandée est mise en œuvre, la phase de vaches maigres ne sera pas ressentie et dès lors le prélèvement d’un cinquième difficile à maintenir avec le temps. Si les prophéties auto-réalisatrices font de simples humains des gourous, en revanche les prophéties auto-contradictoires conduisent leurs auteurs au statut d’imposteur[1].

Notons également qu’admettre le caractère physiologique de phases d’expansion et de contraction des économies ne dit rien sur l’intensité de création de richesse et de misère qu’elles génèrent. Dans la réalité, les vaches grasses ne sont peut-être pas si grasses et les vaches maigres pas si maigres que dans le rêve de Pharaon. L’économie livrée à elle-même connaitrait peut-être des phases d’expansion moins dionysiaques et des phases de contraction moins traumatiques Difficile de conclure tant les tripatouillages keynésiens connus sous le nom de politique conjoncturelle (politique budgétaire et monétaire) ont déréglé la physiologie des économies libérales depuis la fin des Trente Glorieuses. Aux mieux inutiles, au pire nuisibles, ces politiques ont abouti à une suradministration de médicaments aux effets variés et contradictoires, propices au développement de pathologies du corps social. Ça vous chatouille ?

Les crises sont devenues des phénomènes pathologiques

Mais alors qu’est-ce qu’une crise ? Redonnons la parole à Charles Gide :

« Les crises peuvent apparaitre comme des espèces de maladie : elles présentent des caractères tout pareils à ceux des innombrables maux qui affligent tous les hommes. les unes ont un caractère périodique, les autres sont au contraire irrégulières. Les unes sont courtes et violentes comme des accès de fièvre ; elles se manifestent de même par une forte élévation de température suivie d’une brusque dépression, les autres sont lentes comme des anémies… ». Ces comparaisons expriment bien que la crise est considérée comme étant de l’ordre du pathologique. Et si c’est une pathologie, la crise n’est plus un signe de bonne santé mais une maladie qu’il faut redouter, qu’il faut prévenir, qu’il faut soigner.

Mais de quelle pathologie s’agit-il ? On en connait les symptômes : «la crise consiste en cela qu’à un moment donné, par quelque cause mystérieuse, tous les mouvements (hausse des prix, des salaires et des actions) changent de sens, les lignes ascendantes deviennent descendantes ». Mais quelle est cette cause ? Charles Gide en aura bien l’intuition mais en 1919 les faits ne lui permettaient pas de pousser bien loin le raisonnement. « Il y a notamment un produit d’une importance unique pour lequel toute disproportion entre la production et les besoins entraine une crise générale sur tous les autres produits sans exception…la surabondance de ce produit entraine une hausse générale des prix et sa disette une baisse générale ! Il est facile de deviner cette énigme : c’est de la monnaie qu’il s’agit. » Pardonnons lui l’imprécision du terme ; il aurait dû écrire « le crédit », car le crédit ne devient « monnaie » qu’au terme de transformations institutionnelles effectuées par les banques et les Banques centrales qui le transforment en moyen de paiement universel.

Dont le crédit est la cause principale voire unique

L’expansion du crédit est une pathologie qui mine lentement les fondements de l’économie. C’est une pathologie d’addiction. Au début, le crédit a un effet désinhibant et euphorisant. Il rend possible l’écoulement de la production (crédit à la consommation), l’accumulation du capital (crédit d’équipement), le financement des subsides d’Etat non financées par l’impôt (avances au Trésor). Nul ne s’en plaint tant que les échéances de remboursement sont lointaines et que la qualité des débiteurs ne souffre d’aucune discussion. Quand sonne l’heure du remboursement, il faut séparer le bon grain de l’ivraie, mais pour sauver le bon grain chacun sait que la main doit épargner l’ivraie.

Ainsi le crédit se développe-t-il et son encours s’amplifie-t-il tout au long du cycle avec son lot croissant de créances douteuses. Crise du crédit aux entreprises en 2002-2003 en raison d’un effet de levier imprudent encouragé par des valorisations optimistes des valeurs TMT, crise des crédits hypothécaires aux Etats-Unis en 2008 2009 sous l’effet d’une valorisation fantaisiste des biens immobiliers de seconde zone, crise des dettes d’Etat en 2012 sous l’effet d’une surestimation de leur capacité à lever des impôts dans un monde globalisé. Crise des prêts automobiles sous l’effet d’une surestimation des valeurs résiduelles ? Crise des prêts étudiants ? Force est de constater que depuis 30 ans, voire depuis la première crise pétrolière, l’encours de crédit rapporté au PIB n’a cessé d’augmenter et que la prochaine crise, sans aucun doute proche, sera encore une crise du crédit et il en sera ainsi tant qu’aucun effort de désendettement n’aura été entrepris. Ça vous gratouille ?

