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L’Institut des Libertés souhaite rendre hommage à un penseur fondamental de notre temps que fût René Girard. Il vient de s’éteindre ce mercredi 4 novembre, à Stanford, aux États-Unis à l’âge. Il avait 91 ans. Comme beaucoup d’esprit libre, sa voix ne pouvait porter avec puissance qu’ailleurs, la malédiction de ceux qui ne sont jamais prophète en leur pays, et je regrette que la culture française soit passée à coté de ce joyau qu’était René Girard.

Reste sa pensée.

Son analyse centrale se cristallisait autour de  l’analyse du désir chez l’Homme. Désir que l’on retrouve intact au fil des siècles et l’amène à nous poser la question centrale : La normalité des temps modernes laisse-elle intact la question du désir chez l’homme.

Désire t-on après tout ce qui est normal, banal ?

Ne doit-on pas voir aussi dans ce  besoin de normalité, un refus de gestion du conflit ? En effet, si  l’on revient aux sources de la pensée de Réné Girard, anthropologue autodidacte élu à l’Académie française en 2005, penseur chrétien converti,  ce dernier s’est d’abord intéressé au désir mimétique à travers la littérature ( “Mensonge romantique et vérité romanesque” Collection Pluriel, Hachette) avant de prendre pour objet les religions archaïques ( “La Violence et le Sacré”, éditions Pluriel, Hachette) puis la Bible et le christianisme (“Des choses cachées depuis la fondation du monde”, Biblio Essais).

 

René Girard, grâce à l’étude de la littérature et de la Bible, est  arrivé à l’idée que si les hommes arrivent à désirer la même chose c’est parce qu’ils imitent le désir les uns des autres.

L’imitation, pour cette raison, est source de conflits.

Désirer la même chose, c’est s’opposer à son modèle, c’est essayé de lui enlever l’objet qu’il désire. Le modèle se change en rival. Ces aller-retour accélèrent les échanges hostiles et la puissance du désir ; il y a donc chez l’homme une espèce de spirale ascendante de rivalité, de concurrence et de violence.

Or,parce que nos désirs sont par nature instables, flottants, incertains, nous avons besoin d’un tiers pour désirer. Un médiateur, une personne qui va éclairer et désigner l’objet de notre désir. Nous allons alors vouloir l’imiter. Seulement voilà : quand deux personnes désirent le même objet, il y a conflit. René Girard l’appelle la « crise mimétique ». Elle est la source de querelles de voisinage, de bureau… aussi bien que de guerres sanglantes et alors,nous avons besoin de « boucs émissaires »

 

La théorie du « bouc émissaire » est en quelque sorte le grand succès de René Girard. Elle permet de comprendre pourquoi nos sociétés éprouvent le besoin irrépressible – « et inconscient », insiste Girard – de désigner des boucs émissaires, victimes que l’on charge de tous les maux pour résoudre la crise mimétique universelle. Pour apaiser les tensions de la société, le sacrifice du ou des  « coupables » est soudain exigé.

René Girard  écrivait dans” La violence et le sacré” en 1972, « On sait désormais que dans la vie animale, la violence est pourvue de freins individuels. Les animaux d’une même espèce ne luttent jamais à mort ; le vainqueur épargne le vaincu. L’espèce humaine est privée de cette protection. »

 

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=RiGW7eMvTh4[/youtube]

 

 

En 2007, dans « Achever Clausewitz« , René Girard aborde l’œuvre du grand stratège prussien, auteur du « De la guerre » (1832). Ce traité inachevé a été étudié par de nombreux militaires, hommes politiques ou philosophes. On en a retenu un axiome essentiel : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. »
René Girard fait ainsi de Clausewitz le témoin fasciné d’un retour de la violence. Hanté par le conflit franco-allemand, ce stratège éclaire, mieux qu’aucun autre, le mouvement qui va détruire l’Europe et peut aujourd’hui détruire le monde. « Achever Clausewitz », c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir la réalité de la menace apocalyptique, cette « destruction mutuelle assurée » des belligérants des guerres modernes. La violence des hommes, risquant d’échapper à tout contrôle, menace bien aujourd’hui la planète entière.

Dans l’émission CSOJ, René Girard évoque içi la modernité de cette violence totale, celle du terrorisme.

Lire, relire René Girard à l’aube de ce 21 me siècle où les choses du sacré semblent dépasser certaines civilisations, est plus que jamais, une façon de comprendre notre époque et sa violence.

 

[youtube]https://youtu.be/jyqU-le9Zd4[/youtube]

 

 

 

*Pardon à Mario Vargas LLosa pour le titre, » La Fête au bouc » mérite toujours citation.

 

Auteur: Emmanuelle Gave

Emmanuelle Gave est titulaire d'un DEA de Droit des AFFAIRES de PARIS II (Assas), ainsi qu'un LL.M de Duke University. Lauréate du barreau de Paris, elle prête serment en 1996. Elle est Directrice Exécutive de L'Institut des Libertés depuis janvier 2012.

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43 Commentaires

  1. Les étoiles du firmament littéraire qui valorisent leurs conjectures par des « lois » scientifiques fantaisistes ou mal comprises sont malheureusement courants, toute tendance politique confondue ; la citation de R.Girard dans l’article le démontre :  » … On sait désormais que dans la vie animale … Les animaux d’une même espèce ne luttent jamais à mort …  » , ce qui est contre-vérifié en nombre, à commencer chez une espèce de plus en plus… familière : le loup. Les esprits à propension rigoureuse, littéraires ou pas, approfondiront facilement le sujet de la mise-à-mort intraspécifique, déjà bien documenté.
    C’est pourquoi ce « penseur fondamental » , comme ceux du même genre qui sont prospères en FRANCE par un goût du vaporeux, de l’obscur éblouissant, aura disparu des mondanités dans très peu de temps, comme le « penseur fondamental » Roland Barthes qui était aussi un expert de la formule sans appel  » On sait désormais …  » suivie d’une idée creuse inédite.

