Presse

7:50:43 2016.01.09
« L’Etat est mort, vive l’état » par Yves de Kerdrel
7:30:36 2015.04.24
Peut-on être libéral et conservateur? La réponse de Charles Beigbeder à Gaspard Koenig Article repris du Figaro Dans une interview donnée au FigaroVox à l'occasion de la parution de son dernier ouvrage, Gaspard Koenig défend un libéralisme libertaire et pourfend la pensée libérale-conservatrice qu'il juge «intellectuellement incohérente». Dans la continuité du dialogue courtois déjà engagé entre nous, je souhaite montrer qu'il y a deux écoles de pensée philosophique irréconciliables au sein de la famille libérale: le libertarisme (ou libéralisme libertaire) qui puise ses racines dans le contractualisme de Hobbes, Locke et Rousseau, et le conservatisme libéral héritier de Burke, Chateaubriand, Tocqueville, Montalembert, ou encore Chantal Delsol. Gaspard Koenig se place dans le sillage du contractualisme individualiste là où, pour ma part, je préfère me référer à la notion d'enracinement et de personne, dans la droite ligne du conservatisme libéral. Qu'enseignent les théories contractualistes qui ont inspiré la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, aujourd'hui inscrite dans notre bloc de constitutionnalité? Une philosophie de l'individualisme intégral: l'homme est une totalité à lui seul, il n'a pas besoin de cette mystérieuse alchimie des relations sociales pour devenir pleinement humain car il possède déjà en lui une forme de plénitude qui le constitue en individu libre et autonome. Ce n'est donc pas en vue de s'accomplir comme homme qu'il tisse des liens sociaux, c'est uniquement parce qu'il y est confronté sous l'empire d'une nécessité à laquelle il ne peut échapper. La présence de l'autre l'oblige à rompre une solitude de «monade» (pour reprendre l'expression de Leibniz que cite Gaspard Koenig), pour entrer en relation sociale par le biais d'un contrat: la sociabilité de l'homme n'est donc plus consubstantielle à sa nature; elle est une construction artificielle. Dès lors, l'objectif des contractualistes est de concilier deux réalités qui semblent contradictoires dans leur essence: l'individu et les relations sociales. «L'homme est né libre et partout il est dans les fers» affirme solennellement Rousseau au début du Contrat social. Les relations sociales sont perçues comme un pis-aller nécessaire qui ampute la liberté humaine afin de permettre l'expression de celle de son semblable: «La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui» résume l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ou pour citer Gaspard Koenig: «La loi doit punir ce qui nuit à autrui» (et uniquement cela). Autrement dit, autrui est considéré comme un obstacle à ma liberté que je suis contraint d'accepter afin qu'il puisse l'exercer à son tour. Cette limite, c'est celle de la loi. Comme le souligne le proverbe, «la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres». Sans nier la part de vérité pratique que recèle une telle formulation dans un contexte donné, je maintiens qu'il est erroné de limiter la sociabilité de l'homme à un donné accidentel et qu'il est dangereux de dresser une antinomie de principe entre l'être humain et le cadre social dans lequel il évolue. Parce qu'on sera toujours tenté de croire que la liberté consiste à s'émanciper de tous les cadres qui, de la famille à la nation, en passant par la commune ou la profession, enfermeraient l'homme «dans des fers». Parce qu'un tel raisonnement produit des êtres déracinés de tout, à force de refuser de ne dépendre de rien! Parce que l'on confond risque accidentel et aliénation essentielle: une vie de famille peut altérer la personnalité d'un enfant si elle est pesante et renfermée sur elle-même; il n'en reste pas moins qu'elle constitue dans son principe un facteur indispensable d'épanouissement. Idem pour le travail qui peut détruire une personne si ses conditions d'exercice sont insatisfaisantes mais qui n'en reste pas moins dans son principe un bienfait. Idem enfin de la nation qui ouvre l'homme à l'universel et lui apporte en héritage une culture, une mémoire et une langue, même si son dévoiement peut déboucher sur le pire enfer qui soit. En fait, l'erreur de base des contractualistes consiste à évoquer l'individu là où, pour ma part, je préfère employer le concept de personne. Simple différence de langage? Non, car les mots ont un sens. L'individu est une personne considérée hors de ses relations sociales, un être atomisé et désincarné, sans famille ni racines, bref une abstraction qui n'existe dans la réalité sociale que sous la forme la plus extrême de l'exclusion. À l'inverse, la personne devient pleinement elle-même par les relations qu'elles tissent et qui lui permettent d'être éduquée, socialisée et de devenir un héritier. L'individualisme libéral de Gaspard Koenig est donc une posture utopique qui pourrait conduire, à terme, à la destruction de tout lien culturel et de tout enracinement national. Car en quoi consiste ce «jacobinisme libéral» qu'il appelle de ses vœux? À demander à l'État d'émanciper l'individu de tous les corps intermédiaires qui l'empêchent de pleinement se déployer, -au rang desquels se situent les corporations ou les provinces -, pour atomiser l'homme en face de l'État. Adieu les particularismes locaux, adieu la subsidiarité, adieu l'enchevêtrement des règles prises au plus proches des personnes concernées, adieu les contre-pouvoirs, place au pouvoir central froid et impersonnel, au Léviathan de Hobbes, au «plus froid des monstres froids» de Nietzsche, à l'uniformisation de la