Traumatisés à juste titre par la crise de 1929 dont ils redoutent le retour, nombre de décideurs se réveillent régulièrement tel Pharaon pour transmettre leurs angoisses et leurs pressentiments à des conseillers spécialistes de l’interprétation des rêves. Ces derniers candidats au statut de gourous se cantonnent dans des prédictions de vaches maigres mortifères du type demain tous ruinés, tous cramés ou tous en guerre.

L’effacement des dettes, une solution qui préserve la démocratie et évite le recours à la force

Pourtant la solution existe au risque de passer pour un imposteur avec une prophétie auto contradictoire. La solution ressort de la tradition biblique et est connue sous le nom d’année du jubilé. « Tous les quarante-neuf ans intervient une année de pardon, pendant laquelle la terre revient à ses propriétaires d’origine (levée des hypothèques), selon les plans d’origine. En cette année de jubilé, les dettes sont remises et ceux tombés en esclavage pour les dettes retrouvent leur liberté… » Voici comment se résolvait le problème de l’endettement générationnel et était évitée la tendance à la concentration des biens et donc du pouvoir.

Il est fort à parier que la prochaine récession conduira à des mesures en ce sens qui, sans parler d’effacement, mettront en œuvre des mécanismes de rééchelonnement qui y ressemblent.

JJ MARTIN le 10 novembre 2018

 


Et si la baleine c’était l’Allemagne ?

Arrivée de Jean-Jacques Martin à l’IDL

J’ai rencontré Jean- Jacques Martin il y a bientôt 15 ans. Il était le patron de la gestion d’actifs à la Banque de France.

Très rapidement, et grâce à lui, la BDF devint un client de « Gavekal Research » et l’est restée depuis. C’est un des meilleurs connaisseurs de ce que l’on appelait autrefois l’école économique française qui commença sans doute avec Jean-Baptiste Say, continua avec Frédéric Bastiat, Gide et Rist et dont le dernier représentant fût sans doute Jacques Rueff. Cette école a disparu, hélas, submergée par les eaux pestilentielles du Keynésianisme qui stagnent encore.  

A la retraite depuis un an environ, vient nous voir de temps en temps à l’IDL pour discuter avec nous et nous sortons enrichis de ces rencontres. A ma demande, JJ Martin a accepté de nous donner un papier de temps en temps, où se mêlent son expérience extraordinaire des marchés financiers, sa connaissance hors pair du monde des banques centrales et ses connaissances théoriques puisées aux sources de l’école économique française.

Ses chroniques apparaîtront de temps en temps, et la bonne nouvelle est que nous en avons trois d’avance, que nous nous proposons de publier dans les deux mois qui viennent, une tous les quinze jours.

En tant que Président de l’IDL, je tiens à le remercier de bien vouloir contribuer à notre site et je demande à nos lecteurs de lui souhaiter la bienvenue

Aux Etats -Unis la qualité des crédits automobiles se dégrade

Aux Etats-Unis, l’agence de rating Fitch tirait dès 2016 la sonnette d’alarme en indiquant que sur 1060 milliards de crédit automobile, 200 milliards étaient des « subprime ». Une enquête du FT en 2017 citait un encours de 1170 milliards de $. Les dernières statistiques de 2017 mentionnaient 300 milliards de « subprime » concernant 23 millions d’américains. Ces chiffres peuvent paraître faibles par rapport à l’encours de 9000 milliards de $ de prêts hypothécaires, sauf que le taux de défaillance dans la catégorie prime automobile est généralement plus élevé que dans l’immobilier. De plus, l’enquête du FT signalait comme dans le cas de l’immobilier un allongement de la durée des prêts de 60 à 72 mois, la dette résiduelle excédant dès lors largement la valeur du véhicule. Deux graphiques publiés par Fitch en 2016 illustrent bien la fragilité du financement automobile et des structurations qui lui sont adjacentes. Le premier révèle la montée du taux de défaillance de la catégorie « subprime », au plus haut depuis 2009, le second la baisse récurrente des prix sur le marché de l’occasion qui progressivement se répercute sur le prix des voitures neuves.

