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Le recul des marchés européens, cette semaine peut s’expliquer par trois facteurs : le mauvais chiffre de la croissance européenne au quatrième trimestre, les incertitudes sur les élections italiennes et la recrudescence de « la guerre des changes »

En Europe,  le recul du PIB enregistré au quatrième trimestre à -0,6%  montre que la récession qui était attendue est plus grave que prévu. Cela n’empêche pas les analystes financiers selon le consensus de prévoir une hausse de 4,7% de leurs bénéfices, progression qui sera toutefois inférieure à celle des sociétés américaines + 6,6%. Cette prévision est probablement trop optimiste…

Les élections italiennes du week end prochain sont un véritable facteur de risque pour l’Europe  si elles se traduisent par la victoire de Luigi Bersani, leader du centre gauche, dans un scénario où il serait majoritaire à la Chambre  mais pas au Sénat, même avec l’aide des centristes.  Dans ce cas, Silvio Berlusconi et Beppe Grillo, présenté souvent comme le « Coluche italien », deviendraient les arbitres de toute future coalition gouvernementale…

 La « guerre des changes » avait débuté avec la baisse du Yen. Depuis l’arrivée de Shinzo Abe le nouveau Premier Ministre japonais, en décembre dernier, le yen a perdu 13% face au Dollar et depuis six mois 17%. Par rapport à l’Euro la baisse atteint 25%, ce qui devrait permettre à certains hommes politiques français  de comprendre pourquoi les japonais arrivent à vendre très bien leurs voitures en France ! La hausse de l’Euro a été momentanément stoppée par les propos de Mario Draghi…

 

C’est finalement le consommateur allemand qui décidera  du taux de croissance de l’Europe pour l’année 2013. Plusieurs économistes optimistes, dont Tobias Blattner de Daiwa Capital ont déja revu en hausse leur prévision de croissance pour l’Allemagne en 2013 : 1% contre 0,7%.Pour Laurence Boone de BOA ML, cela ne changera pas grand chose, la crise en Europe est loin d’être terminée. Elle durera selon elle largement jusqu’en 2014…

En deux semaines, tous les gains acquis par les marchés européens depuis le début de l’année ont été effacés. Seul le marché américain est encore en hausse de 6% depuis le début de l’année…

 

Les effets asymétriques de la globalisation

 

La globalisation a produit des effets asymétriques dans les plus grandes puissances économiques mondiales. En Chine, le niveau d’inégalité ne semble pas poser de problème particulier au Parti Communiste Chinois au moment où 10% des ménages chinois détiennent 86,7% des actifs chinois ! Cela va obliger le gouvernement à accélérer le rebalancement de l’économie de l’exportation vers le marché intérieur. Chris Wood le responsable de la stratégie chez CLSA a d’ailleurs déjà recommandé à ses clients de diminuer leur exposition sur la Chine. Aux Etats Unis, 25% des salariés gagnent moins de 10$ de l’heure, ce qui les repousse dans la catégorie des citoyens qui ont un niveau de vie inférieur à celui de la ligne de pauvreté. En Allemagne, la pauvreté urbaine est un phénomène assez peu commenté. La part des habitants vivant sous le seuil de pauvreté est de 25% à Leipzig, 21,1% à Berlin, 20% à Dresde. Chen Zhao, Managing Editor de BCA à Montréal en conclut que cette situation devrait perdurer et continuer d’être favorable aux actions jusqu’au jour où….la sortie se fera soit par le feu (=inflation), soit par la glace (déflation). On voit d’ailleurs bien au Japon que si la croissance reste faible, un brutal dérapage de l’inflation peut se produire en provoquant un krach obligataire. C’est le cauchemar que font régulièrement certains gérants de fonds obligations… !

 

Le psychodrame français de la croissance et du déficit

 

En France, le gouvernement a préparé assez habilement l’opinion publique à ce que les chiffres de croissance et de déficit budgétaires maintenus depuis des semaines par le gouvernement soient revus en baisse. Tout cela ne serait pas trop grave, si le taux de croissance n’était utilisé par tous les acteurs économiques pour anticiper l’avenir de leurs activités, de leurs dépenses et de leurs investissements.