société, à la massification du corps social, à la solitude sans âme de l'individu en face de l'administration, au déracinement des personnes, bref à la mort des nations. Paradoxalement, c'est au nom d'une philosophie individualiste que l'on demande à l'État d'émanciper l'individu pour finalement lui ôter tout ce qui lui permettait de résister à l'omnipotence de ce même État. C'est le mythe de la volonté générale théorisé par Rousseau, dont l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen porte toujours l'empreinte, quand elle affirme que «la loi est l'expression de la volonté générale». Car il faut bien comprendre ce que cela peut comporter de totalitaire: dans l'esprit de Rousseau comme des rédacteurs de la Déclaration, la loi n'est que «l'expression de la volonté générale», aucune volonté intermédiaire ne peut interagir entre l'individu atomisé et ses représentants omnipotents, aucune minorité ne peut être écoutée, aucune transcendance n'est tolérée. Qu'arrive-t-il alors lorsque la volonté générale se trompe? Le plus grave n'est pas là. En bon philosophe, Gaspard Koenig veut distinguer morale et politique et précise que «la morale doit se forger dans l'espace civil» là où la loi ne doit punir que «ce qui nuit à autrui». Autrement dit, le pouvoir politique ne doit légiférer que pour permettre à chacun de conserver son espace de liberté sans nuire à autrui, laissant libre chaque individu d'adhérer à titre privé à sa propre morale. Il rejette donc l'idée de «valeurs communes» qui constitueraient le soubassement pré-politique d'une société dans un État de droit. Qu'un citoyen soit vêtu d'un barbe longue ou d'une burqa, peu importe, tant qu'il ne nuit pas à autrui! C'est là que le bât blesse: ne faut-il pas se mettre préalablement d'accord sur une morale commune pour considérer que tel ou tel agissement est susceptible de nuire à autrui?
"Il est impossible sans une morale commune, de s'entendre sur ce qui peut ou non nuire à autrui, et donc relever du champ politique."
Gaspard Koenig cite l'exemple de l'avortement ou du mariage homosexuel et déplore l'attitude de ceux qui défendent des positions conservatrices en cherchant «à les imposer aux autres par la loi». Il y a confusion. À partir du moment où certaines personnes considèrent -à tort ou à raison, là n'est pas le débat-, que la légalisation de l'avortement ou du mariage homosexuel peuvent «nuire» à des tiers, en l'occurrence l'enfant, on sort du registre de la morale pour entrer dans celui de la politique qui arbitre les décisions afin d'empêcher la légalisation de pratiques pouvant «nuire à autrui». Autrement dit, il est impossible sans une morale commune, de s'entendre sur ce qui peut ou non nuire à autrui, et donc relever du champ politique. Enfin, Gaspard Koenig propose une grille de lecture intéressante de la vie politique et juge périmé le clivage droite-gauche pour le remplacer par l'opposition libéral /étatiste. Distinction pertinente mais largement incomplète car elle omet de mentionner les clivages philosophiques: en effet, à la lumière des enseignements ci-dessus, il semble que la principale ligne de partage des convictions politiques s'opère désormais entre les «enracinés» d'une part, -qui croient en la valeur de la personne, aux liens qu'elle tisse, à l'héritage qu'elle reçoit, à la morale commune (ou anthropologie) qu'elle promeut- , et les «déconstructeurs» d'autre part, qui refusent toute limite à l'action humaine autre que ce qu'ils perçoivent comme pouvant nuire à autrui, et veulent émanciper l'individu de tout ce qui fait de lui une personne humaine. C'est cette voie-là que promeut malheureusement le talentueux Gaspard Koenig.
3:23:23 2014.07.17
L’économiste Charles Gave lance un SOS Point 15/07/2014)     Charles Gave est cet économiste libéral qui s'est fait connaître il y a une dizaine d'années par un premier livre (Des lions menés par des ânes, éditions Robert Laffont, 2003) qui avait eu un vrai succès d'estime. Dans cet essai, il prévoyait et annonçait la crise économique qui touche la France depuis quelques années et montrait à quel point nos entrepreneurs, "les lions", étaient critiqués, bridés, corsetés, assommés de charges, de réglementations et de taxes par "les ânes"qui nous gouvernent, issus pour la plupart d'une classe politique formée de fonctionnaires, de technocrates et d'apparatchiks notoirement incompétents. Aujourd'hui, Charles Gave va beaucoup plus loin et nous annonce un inéluctable et prochain désastre : "En tant qu'économiste et homme d'affaires depuis quarante ans, je sais maintenant avec certitude que l'économie française va s'effondrer dans les trimestres qui viennent puisque M. Montebourg va faire passer une loi pour la croissance, comme il avait promis de sauver la sidérurgie française." Dans une chronique du 7 juillet à l'Institut des libertés qu'il a créé et qu'il préside, il explique pourquoi il est arrivé à cette dramatique conclusion : l'économie, rappelle-t-il, ne peut croître et créer des emplois que "si le système légal permet le déroulement du processus de création destructrice", défini par Joseph Schumpeter au milieu du XXe siècle. "Destruction créatrice" Ce principe est bien connu depuis longtemps et a été mille fois vérifié. C'est ainsi que la nouvelle économie américaine, avec ses champions Microsoft, Oracle, Apple, Goggle et autres Amazon, s'est d'autant plus développée et d'autant plus vite que les meilleurs cerveaux, les plus dynamiques collaborateurs et les plus grands investisseurs ont abandonné la vieille économie pour miser sur l'avenir. En France, Arnaud