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L’article retranscrit ci dessous a été initialement publié dans le Figaro du 23 décembre 2015.

Yves de Kerdrel s’appuie sur l’analyse de Charles Gave pour synthétiser sa vision de l’économie française actuelle.

 

 » L’Etat est mort, vive l’état

Ce slogan, c’est le titre qu’avait choisi l’économiste libéral Charles Gave pour tirer les leçons de la crise de 2008. L’Etat est mort et nous en avons tous les jours des preuves nouvelles. Lorsque le ministre de l’Economie entame un bras de fer avec le patron de Renault, il est obligé de céder au bout de quelques semaines. Lorsque le gouvernement veut taxer les entreprises pour financer une fuite en avant, il lui faut au moins dix-huit mois pour reculer et conclure un pacte de compétitivité. L’Etat est mort car tout ce qu’il faisait sa force durant les Trente glorieuses- une bonne gestion, des hauts fonctionnaires de qualité, une vision à long terme et une concentration sur les missions régaliennes- a disparu. L’Etat est désormais présent partout et donc nulle part. A tel point que l’on compte en France, 750 zones de non droit où plus aucun médecin, pompier ou policier ne peut intervenir….

L’Etat est mort et le paradoxe, c’est qu’il n’y’ a jamais eu autant de Français qui travaillent pour lui. Au 31 décembre 2014, 5,64 millions de personnes faisaient officiellement partie de la fonction publique. Un chiffre en hausse de 0,7% sur un an, selon des données publiées récemment à l’Insee. Si l’on rapporte ces données à l’ensemble de la population active, cela signifie qu’aujourd’hui un Français sur cinq est employé par l’Etat. Ce qui est aberrant compte tenu du poids insupportable des dépenses publiques et compte tenu de la dichotomie entre le statut très privilégié de ces fonctionnaires et celui beaucoup plus précaire des autres salariés français.

 

Cette flambée du nombre de fonctionnaires (plus de 40 000 en un an) est le résultat d’une politique délibérée menée par la gauche. D’abord celle-ci continue de penser que l’Etat peut résoudre tous les problèmes. Ensuite parce que faute de création d’emplois marchands, elle a eu recours de manière massive aux emplois aidés. Enfin parce que c’était là, comme dans bien d’autres domaines, une façon de défaire ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat. Entre 200è et 2012, quelque 15 000 postes ont, en effet été supprimés, notamment via la Révision générale des politiques publiques.

 

Certains ont commencé à comprendre que l’ampleur de la fonction publique, son coût immédiat, par la masse salariale qui y est affectée et son coût futur lié aux retraites qu’il faudra verser à des fonctionnaires qui bénéficient, de surcroît, de régimes privilégiés, était devenu un problème d’urgence. Si Emmanuel Macron s’est interrogé, il y a quelques semaines, sur le statut particulier de la fonction publique, ce n’est pas par provocation comme certains l’ont cru, mais simplement par logique.

Il s’apprête à présenter un projet de loi destiné à adapter le cadre réglementaire français aux évolutions de l’économie numérique et collaborative. Face à cette révolution digitale où l’avantage est donné aux entreprises les plus flexibles en termes d’emploi, de contrat de travail, et de recours à la sous-traitance, le maintien d’une fonction publique aussi gigantesque et inadaptée à cette nouvelle économie constitue un problème de fond.

 

La France n’est pas une île. Elle ne peut ignorer ce qu’ont fait ses voisins en faisant tous en sorte d’alléger le poids des fonctionnaires. Dès son arrivée au pouvoir en 2010, David Cameron a mis en œuvre la suppression de près de 500 000 postes de fonctionnaires. Mais cela ne s’est pas fait à la hache et il n’y a pas eu de mouvements sociaux comparables à l’ère Thatcher. Tout simplement parce que le locataire de Downing street a su expliquer que réduire le train de vie du Royaume ne signifie en rien mettre à terre l’Etat Britannique.

Au contraire, David Cameroun amis un point d’honneur à ne pas toucher au NHS (L’équivalent de notre Sécurité sociale) par souci d’équité. Mais aussi parce qu’en tant que père d’un enfant handicapé, aujourd’hui décédé, il a pu voir les bons côtés d’un Etat qui s’occupe de ce pour quoi il a été conçu : protéger les siens.