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  2. On peut s’interroger sur la valeur de la thèse anthropologique de R. GIRARD. Il est indéniable que le « bouc émissaire » est une institution présente dans plusieurs cultures; l’explication par la volonté collective de lui faire porter le mal qui accable la cité est juste; mais peut-on généraliser cette thèse au point d’en faire LE mécanisme originel constant de la sociabilité, LE principe fondamental de toute l’anthropologie ? N’avons-nous pas là, une nouvelle simplification systématique, différente de celle de FREUD, sans doute, mais aussi arbitraire ? Dans son système, le message chrétien a pour résultat « l’ouverture sur un avenir mondialisé de plus en plus libéré des servitudes anciennes »(p284 dans Je vois Satan tomber comme l’éclair)où GIRARD justifie l’existence d’un message chrétien dépouillé de toute réalité divine transcendante et de toute promesse de béatitude. Son ouvrage n’est nullement conforme au christianisme. GIRARD n’a pas entendu l’appel divin véritable de ce qu’il écrit (p235)  » Satan fait du mauvais mimétisme, ce que j’espère ne pas faire moi-même, une théorie totalitaire et infaillible qui rend le théoricien humain ou satanique,sourd et aveugle à l’amour de Dieu pour les hommes et à l’amour des hommes entre eux « 

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    • Merci pour le partage Denis

  3. On distingue, en les opposant, les sciences proprement dites, dites aussi dures, et les autres, les sciences sociales. Ne devrait-on pas distinguer plutôt entre sciences faciles et sciences pas faciles ? Les sciences faciles observent des objets extérieurs à l’observateur : les atomes, les cellules, la terre, les astres, etc., etc. Les autres, les pas faciles, observent l’observateur lui-même : c’est autrement plus délicat ! Les sciences faciles nous ont fait faire, pierre après pierre, théorie après théorie, remise en cause après remise en cause, des progrès absolument considérables dans la connaissance du monde. Mais il suffit d’ouvrir sont journal, que ce soit à la page des faits divers ou à la page des relations internationales, pour constater que les progrès faits en matière de sagesse sont nettement moins nets, nettement plus fragiles. Est-ce inéluctable ? Serait-il impossible d’analyser objectivement, scientifiquement, nos comportements afin, les ayant déchiffrés, de les comprendre et donc de les améliorer véritablement ? Je ne le crois pas. Les écrits de René Girard prouvent à mes yeux qu’une telle démarche est possible. Car il l’a menée. Il écrit d’ailleurs à de nombreuses reprises dans ses livres, et dit dans ses interviews, que sa démarche est anthropologique, au sens le plus strictement scientifique du terme. L’université, les scientifiques, ceux des sciences faciles, ou dures, s’honoreraient en mettant à l’épreuve, sérieusement, objectivement, la théorie girardienne.
    Échapper au mimétisme, au mauvais mimétisme, celui de la violence, résister à la tentation de désigner des coupables et d’en faire des victimes émissaires, faire l’effort de comprendre véritablement ce que nous faisons… voilà qui serait un progrès notable vers plus de sagesse.

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  4. @ poissonrouge, Christian

    La théorie de René Girard est réfutable, pourquoi ne le serait-elle pas ?

    Et elle est scientifique, oui je le crois. Car elle décrit de façon objective, vérifiable (si pas toujours directement), nos comportements et ceux des groupes humains.

    En cela elle est un apport au savoir universel, comme a pu l’être la théorie de la gravitation universelle.

    Avec deux réserves :
    – la première est que l’observateur est plus facilement objectif quand il observe une pierre tomber que lorsqu’il s’observe lui-même jetant une pierre,
    – la seconde est que cet apport de Girard n’est rien d’autre que la traduction en langage moderne, la mise à jour, de la pensée biblique et évangélique, que c’est là sa force (il s’appuie sur un savoir ancestral, « des choses cachées depuis le commencement du monde ») et sa faiblesse (qui est prêt à voir de l’objectif et du scientifique dans la Bible ?…)

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    • le message biblique traduit par Girard et une théorie scientifique comme celle de la gravitation se situent sur des registres complètement différents.

    • J’approuve le commentaire de poissonrouge selon lequel les « sciences » sociales ne sont pas des sciences expérimentales ; ainsi l’anthropologie et la physique ne peuvent pas être mises sur un même plan quant au caractère scientifique de leurs conclusions (la physique, elle-même, ayant subi, au cours du XXème siècle, des remises en cause fondamentales des théories précédemment reconnues).

      Les matières sociales peuvent certes être qualifiées de sciences (avec un petit s) en ce sens qu’on peut essayer de leur appliquer, dans toute la mesure du possible, une méthode expérimentale, qu’on peut certes observer des phénomènes de récurrence, des liens de cause à effet(sachant néanmoins que l’observateur influence toujours, sans en prendre forcément conscience, les observations faites).
      Mais il faut rester vigilant car la matière sociale se laisse très facilement manipuler par des pseudo scientifiques, hommes de pouvoir et donc hommes d’idéologies (la pseudo théorie génétique du soviétique Lyssenko doit nous garder de ce travers).