Montebourg est tellement fier de pouvoir relever les sauvetages de Fagor-Brandt, Mory Ducros ou Ascométal, qu'il en fait le symbole du "retour en force de l'État dans l'économie". Gave est très clair à ce sujet : en France, note-t-il, "la quasi-totalité des lois portant sur des domaines économiques visent à empêcher cette destruction créatrice, ce qui revient immédiatement à empêcher toute création, c'est-à-dire toute croissance". La plupart des secteurs, ajoute-t-il, "dans lesquels nous pourrions générer de la croissance, comme les transports, les médias, la culture ou la santé, sont sous le contrôle de l'État, c'est-à-dire sous le contrôle de la CGT". Et c'est bien là le problème que pose le ministre de l'Économie quand il lance le 10 juillet à Bercy, dans une mise en scène théâtrale avec effets de manche et tam-tam médiatique, "la feuille de route du redressement économique de la France" basée sur les poncifs les plus rétrogrades du siècle dernier : le patriotisme économique ("il nous faut des patrons patriotes"), l'antimondialisation ("être plus forts dans la compétition mondiale face à la mondialisation déloyale"), l'antilibéralisme ("non au modèle anglo-saxon libéral, oui au modèle entrepreneurial solidaire"), et l'interventionnisme étatique "qui permet à l'État de protéger et de défendre la souveraineté de nos entreprises". "Mon tambour" Et le matamore de Saône-et-Loire, surnommé "mon tambour" dans sa région d'élection, d'annoncer sans mollir que son "décret Alstom" du 14 mai 2014 va servir "dans certains secteurs sensibles comme l'eau, la santé, la défense nationale, l'industrie du jeu, les transports, l'énergie et les télécommunications". L'industrie du jeu, un secteur sensible à protéger... Et pourquoi pas l'industrie du carambar ou du scoubidou qui pourraient aussi avoir besoin de protection ? On croit rêver ! Ce Montebourg ressemble à un enfant qui joue avec un train électrique qu'on lui a offert pour Noël ! Le ministre qui vient de coûter un milliard et demi d'euros à la France en vendant des actions de l'État dans GDF pour acheter des actions de Bouygues dans Alstom croit-il vraiment à ce qu'il déclame à longueur de discours ? Prend-il ses délires pour des réalités ? Hélas, il semblerait que oui. Pour clôturer le tout, pendant son one man show à Bercy, tant qu'il y était, il s'est aussi offert une sortie contre l'euro et contre "l'incompétence, le dogmatisme et peut-être l'aveuglement idéologique de dirigeants européens", sans compter un paragraphe bien senti d'antiaméricanisme primaire et même secondaire! On se serait cru revenir trente-cinq ans en arrière, pendant la campagne électorale des socialistes pour l'élection présidentielle de François Mitterrand en 1981! Charles Gave, évidemment, sait bien de quel bois, rouge, est fait Arnaud Montebourg qui se battra jusqu'au sang - celui des autres, bien sûr - contre la loi du marché et finira, si on le laisse faire, par "réussir aussi bien que Castro ou Chávez", car, ajoute-t-il, "il n'y a pas un seul exemple dans l'histoire d'une économie gérée par un État qui ne se soit conclu autrement que par la faillite et la tyrannie." Gave a toujours écrit et parlé cash et, plus que jamais, devant le cyclone économique qu'il nous annonce si on laisse faire Montebourg, cyclone qui aura donc été initié par nos gouvernants eux-mêmes, il tient à rappeler les lois fondamentales de l'économie et particulièrement celle-ci : plus le poids de l'État augmente, plus la croissance économique diminue et plus les chômeurs s'ajoutent aux chômeurs. Il prend note d'un phénomène unique dans le monde développé : "Pour la première fois dans l'histoire de notre pays, écrit-il, il n'y a pas un seul membre du gouvernement qui ait la moindre expérience du secteur privé. Tous les membres du gouvernement ont toujours été payés par nos impôts et jamais par un client." Charles Gave termine sa chronique à l'Institut des libertés par un bien triste constat : "Notre pays qui devrait être le plus riche du monde, compte tenu de ses avantages naturels et de la qualité de sa force de travail, est en train de s'appauvrir à vue d'oeil. Les entrepreneurs français sont comme le Tiers État en 1789. Ils portent sur leur dos la noblesse (le système politique) et le clergé (le système syndical) et la France en crève. Elle est sur le chemin de l'Argentine. Rien ne peut empêcher un pays de se suicider. Nous sommes sur la bonne voie."
11:22:55 2013.12.03
Article sur Charles Gave dans le Point.fr http://www.lepoint.fr/economie/economie-des-lions-menes-par-des-anes-03-12-2013-1764247_28.php   Il aurait pu être professeur d'économie ou haut fonctionnaire. Il s'est finalement contenté de réussir brillamment dans la gestion et la finance internationale. Charles Gave est un cas. Un vrai libéral qui a fait fortune hors de France, à Londres comme analyste financier, puis à Hong-Kong comme stratégiste de marché. Il s'est efforcé de comprendre les phénomènes sous-jacents, les plaques tectoniques de la mondialisation en étudiant de près les interconnexions entre la finance, l'économie et la politique. Pour mieux comprendre les batailles, on y voit toujours plus clair du haut de la colline que du bas de la tranchée. Évidemment, il a fait de belles études : DESS d'économie à Toulouse, Sciences Po à Paris et un MBA à New York. Il a surtout été proche, pendant une vingtaine d'années, de Milton Friedman, le célèbre Prix Nobel d'économie en 1976, fondateur de l'École de Chicago, critique pugnace de l'intervention étatique et des politiques keynésiennes, grand défenseur du libéralisme.