 

Etre libéral ne veut pas dire que la société puisse fonctionner sans un Etat. Comme le dit Charles Gave : « L’Etat est un peu comme la lange d’Esope, la pire est la meilleure des choses »

Une société sans état ne peut pas connaitre de développement économique. Mais une société avec trop d’Etat crève. Et c’est ce qui arrive aujourd’hui à la France. Voilà pourquoi il serait indispensable qu’en tête des mesures proposées par les ténors de la droite figurent des dispositions ad hoc pour reconstruire l’Etat. Un Etat renforcé dans ses missions régaliennes et enfin libéré du clientélisme et de l’aliénation marxiste dans laquelle vit la France depuis 1945. »

 

Yves de Kerdrel

Auteur: idlibertes

Profession de foi de IdL: *Je suis libéral, c'est à dire partisan de la liberté individuelle comme valeur fondamentale. *Je ne crois pas que libéralisme soit une une théorie économique mais plutôt une théorie de comment appliquer le Droit au capitalisme pour que ce dernier fonctionne à la satisfaction générale. *Le libéralisme est une théorie philosophique appliquée au Droit, et pas à l'Economie qui vient très loin derrière dans les préoccupations de Constant, Tocqueville , Bastiat, Raymond Aron, Jean-François Revel et bien d'autres; *Le but suprême pour les libéraux que nous incarnons étant que le Droit empêche les gros de faire du mal aux petits,les petits de massacrer les gros mais surtout, l'Etat d'enquiquiner tout le monde.

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4 Commentaires

  1. Le phénoméne bureaucratique etatique est devenu un cancer , dés le dépassement du seuil de 10% des emplois détenus par la fonction publique . En France nous sommes a pres de 25% ! En Allemagne 11% ! Cherchez l’ erreur . Le cancer bureaucratique a meme besoin de nouvelles métastases , donc il a dénaturé l’ union européenne en usine a gaz , anti-democratique , ou 40,000 fonctionnaires quasi-éxonérés d’ impots , et dégagés de tout controle parlementaire , ont désormais la haute main sur plus de 50% des textes legislatifs internes a la France et aux autres pays. Chassez les bureaucrates, ils vont brouter ailleurs a l’ etage supérieur. Notez que presque aucune manifestation de masse n’ a lieu au siége de l’ Union Européenne. Ce qui est bien commode pour les eurocrates.Donc l’ Etat est loin d’ etre mort, il s’ est surmultiplié. Clémenceau disait  » je plante des emplois et je recolte des impots  » .Depuis Giscard, la France plante des impots et recolte des pseudo-emplois.Le bref interméde Sarkozy est oublié.Nous aurons soit Hollande soit Ali Juppé , donc plus cela change et moins cela change.

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  2. Ca commence bien, et ça finit mal. De Kerdrel trouve le moyen de conclure (comme 100 % des partis politiques) qu’il faut « reconstruire l’Etat ».

    Alors qu’il faut le détruire.

    Je comprends bien le fond de principe de son propos : l’Etat est d’autant plus faible sur ses missions essentielles qu’il se gaspille en mettant les doigts partout, etc.

    Tout cela est exact. L’ennui, c’est que si vous dites : il faut reconstruire l’Etat, vous en arriverez immanquablement à élargir encore son pouvoir (si c’est possible) et à augmenter la dépense publique.

    D’ailleurs, l’explication de de Kerdrel est hautement suspecte : il affirme qu’il faut libérer l’Etat du clientélisme et de l’aliénation marxiste.

    Là encore, en théorie c’est juste mais en pratique c’est faux. Si vous connaissez des gens qui déclarent vouloir augmenter le clientélisme afin d’y emprisonner l’Etat encore davantage, faites-moi signe. Si vous avez dans votre entourage des partisans d’une aliénation accrue de l’Etat, envoyez-moi leur mail.

    De Kerdrel croit que le problème de l’Etat, c’est le manque de vertu de ses représentants. Si de Kerdrel était au pouvoir, alors là, on verrait ce qu’on verrait parce que le « clientélisme » disparaîtrait, le « bien public » et « l’intérêt commun » règneraient enfin, etc.

