Géopolitique

7:55:44 2017.11.16
La mémoire et l’histoire
3:05:00 2017.11.08
Les conséquences géopolitiques du communisme endiguement destinée à contenir l'expansionnisme soviétique. C'est le fameux principe du containment. Cet endiguement doit se faire en tenant les côtes pour éviter que la centralité soviétique ne se diffuser vers l’Europe et l’Asie. Il faut donc mettre en place des contre-forces au pouvoir soviétique. Beaucoup pensent que les contre-forces sont militaires, ce qui n’est pas l’esprit de Kennan. Pour lui, elles sont politiques. L’URSS ne cherche pas à prendre les pays par la force, mais par l’intrusion des partis politiques, notamment en Europe. Il faut donc résister sur ce point, et les États-Unis doivent développer les résistances politiques aux Soviétiques. C’était très bien vu de la part de Kennan qui a compris que la Guerre froide était une guerre subversive et intellectuelle et qu’elle se gagnerait donc sur ce terrain-là.   Quand le communisme s’étend là où on ne l’attend pas   Karl Marx ne pensait pas possible que la Russie se livre au communisme. Lénine et Staline limitaient leurs regards vers l’Europe ; c’est finalement en Asie que le communisme se diffusa. La Mongolie, dès 1917, la Chine, puis la Corée et l’Indochine. Il y laissa son lot de morts, que les manuels scolaires français d’aujourd'hui se gardent bien d’évoquer. En Afrique, il accompagna les indépendances pour soutenir des dictatures socialistes, ce qui acheva de ruiner des pays déjà fragiles. En Amérique latine il provoqua la réaction américaine et le soutien à des dictatures militaires qui ne furent guère préférables. En 1980, le monde non communiste est beaucoup moins étendu que les pays qui s’y rattachent. Les observateurs pouvaient donc légitimement parier sur sa victoire.   Logiques nationales contre logiques idéologiques   Le communisme a recouvert du manteau de l’idéologie l’ensemble des conflits qui se sont tenus durant la Guerre froide. Le monde était finalement plus simple à penser. Pourtant, des failles dans l’unanimité ont commencé à se faire jour. C’est Tito qui refuse la mainmise de Moscou et qui se fait excommunier par le Politburo. Se faire traiter de titiste dans les années 1970 n’était pas un titre gratifiant. En Asie, on voit la Chine et l’URSS rompre leurs relations et se faire la guerre sur le fleuve Amour. Dans la péninsule indochinoise, l’URSS soutient le Vietnam et la Chine le Cambodge. La logique nationale reprend le dessus sur la logique idéologique. En Afrique, on analysa souvent les conflits comme l’affrontement entre les rouges et les bleus, alors que l’ethnicité et les failles historiques les expliquaient plus surement. Au Moyen-Orient, on découvre désormais que l’islamisme couvait sous la cendre.   En Europe de l’Est, ce sont les peuples et les nations qui se sont levés contre le communisme et qui ont permis de le faire tomber. Des hommes de force et de culture comme Vaclav Havel, Jean-Paul II, le père Popieluszko, Soljenitsyne. Ces hommes avaient compris le projet destructeur du marxisme qui visait d’abord à s’en prendre à l’homme, dans sa culture et son être, pour en faire un pion au service du régime. L’un des livres les plus émouvants qu’il m’a été donné de lire ces dernières années est Le bal après la tempête. Un livre très peu connu écrit par un Espagnol et traduit en français. José Miguel Cejas a interrogé des dizaines de dissidents soviétiques des pays baltes et il raconte leur histoire dans ce livre. On y découvre que les tortures et les arrestations ont duré jusqu’en 1991, et donc que le communisme conciliant n’a jamais existé. Ce livre est le témoignage de mères de famille, d’ouvriers, de musiciens, de prêtres qui ont lutté de façon anonyme contre l’idéologie. En plus d’un système concentrationnaire massif, le communisme a réalisé la servitude volontaire et quotidienne qu’Étienne de la Boétie décrivait déjà au XVIe siècle. C’est le réveil des peuples qui a abattu le communisme en Europe, mais celui-ci survit encore en Amérique latine et en Asie.   La faillite intellectuelle de la France   Dans L’étrange défaite, Marc Bloch essayait de comprendre les causes de la défaite surprenante de la France en 1940. Pour les historiens du début des années 2000, c’est un autre sujet qui s’annonce ardu : comprendre pourquoi des hommes, qualifiés d’intellectuels, ont pu défendre avec autant de passion et de force le communisme. Aujourd'hui encore, cette idéologie est globalement considérée comme bonne. On impute ses erreurs à Staline, le stalinisme, ce qui fut un très beau coup politique de Khrouchtchev : imputer les crimes du communisme à Staline pour laver le communisme de ses crimes. Cette erreur est toujours présente dans les manuels scolaires qui parlent du stalinisme et rarement du communisme et qui évoquent la fin du système totalitaire en 1953 (mort de Staline), omettant que celui-ci se prolonge jusqu’en 1991. Un tel aveuglement est non seulement un objet d’histoire, mais aussi un sujet d’inquiétude pour le présent. Il se poursuit quant à l’incapacité à penser et à comprendre l’islamisme et des mouvements culturels qui touchent certaines parties du monde. C’est le refus du réel, l’enfermement dans l’idéologie, qui fait que l’on peut encore parler de commémoration pour évoquer un événement qui a déclenché la mort de dizaines de millions de personnes.            
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