Cela fait des semaines que plus personne ne croit au chiffre de croissance annoncé par le gouvernement. Il n’est pas possible de continuer à manipuler ces chiffres pour des raisons purement politiques les statistiques économiques. C’est pourquoi, le Pacte Budgétaire qui a été signé par la France prévoit que la prévision de croissance du PIB de l’économie française émane d’un organisme indépendant rattaché à la Cour des Comptes et validé par Eurostat. Cela permettrait enfin d’éviter la mise en scène à laquelle on assiste actuellement. Comme le dit très bien Xavier Fontanet ancien Président d’Essilor « L’état est comme un jockey obèse qui engueule son cheval parce qu’il  ne va pas assez vite »…

 

La compétitivité c’est moins de dépenses publiques et moins d’impôts

 

Il devient clair que le CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) aura très peu d’effet sur la compétitivité de l’industrie française. Quand à l’Accord sur l’Emploi signé entre les partenaires sociaux il est avant tout destiné aux grandes entreprises.  Rien n’a encore été fait pour traiter sérieusement le problème de la formation permanente, ni celui de l’accompagnement des chômeurs qui est très inefficace.

 

Les impôts des entreprises et des particuliers auront augmenté de 65Md€ en trois ans, dont en gros la moitié attribuable à Nicolas Sarkozy et l’autre à François Hollande. Rien n’a encore été fait sérieusement pour s’attaquer à la racine du mal qui est que la dépense publique dépasse les recettes de 3,5 points de PIB en moyenne chaque année…

 Les investissements des entreprises sont d’ailleurs en baisse (-0,8% au T3 et -1,2% au T4). Cette évolution est bien évidemment liée au taux marginal d’imposition de la tranche à 45%. Selon le tableau fourni par Patrick Artus de Natixis, les plus values mobilières tout comme les intérêts réalisées en 2014 sur des titres détenus depuis moins de deux ans seront taxées à 58,2% ; les dividendes seront taxés à 40,20% etc…Aucun pays, dans une économie ouverte n’a jamais été redressé durablement avec de tels taux d’imposition qui punissent les actifs risqués qui pourraient financer l’investissement dont le pays a tant besoin. Pour Sophie Pedder, correspondante de The Economist à Paris, François Hollande fera juste ce qu’il faut pour satisfaire les agences de rating mais il n’aura pas le courage politique de revenir sur toutes les dérives de l’Etat Providence à la Française….

 

Alors que le monde politique vit dans sa grande majorité en plein déni de réalité, les sociétés françaises exposées à la mondialisation comme PPR ou Hermès ont publié de bons résultats. Il n’y a pas que le luxe dans lequel les entreprises françaises sont performantes puisque Legrand  spécialiste des infrastructures électriques a aussi publié des profits historiques. Ces entreprises sont compétitives, car elles ne dépendent pas du tout de l’état et elles ont depuis longtemps décidé d’aller à l’international pour profiter de la mondialisation…

 

C’est peut être l’année des convertibles européennes

 

Les obligations convertibles européennes pense Pierre Henri de Monts chez Aberdeen Asset Management sont une classe d’actif intéressante pour faire face à l’environnement compliqué des prochains mois. Les obligations classiques n’offrent plus assez de rendement pour rémunérer les risques encourus. Si les taux augmentaient de 150 points de base les pertes en capital seraient comprises entre 10 et 12%. Pour se prémunir en partie de l’éclatement de la bulle obligataire, les obligations convertibles offrent un couple rendement risque très attractif avec un plancher obligataire élevé en raison du resserrement des spread de crédit depuis le mois de septembre et d’un environnement de taux bas. Depuis le début de l’année, les nouvelles émissions offrent un rendement de 3,57%. Historiquement l’univers des obligations convertibles européennes a toujours été exposé aux secteurs à forte croissance. Comme les services pétroliers et les biens d’équipement. Dans l’hypothèse d’une remontée des taux longs la composante action devrait pouvoir amortir une partie de l’impact.

 

 

Les matières premières attirent moins les fonds de pension

 

Certains Fonds de Pension qui étaient exposés de façon significative aux matières premières sont en train de réduire leurs positions. C’est notamment le cas de Calpers, le fonds de pension californien qui gère 244 Md$. La performance des fonds matières premières ayant été décevante depuis deux ans, ils ont perdu 20% de leurs actifs en 2012. La forêt semble avoir échappé à cette tendance puisque Sampension, le premier fonds de pension danois a accru son exposition à la forêt car Henrik Olejasz, gérant de Sampension a augmenté depuis plusieurs années ses investissement en forêts. Pour lui c’est une des rares classes d’actif qui permet d’offrir une protection sur le long terme par rapport aux  récessions qui touchent régulièrement les marchés.

 

L’or  a baissé cette semaine de plus de 2%, tombant un moment en dessous de 1600$/T. deux sociétés figurant dans pratiquement tous les portefeuilles exposés à cette classe d’actif (Goldcorp et Newcrest Mining) ont perdu plus de 6%.