    Soit exactement ce que disent Mélenchon, Cosse, Hollande, Bayrou, Sarkozy, Juppé, le Pen et tous les autres. Même les néo-nazis, d’ailleurs. Les néo-nazis sont tout à fait dévoués au bien public. C’est juste qu’ils n’en ont pas la même conception que les autres.

    Ce n’est pas un problème d’hommes. Ce n’est pas un problème de vertu. C’est un problème de chiffres. C’est un problème de pognon. C’est un problème de logique comptable.

    La logique comptable veut que lorsque vous avez beaucoup de bonshommes dans l’Etat, eh bien l’Etat abuse de son pouvoir et ses représentants perdent toute vertu. C’est tout.

    L’urgence, elle est là, car c’est précisément ce que personne ne veut faire, en réalité. Donc, peu importe que l’Etat soit peuplé de X-Ponts-Mines-ENA, ou d’ânes. En fait, il vaudrait mieux qu’il soit peuplé d’ânes, au point où l’on en est. Mais l’essentiel est que les ânes soient en petit nombre. Une poignée d’ânes mangeront toujours moins de foin qu’une armée d’ânes – ou d’X-Ponts-Mines.

    C’est la fameuse truanderie de la « bonne dépense » et de la « mauvaise dépense ». Y’a d’la dépense, tsé, elle est utile, pis y’en a d’autre, elle est inefficace. Le problème, c’est que c’est comme dans la pub : tu sais jamais quelle moitié est la bonne.

    Il y a le bon euro que te soutire l’Etat, celui-là est indolore et fait même plaisir ; et puis il y a le mauvais euro, et celui-là il fait considérablement mal au cul quand il arrive sur la feuille d’impôts. Curieusement, quand je vois mon avis d’imposition, je n’arrive jamais à faire la différence entre les deux types d’euros. Mais c’est sans doute que je ne suis pas X-Ponts-Mines.

    Et puis surtout, on peut faire confiance aux fonctionnaires pour que toutes les dépenses soient bonnes, spécialement celles qui vont dans leur poche, et que, même, la meilleure dépense soit celle qui n’existe pas encore, mais qu’il est urgent d’ajouter aux trois-quatre menues lignes de frais qui, bizarrement, se sont incrustés dans les « valeurs de la République ».

    C’est pourquoi, dès que j’entends quelqu’un qui prétend vouloir « faire la chasse aux dépenses inutiles », je hurle à l’escroquerie. Commencez donc par faire la chasse aux dépenses tout court, et on en reparle. En littérature comme en politique, la malhonnêteté commence avec les adjectifs.

    Une fois qu’on aura entièrement rasé une ou deux ailes des écuries, on pourra toujours envisager d’y mettre des ânes de concours. Chaque chose en son temps.

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    • Cher Robert,

      Complètement d’accord avec vous.

      la coté « le problème est que l’état est sorti de sa fonction première qui est de faire le bien » ipso l’Etat serait donc nécessairement vertueux est au mieux candide au pire, presque criminel à ce stade d’évolution politique de notre société.
      D’autant qu’à mon sens, il existe un contradiction inhérente aux principes posés par Kerdrel: si l’on admet comme il le fait tés bien qu’il est nécessaire de circonscrire l’état en ses fonctions régaliennes (que sont la police, l’application de la justice ( les lois étant faites par le peuple, les forces armées) d’ou serait il nécessaire d’avoir de la bonté?

      Car après tout, comme le chantait JJ goldman, (on a des références à l’idl), un fonctionnaire ça doit fonctionner non? :=)

  3. Tout cela parait tellement évident. Si les « zélites » savaient manier le paper board, ils pourraient, en un ou deux schémas, montrer aux français pourquoi trop d’état les met au chômage et augmente la précarité et la pauvreté.
    Il me semble que les français sont mûrs pour ce discours-là. Encore faut-il qu’il soit clairement expliqué et qu’on ne perde pas son temps en des discours vaseux sur le déchéance ou non de nationalité, dans tel ou tel cas, ce qui ne concernera au mieux qu’une demi-douzaine de sinistres individus.
    Mais c’est tellement plus facile de bavasser sur l’accessoire car l’essentiel demande du courage, un ingrédient bien absent chez ces Messieurs.

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