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Tous ceux qui se sont donnés le mal d’écouter les vœux du Président de la République le 31 décembre dernier n’avaient pas été impressionnés par les propos tenus. Seule mesure nouvelle au catalogue « Le pacte de responsabilité avec les entreprises » qui avait fait son apparition.

 

Peu de temps avant de lancer cette nouvelle idée, on avait annoncé à François Hollande que l’indice PMI Manufacturier avait plongé à 47 en décembre, alors que celui de la zone Euro se trouvait à 52,7 au plus haut depuis 31 mois ! Même si tous les économistes savent que cet indice est volatil, car il repose sur une enquête effectuée auprès de 400 entreprises, cela signifiait très clairement que l’économie française était en train de diverger dangereusement par rapport au reste de l’Europe.

 

Certains conseillers lui ont aussitôt recommandé de ne regarder que les indicateurs qui donnaient une vision moins inquiétante de la situation. En particulier l’indicateur de la Banque de France portant sur 9000 entreprises et l’enquête de l’INSEE sur 10 000 entreprises. Se souvenant de son passage à HEC et pris en flagrant déni de réalité sur les chiffres du chômage, le Président a  jugé utile d’effectuer une correction de tir. Dans l’histoire économique, tout ce qui tourne autour des notions de « Pacte » et de « donnant-donnant » n’a jamais fonctionné. Il y a la bonne et la mauvaise politique économique. Celle qui donne des résultats et celle qui n’en donne pas. Donnons lui tout de même le bénéfice du doute et nous verrons si sa conversion est sincère.

 

Les Etats Unis sont le premier pays à sortir nettement de la crise

 

Sur le plan mondial, l’activité s’améliore surtout aux Etats Unis, un petit peu en Europe et dans certains marchés émergents comme les Philippines. La liquidité devrait rester l’élément le plus déterminant pour le comportement des marchés. Les marchés peuvent rester chers pendant de longues périodes. Il y a beaucoup de liquidités excédentaires aux Etats Unis et au Japon mais pas en Europe.

 

Aux Etats Unis après plusieurs faux départs la reprise semble cette fois durable.

Le consensus est celui de la poursuite de la rotation des obligations vers les actions. La hausse de 30% du S&P 500 en 2013 s’explique beaucoup plus par l’expansion des multiples que par la hausse des résultats des entreprises.  Elle a été rendue possible  par la politique non conventionnelle de la Fed qui a augmenté de 1100 Md$ en 2013 ses achats de titres (Bons du Trésor, Obligations Hypothécaires et dette des Agences Fédérales)  dans le marché. Les investisseurs sont devenus des drogués  à l’argent facile.

Malheureusement, des taux d’intérêts proches de zéro et une politique monétaire très accommodante ne sont pas forcément un bon signe pour le secteur privé.

Le moment difficile va se produire quand les taux d’intérêt vont commencer à remonter, probablement au milieu de l’année pense Andrew Garthwaite stratégiste du Crédit Suisse. Normalement les marchés corrigent en moyenne de 3 à 9% dans les six mois suivant la première hausse des taux. La Fed va en effet perdre progressivement le contrôle de la courbe des taux

La croissance américaine pourrait dépasser les 3% et probablement 4% pense Anatole Kaletsky de GaveKal,  ce qui ne signifie pas que les résultats des sociétés vont encore progresser. Il y aura donc une révision à la hausse des résultats pense Eric Cheney de Axa

Les marchés actions ne sont pas encore surévalués globalement. Il n’est pas stupide d’imaginer une poursuite de la hausse….

 

La zone Euro devrait sortir de récession en 2014

 

En Europe, toutes les maisons de courtage sont optimistes sur la poursuite de la hausse des valeurs européennes. Barclays pense qu’elles peuvent doubler dans les cinq ans, Credit Suisse recommande de surpondérer l’Europe, sauf la France. JP Morgan estime que ce n’est pas la fin du mouvement de hausse. Bank of America Merrill Lynch escompte une hausse des bénéfices par action des sociétés européennes de 12% en 2014. Kepler Cheuvreux est un peu plus prudent en recommandant d’acheter au moment la décision de la Fed de se retirer du marché sera effective.