 

L’usage croissant des pratiques de crédit américaines entretient l’euphorie des ventes d’automobiles en Europe

Précisons qu’aux Etats-Unis, le crédit automobile prend quasi exclusivement la forme de LOA (c’est-à-dire de location assortie d’une option d’achat), pratique qui facilite l’écoulement de la production de voitures neuves en proposant un loyer attractif sous couvert d’une valeur résiduelle élevée de la voiture en fin de leasing. On comprendra que les automobiles allemandes de haut de gamme sont particulièrement faciles à écouler par ce procédé et que les constructeurs allemands peuvent proposer des LOA alléchantes en poussant vers le haut la valeur d’achat optionnel du véhicule.

Certes l’Europe n’est pas les Etats unis et les ventes de voitures par LOA ne décollent de ce côté de l’Atlantique que depuis 2011, mais la progression de ce mode de financement est spectaculaire au point qu’en 2017, en France, 3 financements de voiture particulière sur 4 ont été réalisés grâce à la LOA.

Mais le cycle d’expansion automobile en Allemagne montre des signes de fatigue

Face à cette situation, le repli des immatriculations de voitures en Allemagne en août (-31%) aurait dû assombrir le salon de l’automobile de Paris. Le groupe Volkswagen a souffert le plus (Audi -78% ; Porsche -76% ; VW -62%), précédant Renault (-44%). Cette information a toutefois été éclipsée par la publication du budget italien, la fin de la mise sous tutelle financière de la Grèce et les méandres du Brexit. Les marchés tiennent à l’œil les mauvais élèves de l’Europe et le bon élève bénéficie toujours de la mansuétude du maître.

Et pourtant la première nation industrielle de l’Europe a centré toute son économie autour de l’industrie automobile et a préservé la pérennité des secteurs qui lui sont connexes, tels les métaux, la mécanique, la robotique, la chimie et les semi-conducteurs. Au cours des 10 dernières années, la politique de taux ultra bas et l’expansion du leasing automobile ont permis au consommateur européen d’accéder à des voitures de haut de gamme allemandes sans rapport avec son niveau de vie. Les constructeurs, soucieux de pousser la production de véhicules neufs, défendaient l’idée selon laquelle le marché de l’occasion absorberait aisément le stock de voitures en fin de crédit. Hélas, la petite mécanique est en train de se gripper :

– le dieselgate et la réglementation écologique prévue en 2025 viennent mettre en doute sérieusement les valeurs résiduelles des automobiles allemandes, voire rendre impossible la commercialisation de ces voitures encore quasiment neuves en fin de leasing. (30 000 kms) ;

– la remontée progressive des taux d’intérêt va mettre fin à l’écoulement artificiel de la production à coups de crédit ;

– la guerre commerciale menée par Donald Trump pourrait avoir des conséquences difficiles à prévoir sur l’essor du marché chinois.

Et fragilise la solidité de l’espace économique européen

Pourquoi est-ce préoccupant ? Parce que la solidité du système monétaire de la zone euro repose sur l’idée implicite que l’Allemagne viendra, bon gré mal gré, au secours des pays les plus faibles en acceptant de monétiser leurs dettes à proportion de leurs encours dans la dette totale européenne et qu’elle s’accommodera du gonflement des soldes Target à la BCE qu’elle détient sur l’Italie et l’Espagne. Bref que l’Allemagne acceptera de créer pour les autres pays de la zone monétaire du Deutschemark (ou de l’Euro) dont elle garantit la valeur externe, préservant ainsi le pouvoir d’achat des consommateurs européens.

Mais ceci n’est possible qu’à condition que :

– l’industrie allemande et son secteur automobile soient en pleine expansion pour soutenir la pérennité de l’excédent commercial de la zone ;

– le système bancaire allemand soit exemplaire et assaini ;

– la stabilité politique allemande ne puisse être mise en doute.

Le questionnement sur la poursuite du cycle automobile conduit à douter de la première condition. L’opacité du contrôle du système bancaire allemand, en grande partie soustrait à l’autorité directe de la BCE à l’exception de grands établissements comme la Deutsche Bank, laisse pour le moins perplexe sur la complétude de la seconde. La progression spectaculaire de l’AfD et la création du mouvement issu de la gauche Aufstehen en réponse à la politique d’immigration de la Chancelière allemande laissent penser que la troisième n’est pas non plus remplie.

Il ressort de ce contexte que l’affaiblissement de la capacité de l’Allemagne à garantir le système monétaire de la zone euro risque d’entrainer un élargissement des spreads de taux européens et une très forte volatilité de ces derniers, rendant illusoires les efforts faits et à faire en matière de contrôle des soldes budgétaires et inapplicables les politiques de normalisation monétaire. Encore une fois l’introduction de crédits de mauvaise qualité dans le système financier risque d’être l’épicentre de la crise économique.

 

JJM  le 10 octobre 2018