  5. Le seul ennui c’est que la théorie de René Girard – aussi stimulante soit-elle – est totalisante ( elle a la prétention de TOUT expliquer et de révéler  » des choses cachées depuis la fondation du monde » ). En ce sens, Girard tombe dans le travers dénoncé par Karl Popper ( cf  » La Société ouverte et ses ennemis ») : c’est une pensée non réfutable … Dans le premier extrait télévisé que vous donnez, observez du reste le regard ironique de Roger Caillois, dont l’oeuvre brillante et d’une grande originalité échappe justement à ce piège.

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    • Merci Poisson rouge,

      Pour information à tous, Roger callois est le monsieur à la droite de pivot pour nous, coiffé un peu plaqué (surtout face au casque d’argent de Girard)dont voici la bio:

      « Agrégé de grammaire, auditeur à l’École pratique des hautes études, où il assista aux conférences de Georges Dumézil, Alexandre Kojève et Marcel Mauss, Roger Caillois allait développer une pensée originale, nourrie de sociologie et d’anthropologie, vouée notamment à l’exploration du sacré. Auteur, dès avant la guerre, de deux essais intitulés Le Mythe et l’Homme et L’Homme et le Sacré, Roger Caillois fondait en 1938 avec Georges Bataille le collège de Sociologie. Son nom, à cette époque est lié à plusieurs activités de l’extrême-gauche antifasciste.

      Sa rencontre avec la femme de lettre argentine Victoria Ocampo devait le conduire, en juillet 1939, à quitter la France pour l’Argentine, où il demeura toute la durée de la guerre. Il soutint activement outre-Atlantique le combat contre le nazisme en fondant la revue Lettres françaises en 1941, ainsi que l’Institut français de Buenos-Aires. De 1945 à 1946, il fut également le successeur de Raymond Aron à la rédaction de La France Libre.

      De retour en France à la Libération, Roger Caillois devait renoncer progressivement à ses engagements politiques pour se consacrer à son œuvre et à ses activités littéraires. Devenu fonctionnaire de l’Unesco en 1948, il effectua de nombreux voyages à travers le monde, et contribua à faire découvrir au public français la littérature latino-américaine, en lançant chez Gallimard la collection « Croix du Sud ».

      En 1952 il fondait enfin Diogène, revue à vocation internationale et pluridisciplinaire financée par l’Unesco, qu »il dirigea jusqu’à sa mort avec l’aide de Jean d’Ormesson.

      Son œuvre, qui doit beaucoup à l’exploration des mondes poétiques de l’imaginaire et du fantastique, constitue un apport essentiel et parfaitement original à la critique littéraire et aux sciences humaines du XXe siècle. On citera entre autres : Le Rocher de Sisyphe, Puissance du roman, Babel, Poétique de Saint-John-Perse, L’Incertitude qui vient des rêves, Les Jeux et les Hommes, Puissances du rêve, Au cœur du fantastique, Anthologie du fantastique, La Pieuvre, Essais sur la logique de l’imaginaire, Approches de l’imaginaire, Le Fleuve Alphée.

      L’homme enfin, fasciné par l’univers minéral, consacra plusieurs ouvrages aux pierres et à la gemmologie.

      Roger Caillois fut élu à l’Académie française le 14 janvier 1971 au fauteuil de Jérôme Carcopino, qu’il emporta au second tour par 16 voix contre 11 au romancier Henri Queffelec. C’est René Huyghe qui le reçut, le 20 janvier 1972, l’accueillant sous la Coupole en ces termes : « Vous êtes, monsieur, un des plus curieux esprits de notre temps, des plus autonomes, des plus rétifs à ses entraînements. »

      À propos des séances du dictionnaire, cet esprit non conventionnel avouait à ses proches que, pour rompre la monotonie des débats, il lui arrivait de proposer des mots qui n’existaient pas et de leur prêter des étymologies si convaincantes que ses pairs manquaient parfois de les accepter…Mort le 21 décembre 1978. »

      J’ai moins de problème alors avec les pensées totalitaires, l’habitude des écritures sans doute…Mais cela rejoint le propos de Christian qui reprochait aussi à René Girard « d’etirer » trop son concept. C’est son coté Christian Jacq/

    • juste trois précisions :
      – dans la bibliographie de Caillois il faut signaler, notamment, un essai très curieux sur « Ponce Pilate  »
      – bien entendu on ne peut pas dire que Girard est « totalitaire », ce qui serait absurde; en revanche, sa pensée est « totalisante  » et fermée sur elle-même au sens où pouvait l’entendre Popper grand penseur de la liberté : c’est une théorie non réfutable ( comme, par exemple, dans une registre très différent, la psychanalyse qui prétend rendre compte de la totalité de l’expérience humaine et n’accepte pas que quelque chose échappe à son interprétation )
      – on ne peut pas, comme le fait le commentaire de Mr Denis Monod-Broca, invoquer Newton dont la théorie se situe dans le domaine des sciences exactes alors que Girard se situe quelque part entre les « sciences » humaines et la philosophie. Là encore on peut renvoyer aux travaux de Popper: la psychanalyse n’est pas une « science » dans la mesure où son système n’est pas réfutable. L’oeuvre de Girard est riche d’enseignements divers mais certainement pas dans le domaine « scientifique »

    • La théorie d’Isaac Newton aussi est totalisante : elle explique la chute de TOUS les objets.

      Au diable les qualificatifs ! La seule question qui vaille est la suivante : la théorie de René Girard est-elle objectivement, scientifiquement, juste ? apporte-t-elle une pierre, solide, résistante, à l’édifice de la connaissance ?

      Je crois que oui.

    • Cher Monsieur,

      Sans intention polémique de ma part, je me permettrai quelques observations.