L'État et les technocrates sont toujours les gagnants

Charles Gave a attendu ses 60 ans pour publier son premier livre en 2003. Des lions menés par des ânes, essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l'Euroland en général et de la France en particulier (Éd. Robert Laffont) s'est écoulé à 20 000 exemplaires. Un premier succès d'estime. Que nous dit-il dans son ouvrage ? Que les entrepreneurs français sont des "lions", que les fonctionnaires et une bonne partie de la classe politique sont des "ânes". Que nos "élites" ont passé leur temps à chercher des solutions à des problèmes qui n'existaient pas et fait beaucoup d'efforts pour éviter les vrais défis que la France avait affrontés et allait encore devoir affronter. Que les politiques économiques, monétaires et sociales de ces élites entravent toutes les libertés en freinant la croissance. Les seuls gagnants de cette dérive perpétuelle sont toujours les mêmes : l'État et ses technocrates, jamais l'emploi ni les profits, ces derniers étant la condition des emplois de demain. Des lions menés par des ânes est original à plus d'un titre, avec cette approche pragmatique de l'économie qui consiste à utiliser des graphiques simples et explicites, faciles à comprendre, comme le ferait un Que sais-je ? intelligent. Ce livre possède également de l'humour, ce qui est rare dans ce genre d'exercice, avec des citations bien senties. "Si on paie ceux qui ne travaillent pas et si on impose ceux qui travaillent, il ne faut pas s'étonner si le chômage augmente" (Milton Friedman), ou encore : "Lorsque les riches s'appauvrissent, les pauvres crèvent de faim" (proverbe chinois).