 

La Grande Bretagne renoue avec la croissance

 

En Grande Bretagne, la croissance sera d’un point de plus que la moyenne européenne. Cela a donné lieu à de très nombreux papiers comparant les mérites de la gestion anglaise par rapport à celle de la France. David Cameron a d’abord diminué significativement les dépenses de l’Etat, diminué la pression fiscale, ce qui a eu pour effet de faire baisser les déficits et d’entrainer une création d’emplois. Le chômage a en effet baissé à 7,4% plus que prévu. Les britanniques ont retrouvé le moral alors que les français broient du noir. Le vote de l’Ecosse contre son indépendance devrait également être un facteur favorable.

 

Attention, l’Europe est proche de la déflation estime Russell Napier de CLSA. Les investisseurs se sont félicités de voir le cours des actions monter, mais ils ne prennent pas en compte le fait que la politique américaine de « Quantitative Easing » n’arrive pas à relancer véritablement l’économie réelle. En Europe, les questions essentielles demeurent : 1/ Est ce que la BCE va s’engager nettement dans une politique monétaire véritablement expansive ? Pas sûr, car la Cour de Karlsruhe n’a toujours pas statué.

2/ Est ce que la reprise extraordinairement modeste va tenir ? Une analyse fine de la batterie d’indicateurs avancés montre que l’ensemble de l’Europe est en stagnation.

3/ Est ce que la déflation sera le fait marquant de l’année ? Probablement.

Au total l’année européenne sera triste sur le plan économique.

La force de l’Euro , dans ses plus hauts depuis deux ans et demi, ne devrait pas durer au delà du milieu de l’année. Le rendement des obligations à 10 ans du Trésor US devrait remonter autour de 4% renforçant le dollar particulièrement contre l’Euro.

La présidence européenne sera assurée d’abord par la Grèce pour les six premiers mois de l’année. Antonio Samaras le premier ministre grec aura du mal à éviter les mauvaises surprises sur le dossier de son pays.  Puis  ensuite par l’Italie. Ce sont les deux états qui le niveau d’endettement le plus élevé par rapport à leur PIB….

 

 

En Allemagne, Sigmar Gabriel le leader du SPD sera le nouvel homme fort du gouvernement. Il devrait diminuer fortement l’influence de Wolfgang Schaüble, le ministre des finances chrétien démocrate

 

En Espagne, le rendement des obligations d’Etat à 10 ans ressort  maintenant à 3,88% (contre 7% pendant l’été 2012) soit moins de 200bp au dessus des Bund allemands. C’est la première fois que cela se produit depuis avril 2011. L’Italie est à 3,93% et le Portugal à 5,63%. L’amélioration des marchés incite la plupart des investisseurs comme Nick Hayes d’Axa Investment Managers à acheter encore des  obligations des pays. Périphériques

 

Le soleil n’est pas encore couché en Asie

 

La Chine devrait connaître une nouvelle année positive. Le tandem Xi Jinping Li Kegiang devrait assurer une croissance de l’économie autour de 7%. Au Japon, Shinzo Abe le premier ministre devrait enfin voir ses rêves exaucés en matière d’inflation. Il risque en revanche d’être confronté à une baisse plus importante que prévu du Yen.

 

Cela fait pratiquement quatre années que les marchés émergents n’ont pas progressé. La Société Générale estime que ce n’est pas sa zone d’investissement préférée. BCA, la société de recherche canadienne recommande une sous exposition à ces marchés. Plusieurs pays  vont connaître une année électorale Brésil, Inde, Indonésie, Afrique du Sud et Turquie.

 

Tout cela n’empêche pas le Fonds souverain norvégien, réputé pour la qualité de sa gestion d’investir en actions dans les pays suivants :  Bulgarie , Croatie, Jordanie, Kenya, Koweit, Nigeria, Oman Quatar et Roumanie. Ses investissements en obligations sont effectués au Chili, en Chine, Colombie, République Tchèque, Hong Kong, Hongrie, Israël, Malaysie, Philippines, Russie et Taiwan. Cela montre bien que tous les investisseurs qui assimilent marchés émergents à BRICS se trompent.