      D’abord, je suis surpris de lire que la théorie de Newton est scientifiquement, c’est-à-dire définitivement, juste. Je le serais d’ailleurs de toute autre théorie, puisqu’elles sont régulièrement toutes remises en cause par d’autres théories plus récentes.

      Ensuite, vous semblez croire que les « sciences » sociales sont aussi scientifiques que les sciences expérimentales, tout en affirmant « au Diable les qualificatifs ». Pouvons-nous faire progresser la pensée sans utiliser des concepts, des notions, des qualificatifs, des nuances, des subtilités ? Distinguer est penser. Ce ne sont pas ces outils dont il faut faire fi, mais c’est leur généralisation dont il faut se garder, particulièrement dans les matières sociales pour lesquelles la méthode expérimentale est la plupart du temps inopérante. Au contraire, nous devons rester ouverts à la complexité dans la description de nos visions du monde.

      Peut-être pensez-vous aussi, et c’est votre droit, que l’édifice de la connaissance est une irrévocable marche vers l’inéluctable Progrès ou bonheur des hommes, ou dit autrement que l’Histoire est une flèche ascendante pour l’homme, puisqu’elle lui permettra de découvrir progressivement toutes les vérités de la vie. Les progrès (avec un petit p) et le Progrès (avec un grand P) sont deux choses distinctes ; les premiers sont la réalité de la vie, le second est une idéologie issue de la Révolution française.

      Je me permettrai, en outre, d’ajouter deux commentaires :

      1. il y a d’autres visions du monde que celle reflétée par le matérialisme et le rationalisme occidental. Il ne faut pas se priver de regarder ailleurs, notamment, du coté de la pensée chinoise, qui n’est pas une véritable philosophie, mais plutôt une voie de la sagesse, une recherche au jour le jour du juste milieu (qui n’est pas à proprement parler « le centre », mais qui n’est pas, non plus, une recherche de la vérité).

      2. la recherche de la vérité (comme la croyance dans le Progrès, avec un grand P) me parait être une dangereuse tendance de la philosophie occidentale ; une tendance effectivement totalisante. La réalité est complexe, changeante, protéiforme et le tropisme de la vérité est sûrement l’un des moyens les plus sûrs de s’embarquer dans des impasses totalisantes, et parfois totalitaires. Et les impasses ne mènent nulle part ; en outre, elles font perdre beaucoup de temps, d’énergie et elles génèrent beaucoup de souffrances.

      En espérant ne pas vous avoir contrarié, croyez cher Monsieur, en mes sentiments respectueux.

  6. Bonjour Mme Gave,

    je viens de voir que l’ancien blog de votre papa semble avoir été piraté :

    http://lafaillitedeletat.com/

    (De plus le flux rss de l’institut des liberté ne semble pas marché non plus)

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    • Merci beaucoup.

      la tuile….

      Pour l’ancien blog, ce n’est pas grave, on a tout rapatrié normalement, c’est juste irritant pour les résultats de recherches.

  7. Grand admirateur de René Girard, je suis ravi de votre article. Par contre, et de façon subsidiaire, je ne vous suis pas sur la loi dite Rothschild ? Nous sommes bien d’accords que dans la majorité des pays occidentaux,inclus les USA, plus de 70% de la dette publique actuelle est représenté par l’accumulation des intérêts sur la dette et non pas par le capital emprunté ? D’où l’explosion des dettes publiques depuis le début des années 1970 ? Merci d’éclairer ma lanterne si mon raisonnement est faussé.

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    • Cher monsieur,

      Je parlais de loi Rotschild, comme d’aucun en parle, quand ils sous entendent que la cause de la dette (et du déficit) serait (conditionnel) du au fait que l’état ne puisse s’auto endetté. Cela fait parti des bouteillons éculés qui circulent ça et là, qui non AUCUN fondement, et qui ne sont basés que sur un vieux fond d’antisémitisme (toujours bienvenue dans la bourgeoisie Maurassienne, à notre grand damn).

  8. Merci pour ce papier.
    René Girard méritait bien cela.
    Son apport à la l’anthropologie, à la connaissance des hommes sur eux-mêmes, au savoir de l’homme sur l’homme, est considérable. Même si au fond il ne s’agit que de la traduction en langage moderne de la pensée hébraïque et évangélique.
    Sa théorie est un théorie. Elle est réfutable. Il est impossible de remonter le temps et d’observer les phénomènes dont elle parle afin de vérifier qu’ils concordent bien avec les descriptions qu’elle en fait. Mais que de vérifications indirectes !…

    Répondre
    • Merci.

      Après Raymond Boudon,nous perdons décidément du monde sans remplacement aucun…

    • Damned! Je n’ai jamais lu Raymond Boudon.

      Aurait-il une bonne âme pour me conseiller sur lequel de ses livres commencer ?

    • Bien sur, au hasard 🙂

      Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, Odile Jacob, 2004. (ISBN 2-7381-1398-2)

      (réponse, car ils seraient payés à leur juste valeur)

      sinon
      Renouveler la démocratie : éloge du sens commun, Paris, Odile Jacob, 2006.

      Les autres sur la relativisme, la rationalité etc, j’avoue, je n’ai rien compris. C’est trop velu pour moi.

  9. Bonjour ,

    Je vais prendre le risque de me faire houspiller sur le site d’IDL en jouant le rôle du bouc-émissaire des lecteurs de votre article, car je ne partage pas tout à fait votre point de vue selon lequel René Girard fut un penseur « fondamental » de notre temps.