 

 

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5 Comments

  1. philippe DIDIER dit :

    interessant point sur les obligations convertibles. attention toutefois aux « petites lignes » de ces instruments. Il y a trop souvent des clauses de remboursement anticipe, qui rendent la protection illusoire. A etudier en detail au coup par coup.

  2. BA dit :

    Samedi 23 février 2013 :

    En France, 38 % des sondés considèrent la construction européenne comme une source d’espoir. Dans un sondage de 2003, ils étaient 61 % !

    Les classes populaires et les classes moyennes commencent à comprendre ce qu’est réellement la construction européenne : c’est une construction de riches, faite par des riches, pour des riches.

    Lisez cet article :

    Sondage : l’Europe, on n’y croit plus.

    Une enquête BVA montre le désenchantement des Français à l’égard de la construction européenne. Notamment chez les ouvriers et les plus faibles revenus.

    C’est un sondage qui fera certainement mal au cœur à tous ceux qui défendent encore ardemment l’idée européenne.

    Alors que la crise économique s’accroît et que les plans d’austérité se succèdent dans les 27 pays de l’UE, les Français n’ont jamais été aussi désenchantés vis-à-vis de l’institution bruxelloise.

    Ils sont seulement 38% à considérer la construction européenne comme une source d’espoir, selon une enquête exclusive BVA réalisée pour l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris*). Alors qu’ils étaient 50% fin 2011 et même 61% en 2003 !

    Qui connaît son président ?

    Une dégringolade qui touche surtout les catégories les plus modestes. Car une fracture nette se dessine entre les « gagnants » de la construction européenne (cadres, seniors, urbains, hauts revenus…) et ceux qui se considèrent comme les « perdants » (ouvriers, employés aux revenus modestes, ruraux).

    L’Europe, qui se voulait protectrice face aux dangers de la mondialisation, est désormais vécue comme une entité anxiogène. D’ailleurs, les Français s’accordent massivement — ils sont 75% ! — pour considérer que l’UE a été inefficace ces dernières années. Un constat qui peut paraître sévère au vu des plans successifs d’aide pour sauver la Grèce de la faillite ou des instruments de régulation mis en place comme le mécanisme d’union bancaire.

    Incapable de se mettre d’accord pour aider la France engagée contre les jihadistes au Mali, l’Europe n’est guère incarnée au niveau politique. Qui connaît son président, le Belge Herman Van Rompuy ? Ou celle qui est censée incarner la politique étrangère de l’Union, la Britannique Catherine Ashton ? Evidemment, cela n’aide pas…

    http://www.leparisien.fr/politique/sondage-l-europe-on-n-y-croit-plus-23-02-2013-2592159.php

  3. Sirius dit :

    Cher JJN,
    Merci pour ces éléments.

    A mon avis pour traverser cette période d’instabilité, je ne vois pas grand chose d’autre à faire que d’être investi en actions de croissance (avec une strategie value de manière à disposer d’une certaine marge de sécurité), et qui offrent un peu de rendement à travers un dividende régulier. Cela passe par une analyse approfondie des fondamentaux et de la capacité de génération de cash.

    A court terme je ne sais pas vraiment ce qu’il peut se passer, à moyen/long terme, je pense que le capital est protégé et qu’on peut même prétendre à du reward…

    J’avoue avoir du mal à comprendre pourquoi tant de liquidités se réfugient dans l’obligataire, compte tenu des risques associés : remontée des taux même faible, inflation, monnaie…
    Pourquoi pas du high yield, mais le risque monnaie n’est pas couvert.
    Dans ce cas, faire un peu de bond dans une monnaie sous évaluée d’un état bien géré (dim sum par exemple)… Est-ce facile d’accès ?

    Il serait intéressant de voir si les liquidités placées en obligations ont augmenté plus vite que l’épargne (surallocation ou pas).

    Merci
    Sirius

    • Brutus Inanitas Crastinus dit :

      @ sirius : quand vous citez Guy Wagner (ou qui que ce soit d’autre), merci de faire preuve d’honnêteté intelectuelle en usant de guillemets.

      • Sirius dit :

        Bonjour Brutus,
        Jamais entendu parlé de ce Monsieur, mais merci d’avoir donné ce nom, je vais regarder ce qu’il dit avec intérêt. Si vous pensez que j’ai pu en plagier d’autres, n’hésitez pas à donner d’autres noms, je suis preneur de lire leurs idées et argumentaires.
        Merci

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