 

Les Pays du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Quatar, Koweit)  vont continuer à bien se porter grâce à un prix du pétrole qui devrait rester élevé et à une poursuite de la croissance du crédit. A suivre …

 

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4 Comments

  1. Compliments pour votre chronique toujours bien documentée et attirant des commentateurs pertinents………Ces sujets régissant notre pouvoir d’achat
    dans un futur proche il est important d’en parler !!
    Que dire de la NON gouvernance de notre pays,pour ne pas dire l’errance,
    Ce n’est pas le projet d’un pseudo pacte en forme de nouveau nuage
    de fumée à établir entre un gouvernement socialo-coco et le grand
    patronat qui sauvera la FRANCE !!! Je pense que cette proposition est
    un nouveau piége pour transférer les responsabilités de l’échec économique
    vers les Entrepreneurs , s’ils sont assez dûpes pour s’y associer ……………..

  2. orsu dit :

    Apres avoir passe les cinq dernières années au Brésil, je peux confirmer BRICS ne signifie pas marchés émergents et encore moins marchés en croissance, depuis environ 6 mois tous les investissements sont suspendus au Brésil pour plusieurs raisons :
    – La très forte augmentation des coûts d’acquisitions (spéculation et bulle immobilière) fait que les investisseurs persuadés d’une baisse après la coupe du monde de football attendent,
    – Exceptée la région de Rio, aucun état ne possède de prévision fiable sur l’avenir de son économie post coupe du monde, Rio va bénéficier des JO en 2016 ce qui devrait lui laisser 2 années supplémentaires
    – Personne n’est capable d’appréhender l’étendue des mouvements sociaux à venir, sachant qu’avec 2 % de croissance (2012) le Brésil doit puiser dans ses réserves pour financer le coût « social »
    En effet l’économie brésilienne n’est réelle que dans la partie Sud, Sud-Est et Centre du pays, les états du NE et Nord, sont totalement assistés et se « cachent » derrière des pseudo-économies où la richesse est surtout consécutive des différentes « bolsa », subventions et allocations distribuées par les gouverneurs aux maires puis au particuliers selon leur couleur politique ou leur affinités et de l’accès au crédit.
    Ainsi une grande partie de l’intérieur ne vit que grâce à ce type de revenu. Ce qui assure un certaine forme de sécurité pour les élections à venir en 2014 !
    Aux multiples « bolsa » (naissance, éducation, agricole,…) s’ajoute un usage sans limite du crédit.
    Le crédit est souvent accordé sur la seule présentation d’une déclaration et d’un CPF (numéro d’identification national pour les personnes physiques) propre (sans dette) sachant que les CPF sont « laver » tous les 3 à 5 ans, ainsi une famille peut accéder au crédit avec la « complicité » d’un comptable sur un de ses membres en année 1, arrêter les remboursements et continuer à emprunter sur un autre CPF dans les années suivantes, et faire une rotation des CPF pour avoir un accès permanent au crédit, la notion de contrainte par corps n’existe pas dans le code pénal brésilien !
    Le coût du « risque » est lui financé par les entreprises et la classe moyenne en développement.
    Conséquence, alors que le coût interbancaire du crédit est de 6 % le coût appliqué aux particuliers et entreprise est de 25 % ! Autre forme de redistribution déguisée !

  3. JEPIRAD dit :

    Merci pour cette synthèse.
    « Crédit Suisse recommande de surpondérer l’Europe, sauf la France ».
    Quel crédit peut-on accorder à cette banque qui se plante régulièrement.
    De plus pourquoi exclure la France alors que les valeurs du CAC réalisent en majorité leur CA à l’international.
    Cordialement.

  4. Poutine7 dit :

    Merci Jean-Jacques pour ces panoramas tjs intéressants.
    J’observe que chefs d’entreprise et Medef ont fait le choix de prendre
    au mot notre président normal ce qui est habile et utile de leur part.

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