    Ce fut une philosophe original et donc intéressant, mais on retrouve chez lui un défaut, poussé à l’extrême, qui caractérise bon nombre de philosophes : la généralisation abusive de quelques idées. Comme le rappelle votre article, cet auteur est un anthropologue autodidacte. Oserai-je le blasphème en prétendant qu’il fut surtout un anthropologue « de bibliothèque », car il a essentiellement travaillé sur des textes, des romans, la Bible et des tragédies grecques. Il me semble qu’il présente une tendance très philosophique d’extrapoler, de transformer, de conformer des éléments pour « boucler » son système de pensée. Au départ, il pose sur la table des éléments qui paraissent intéressants, pertinents, voire passionnants, mais chemin faisant, on se rend compte qu’aucune place n’est laissée de sa théorie à la singularité et à la complexité. On est enfermé dans un système d’idées préconçues.

    Ainsi, pour René Girard

    1. l’amour spontané est « une illusion romantique ». Nous désirons des objets, dit-il, seulement parce qu’ils sont déjà désirés par d’autres, ce désir générant de la jalousie, de la convoitise et, au final, une violence contagieuse et généralisée. Les rapports humains s’y ramènent en dernière analyse, à un seul et même facteur, le mimétisme (cf. Le Bouc émissaire, p. 243), la théorie du désir écartant toute dimension pulsionnelle (vouloir instinctivement une chose pour elle-même). Est-ce inconcevable que la difficulté d’assouvir son désir soit autant génératrice de violence que la rivalité mimétique ?

    2. la violence étant omniprésente dans la société et les hommes, partout et depuis toujours, ceux-ci tentent de canaliser la violence par le sacrifice sanglant d’un bouc-émissaire. Mais peut-on définitivement exclure qu’historiquement les sacrifices furent aussi et peut-être avant tout des offrandes à des divinités en vue d’apaiser leur colère ou d’obtenir leurs faveurs (grecs anciens), ou encore une occasion de tester la foi des croyants (juifs) ?

    3. Le bouc-émissaire explique par ailleurs l’émergence du sacré, car la victime se voit divinisée pour avoir ramené la paix dans le groupe en proie à la violence ; R. Girard ramassant sa pensée dans la formule suivante « Le sacré c’est la violence ».

    4. La passion et la mort du Christ n’auraient rien à voir avec le rachat du péché originel, elles ne seraient que l’effet du mimétisme et de la contagion de la violence ; sauf que Jésus a clamé son innocence au contraire du bouc-émissaire. Le Nouveau Testament met ainsi fin au scandale de la culpabilité du bouc-émissaire ; pour exorciser la violence, nous avons désormais les Evangiles.

    René Girard fut un philosophe qui mérite d’être lu, connu, discuté, voire médité. Mais ce fut pour moi un philosophe occidental, parmi bien d’autres, c’est-à-dire un chercheur de LA Vérité et non pas un amoureux de la sagesse (la « passion » de la vérité, particulièrement prégnante chez les penseurs occidentaux -grecs anciens en tête-, n’est-elle pas aussi une source de violence entre les hommes ?).

    Quoi qu’il en soit, je vous remercie pour l’occasion que vous nous avez donnée de réactiver la réflexion sur une pensée originale.

    Répondre
    • Cher Monsieur,

      Houspillez, houspillez donc,

      Dans l’ordre:

      1/Est-ce inconcevable que la difficulté d’assouvir son désir soit autant génératrice de violence que la rivalité mimétique ?
      Votre volonté d’assouvir votre désir pur ne vous mène pas forcement à désirer un objet hors de votre portée là ou par définition, le désir mimétique va faire que vous allez désirer la chose de l’autre. Si l’on analyse bien les récriminations faites à notre société consumériste, le VRAI reproche est celui du besoin d’assouvissement de CE même désir mimétique. Le marketing n’est du reste pas autre chose. Dans l’absolu, c’est notre désir mimétique qui nous pousse à vouloir des iphone, pas le besoin d’avoir un téléphone ainsi pour répondre à votre première question, là ou mon désir va être assouvi mon désir mimétique va faire qu’au de la de la fonction de l’objet auquel je pourrai prétendre, je vais vouloir l’objet ultime, celui de l’autre, celui qui fait que….

      2/ Au delà du sacrifice au sens littéral (« sacrifions une vierge pour le climat »), je pense que sacrifice est plus entendu chez Girard comme « donné en pâture ». Effectivement, historiquement, les juifs ayant eux le droit de commercer avec la monnaie depuis le moyen-age se sont trouvés créditeurs. Assurément, il est aussi plus facile de bruler une banquier de temps en temps plutôt que de rembourser ses dettes. Actuellement et encore sur ce site, il est fréquent d’entendre des « la situation de la France est liée à la loi Rotschild » (pitié pas cette boite de Pandore…) et autres Soralerie. Et du reste, pourquoi même l’antisémitisme si ce n’est ce besoin impérieux de la nature humaine à blâmer un autre que soi même. Alors, pensez quand on peut le faire à plusieurs!

      3/ EN cela Girard pense au Christ plus qu’à des victimes lambda. et c’est en cela pour lui que la religion chrétienne serait supérieure aux autres, en ce qu’elle intègre le sacrifice ultime en rachat des hommes. La relation est ainsi sacralisée.

      4/ Jésus n’a pas à mon sens « clamé son innocence ». Il a toujours su qu’il devait donner sa vie pour le rachat des hommes. Il a eu peur , dans le jardin des oliviers d’être laissé seul dans cette épreuve mais il y a fait face, en demandant pardon pour la faute des hommes « Père, pardonne leur , ils ne savent pas ce qu’ils font ». Pour Girard,la violence des textes est basé sur le meurtre de Abel par Caïn, et de cette violence, de cette jalousie l’homme ne pourra s’extraire qu’au moment de l’Apocalypse. Les Evangiles ont sorti les chrétiens de l’orthopraxie juive. Quand Jésus dit au jeune homme riche qui lui demandait comment entrer aux royaume des cieux « respecte les dix commandements » « je le fais » « alors viens et suis moi » ;nous apprenons ainsi que suivre les commandements ne suffit plus. Il faut aussi et surtout « Suivre Jésus ». Choisir donc cette nouvelle voie qui de fait est au dessus de l’ancienne. (Parabole qui engendrera la pire confusion sur la notion de bien matériel mais c’est un autre débat)

      Une thèse que vous avez souvent entendu içi ; il existe dans une société trois choses: les créateurs de culture, les diffuseurs et les consommateurs.
      Sans nul doute, Girard fût un créateur; on ne peut, et d’autant moins avec un bagage chrétien à mon sens, ouvrir un livre et le refermer sans regarder différemment, par la suite les évangiles et les grands mythes fondateurs.
      Qu’il n’ait eu qu’une seule bonne idée étirée, c’est possible mais le mec qui a inventé la roue aussi :-))

    • Chère Madame,

      Je tiens d’abord à vous remercier pour le temps que vous avez pris pour me répondre ; les sites sur lesquels les auteurs d’articles répondent si spontanément sont assez rares.

      Je tiens à bien préciser que je ne conteste ni l’originalité du système d’idées de R. Girard, ni la pertinence, jusqu’à un certain degré, de certains de ses concepts ; ceux-ci apportent bien quelque chose de nouveau, mais ils ne me semblent valables que dans une certaine mesure (« l’étirement » que vous semblez admettre) et que dans certaines circonstances (risque attaché à la généralisation).

      Même si certains concepts que vous avez utilisés dans votre argumentation en réponse m’interrogent (ainsi en va-t-il de notions telles que « désir pur », « dans l’absolu notre désir mimétique nous pousse », « je vais vouloir l’objet ultime »), je ne souhaite pas me lancer dans une polémique avec vous, d’abord, parce que vous avez mieux à faire, et ensuite, parce que je n’ai pas de qualité pour le faire. En outre, je ne voudrais pas me placer dans une compétition de systèmes de pensée se fondant sur la découverte du vrai et donc la chasse au faux.

      Je ne nie donc pas la pertinence de notions telles que le désir mimétique et l’existence de bouc-émissaires. Comme vous l’évoquez, la première notion s’exprime avec acuité dans notre société consumériste, la seconde est attestée tout au cours de l’Histoire. En revanche, le basculement de l’individuel dans le collectif et la violence de groupe qui en résulterait – ainsi que les modalités de son dépassement – me laissent perplexe. C’est le saut dans la généralisation ou dans l’explication exclusive qui me parait abusif, et qui fait entrer, de mon point de vue, R. Girard dans un système de pensée fermé.

      Ce n’est pas parce que nous sommes confrontés à une société consumériste que cela légitime une explication totale de la réalité sociale par la théorie du désir mimétique de l’individu, car nous ne pouvons pas nier les rapports de domination sociaux ; ce n’est pas parce que les boucs-émissaire ont existé, existent et existeront que nous pouvons habiller de cette théorie toutes les phénomènes de violence sociale. Au lendemain de l’opération meurtrière dans les locaux de Charlie, j’ai entendu des adeptes girardiens expliquer que les immigrés, migrants, musulmans étaient des boucs-émissaire. Ce n’est pas parce qu’une explication contient une part de vérité qu’elle est l’explication exclusive et ultime d’un phénomène.

      Comme vous l’avez certainement compris, je suis circonspect à l’égard des maitres penseurs qui cherchent toujours à nous embrigader dans leurs armées du salut. Comme je l’ai exprimé à l’occasion d’un commentaire précédent dans un autre article, je suis persuadé que « les idées sont douées d’une vie propre, d’une combinatoire, d’une logique apparente qui les pousse jusqu’aux extrêmes, alors que c’est précisément aux extrêmes qu’elles cessent d’être valables. »

      Merci, chère Madame, de continuer à alimenter notre réflexion au travers du site IDL.

      N.B. S’agissant de l’innocence de Jésus, je faisais référence à la partie relatant l’échange entre Jésus et Ponce Pilate. A aucun moment, Jésus ne reconnait sa culpabilité, contrairement au bouc-émissaire qui accepte sa situation. Ainsi, Jésus répond à Ponce Pilate (Jean 19, chap. 11) « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché. »

    • Cher Monsieur,

      Je comprends ce que vous dites dans la notion de généralisation. C’est aussi ce qui arrive quand on cherche absolument à faire entrer les faits dans sa démonstration, un peu à la manière d’une plaidoirie juridique.
      ie: la légitime défense disculpe je donc expliquer que mon client était en état de légitime défense alors même que c’était lui qui entrait par effraction.
      Les adeptes Girardien à trop vouloir coller Girard aux faits d’actualités font surement cette erreur mais la brèche est tentante dés que le dossier « violence  » s’ouvre.

      J’ai vu un film dans l’avion qui en soit était un peu un nanar hollywoodien, la famille Jones mais qui traitait cette question, peut être sans la savoir du désir mimétique ultime utilisé en moyen de marketing.
      Le pitch: Les agences de comm, pour placer des produits de luxes désormais, ont crée de toute piéce,LA famille parfaite. La père est un ancien pro de gold, la soit disant mère et épouse, jolie, etc , les enfants beau et drole et ils utilisent des nouveaux produits. Des nouvelles chaussures et oh comme par hasard, tous le quartier veut les mêmes.

      Les enfants font une fête et « placent » une nouvelle marque de bière.

      J’ai trouvé l’idée tellement Girardienne , justement, que je me surpris à me demander aussi les autres explications pratiques.

      Merci pour votre commentaire plus que bien argumenté,

      Cdlt

      Idl

    • @ Christian

       » Ce n’est pas parce que nous sommes confrontés à une société consumériste que cela légitime une explication totale de la réalité sociale par la théorie du désir mimétique de l’individu, car nous ne pouvons pas nier les rapports de domination sociaux ; ce n’est pas parce que les boucs-émissaire ont existé, existent et existeront que nous pouvons habiller de cette théorie toutes les phénomènes de violence sociale. »

      René Girard ne niait pas la domination. Mais en somme, il s’interressait non pas aux instincts, domination, sexe, territoire, nutrition, mais à ce qui est spécifiquement humain, le désir, et en donnait, semble-t-il, la clé.
      On ne peut donc demander, comme certains le lui reproche, une théorie du pouvoir, de « s’engager » et autres quasi-obligations de l’intellectuel français.

       » Au lendemain de l’opération meurtrière dans les locaux de Charlie, j’ai entendu des adeptes girardiens expliquer que les immigrés, migrants, musulmans étaient des boucs-émissaire. »
      Ne pas confondre René Girard et ses suiveurs, s’il vous plait ! Ce n’est pas parce que dans certaines situation des migrants et immigrés sont des bouc émissaires qu’ils le sont forcément tout le temps et en tout lieux et que les problèmes qu’ils peuvent rencontrer justifient l’islamisme.

      Pour Freud.
      Lui et ses disciples ne m’ont guère convaincu, leur fameux complexe, l’inconscient repris aux romantiques mais pas prouvé, ce qui semble exiger la « foi » du public, quelle pitié, la peu efficace cure…
      Ceci dit, pour moi, l’expérience de Libet prouve l’existence de l’inconscient. Pour d’aucuns, elle prouve aussi l’inexistence, et pour d’autres l’existence, de la liberté !

    • Cher monsieur,

      merci pour votre commentaire quelque peu dissonant et dont je ne m’étonne pas plus que cela, le trouvant plus convaincant que la réponse d’idlibertes. J’ai notamment lu l’ouvrage de René Girard « Achever Clausewtiz » et ai été très surpris par l’amateurisme de son approche, au seul prisme de sa thèse du désir mimétique, éludant des pans entiers de l’œuvre pour mieux camoufler cet écart en dissertant sur les hypothétiques tomes qui ne sont jamais parus. Du reste, les critiques n’ont pas manqué de pleuvoir sur le caractère non seulement peu orthodoxe mais peu rigoureux de son analyse.

      Toutefois, celles-ci demeurent brillantes et leur caractère iconoclaste propice à la réflexion. Et les mensonges romantiques de l’auteur de devenir vérités romanesques. A quand un « Achever René Girard » ?

      Et un grand merci à idlibertés de consacrer un article au décès de cet homme tandis que la grande presse s’épand sur « l’existentialisme est un benzémaisme ».

    • 😃 du coup , je me sens également obligé de préciser : un cdd ne peut être renouvelle que deux fois ) sauf cas spéciaux , pour coller à l actualité , n’ est ce pas ( tic de Girard ).

    • Cher ami,

      Je crains que les esprits créatifs manquent souvent de ce que les autres appellent « rigueur ». Girard n’était pas du moule de la rigueur et pensait « en dehors de la boite ». Lui demander de mieux en définir les contours est pour moi un non sens humain, quant on connait les caractères;

      Peut être est ce une question de sensibilité après tout, comme en littérature. Parfois, certains auteurs vont vous émouvoir aux larmes. Certains vont vous dire que Proust leur a parlé comme personne et d’autre (dont j’avoue Charles Gave) vous diront que cela les a ennuyé à mourir.

      Si je devais composer une famille de 7 famille, dans tous les cas, Nietzsche ne serait effectivement pas dans la même que René Girard. Je le mettrais avec Boudon, tiens je lui mettrais Rabelais aussi, probablement Maupassant .

    • @ Christian

      Salut, collègue !
      Dans un autre blog, le jour où je déplorait la mort de René Girard, on me l’a traité de fasciste… Que l’on traite ainsi mon penseur préféré relativise les insultes que j’ai pu recevoir d’ailleurs.

      Bref, je ne vous parlerais pas (que) pour me plaindre !
      René Girard avoue parfois qu’il existe un amour spontané. Même s’il dit parfois le contraire, je l’avoue… Bref, deux exemples, la mère qui préfère dire que l’autre est la mère pour sauver l’enfant dans la Bible et que Salomon reconnait pour vrai car son désir n’est pas mimétique. Hermione, dans Shakespeare, Le conte d’hiver, aime son mari sans mimétisme, hélas, il n’en va pas de même pour le mari et l’inévitable ami… (Re) lisez les feux de l’envie… Je relirai Girard dès que possible… Mais j’ai déjà tant de lecture de retard qu’il faut me pardonner de ne pouvoir suivre pour l’heure mes propres conseils !

       » Mais peut-on définitivement exclure qu’historiquement les sacrifices furent aussi et peut-être avant tout des offrandes à des divinités en vue d’apaiser leur colère ou d’obtenir leurs faveurs (grecs anciens), ou encore une occasion de tester la foi des croyants (juifs) ? »
      Aussi. Apaiser la colère ? La violence collective est vu comme une peste, comme un déluge, on demande aux dieux d’en protéger… Faveurs : tant qu’on y est, pourquoi ne pas leur demander récoltes, destruction des ennemis et autres ? A mon avis, tout cela va ensemble.
      Tester la foi ? On donne pour recevoir, comme diraient les Romains… Sacrifier ce qu’on a de soi-disant plus précieux pour obtenir ce qui est plus précieux encore. Par exemple, tuer le premier né pour obtenir que les autres enfants vivent, ou comme dans la pièce de Racine où un père, chef les Grecs, veut sacrifier sa fille pour avoir bon vent, aller à Troie guerroyer, devenant par ce don chef incontesté des Grecs. Et Abraham ? Soit comme je l’ai dit, il calcule comme les autres, ou du moins se soumet à l’habitude, soit son attitude illustre le début du sacrifice humain.

       » « passion » de la vérité, particulièrement prégnante chez les penseurs occidentaux -grecs anciens en tête-, n’est-elle pas aussi une source de violence entre les hommes ?). »
      Exact. On se dispute la vérité comme les monothéistes se disputent le même dieu. Mais alors que le monothéisme n’a rien apporté au monde à part la violence, la passion de la vérité a permi de mettre à nu le mécanisme du bouc émissaire et a donné naissance à la science.
      Dans tous les cas, ne demandons ni aux amants de la vérité ni aux croyants de renoncer à l’objet de leur désir mais d’essayer de le partager plutôt que de se déchirer les uns les autres.
      Je suis évidemment la première personne à qui je me permets de donner un tel conseil !

    • A Christian
      René Girard a régulièrement affirmé que la victime est toujours innocente du crime qu’on l’accuse c’est bien pour cela qu’elle est la victime émissaire de quelqu’un .
      Rêne Girard éclaire aussi d’un jour nouveau le mythe d’oedipe particulièrement obscure dans le discours freudien mais qui devient limpide à la lumière de la théorie de la construction des mythes, la révolte d’un peuple contre son roi conduit facilement a tuer le roi violer la mère et faire porter tous cette violence sur l’innocent enfant chassé du royaume. Comment le mythe et le discours mythique est là pour détourner le regard des vrais responsables. Un véritable génie et je partage l’admiration de Mme Gave pour ce penseur Original et fécond .
      Par contre je partage assez votre critique d’une vision totalisante un peu trop fermée ce qui n’enlève rien à la très grande pertinence des rapprochements littéraires de Rene Girard reconnu par des psychologues qui en ont démontré son prolongement dans les théories scientifiques actuelles des neurones miroirs très bien mis en évidence en IRM fonctionnelle .
      On pourrait dire que ces prolongements inattendus confortent le caractère scientifique de la théorie mimétique de René Girard .

  10. Bonjour.
    Quand on voit la une des médias, en ce jour ( Karim Benzema ), on peut penser que l’ on vit dans une drôle ! de société qui doit avoir besoin d’ un sacré psy.

    Répondre
    • Girard vous répondrait que nul besoin de Freud quand on démystifie . Mais les hommes qui trouvent les codes de la porte d’ entrée sont rarement populaires auprès des gardiens du temple .

  11. Très triste! C’est ironique qu’un des plus grands penseurs français ait fait sa carrière aux USA. Ça en dit long sur l’état de la France. L’article du Monde sur lui est une honte. Boboland dans toute sa splendide décadence. Moi, je relis la violence et le sacré dès que possible.

    Répondre
    • Je suis bien d’accord avec vous. Il est quand même très étonnant que ce grand penseur n’ait pas été président d’une importante université française, à tout le moins. Qu’un intellectuel soit exclu du systéme à 65 ans, comme si l’on arrêtait de penser à 65 ans! Ou alors en sain principe de gestion, que les politiques ne se l’applique t-il?

      Que certains métiers physiques ( allez, chauffeur routier) le souhaitent, fort bien mais que l’on se prive d’un tel,penseur au nom de normes administratives est proprement révoltant.
      La France s’est privée de 30 ans de formation des élites.

    • Je termine l’ article du monde qui il est vrai est un peu bobo sur le côté  » horrible petite bourgeoisie  » toutefois je pense que l’ auteur y aime Girard . Ce qui est bien . Évidemment , dans la mesure ôu il fut rejeter par les oints , Ét que nous sommes au monde , il y est nécessaire d’ expliquer le côté un peu allumé et hors cadre ( pour eux ) de ce grand penseur . Mais encore fois , je pense qu entre les lignes pointe la fabuleuse vision quasi messiaique de Girard . Ainsi que sa finesse face à ses détracteurs .

    • Oui. D’autant plus que les grands intellectuels sont souvent des tardifs, à la différence des entrepreneurs qui sont le plus souvent précoces. La pensée, c’est un peu comme un jardin anglais. Dans sa jeunesse, elle est touffue, et il faut la couper progressivement pour arriver en faire un jardin français, bien rangé et ordonné, dans son grand age. Girard est de ceux-là, je crois.

    • Très jolie métaphore, je la reprendrais.
      C’est le seul avantage du savoir sur la beauté. AU moins, il croit avec l’âge 🙂

    • J’ai trouvé tout de même que l’emploi du mot prédicateur était volontairement rabaissant et que l’article se focalisait sur les critiques plutôt que l’héritage, mais bon…

    • ah oui, c’est vrai. Je n’avais pas tilté à « prédicateur »
      Vous avez raison!

  12. Merci pour l’hommage à ce grand homme. Il y a des auteurs, des livres qui changent radicalement votre vision du monde. Des choses cachés depuis l’origine du monde en a fait parti pour moi.

    Répondre
    • Pour moi aussi. Sa lecture des mythes fondateurs y est profonde et il avait le don de rendre simple des choses compliquées.

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