Il faut toucher le fond pour remonter à la surface

Vers la fin de l'ouvrage, après une implacable démonstration sur les dérives du "tout-État", Charles Gave enfonce le clou : en France, "le citoyen ordinaire est abruti par une propagande (étatique) incessante" et "la police des pensées veille", cette "pensée unique" qui est "une invention typiquement française." En vérité, écrit-il, "la France n'est plus aujourd'hui en démocratie, mais un pays en coupe réglée sous le joug d'une écrasante technocratie". Et il ajoute : "Les technocrates au pouvoir et leur idéologie SONT le problème, et attendre d'eux la solution est hilarant. Cela revient à confier la clé de sa cave à vins à un sommelier alcoolique." L'intérêt porté par le public à son livre a fini par convaincre Charles Gave de continuer ses recherches sur le "social-clientélisme" à la française et sur ceux "qui ont dépensé toute l'épargne accumulée par les générations précédentes, puis emprunté l'épargne future de leurs enfants et maintenant de leurs petits-enfants". Ainsi, vont naître par la suite plusieurs essais, dont Un libéral nommé Jésus (2005),Libéral, mais non coupable (2009) et L'État est mort, vive l'État ! (2010), ce dernier ouvrage sous-titréPourquoi la faillite étatique qui s'annonce est une bonne nouvelle. Autrement dit : quand on est en train de se noyer dans la piscine, il faut d'abord toucher le fond, pour pouvoir, ensuite, mieux remonter à la surface... Aurait-on fini par atteindre, dix ans après Des lions menés par des ânes, le bas de cette échelle ?

Un pilote d'avion aux commandes d'une locomotive

Entre-temps, Charles Gave est entré au conseil de la SCOR, un réassureur français de classe mondiale, présidée par Denis Kessler. Il a aussi fondé un think tank libéral, l'Institut des libertés. En 2013, il fête à la City de Londres, avec des amis, son 70e anniversaire et ses 50 ans de recherches en économie depuis ses études supérieures à Toulouse. Et que constate-t-il ? Que les choses continuent de s'aggraver : "L'État n'est bon à créer ni richesse, ni liberté, ni emploi, ni croissance. Tout au plus des fonctionnaires." Si le taux de croissance de l'économie française ne cesse de baisser structurellement, c'est à cause de cette "évidence accablante : plus la part de l'État dans l'économie est forte, plus la croissance est faible. Plus la croissance est faible, plus le taux de chômage monte. Plus le taux de chômage monte, plus les dépenses de l'État augmentent. Et plus la croissance est faible... Un cercle vicieux dans toute son horreur." Pire encore quand Tartuffe s'en mêle : "Comme Tartuffe, les socialistes se servent de la morale, qui est utilisée par eux comme un instrument de domination sur les autres et non comme quelque chose qui doit être vécu intérieurement." Résultat : "Cette hypocrisie qui autorise une captation illégitime des biens [des autres aboutit] toujours et partout à un appauvrissement général." Charles Gave va encore plus loin dans l'une de ses interventions récentes à l'Institut des libertés : "Einstein disait que la définition de la folie, c'était de faire la même chose toujours et encore, en espérant à chaque fois des résultats différents. Nous y sommes. Nous sommes gouvernés non par des incompétents mais par des fous." Pour en revenir à nos "lions" et nos "ânes", le premier livre de Charles Gave, il se concluait sur cette phrase : "Attachez vos ceintures, la météo annonce de considérables trous d'air, le pilote de l'avion est fou et pense qu'il est aux commandes d'une locomotive." Prémonitoire, n'est-ce pas ?   Par JEAN NOUAILHAC
9:07:37 2012.11.22
Le droit de blasphémer est-il à géométrie variable?
Source L'express
3:59:17 2012.09.18
Mr Draghi « C’est celui qui dit qu’y est » ! Endossez votre risque et pour le reste,on verra bien

http://online.wsj.com/article/SB10000872396390444709004577649133348470366.html?mod=WSJEUROPE_hpp_sections_opinion

Mario Draghi a promis qu’il ferait tout son possible pour sauver l’euro. Et ce mois ci, le président de la banque centrale européenne a donc fait ce qu’il pensait pouvoir faire c’est à dire promettre de racheter une flopée de dettes gouvernementales.

Mais que voilà une belle tendance 2010 !

Car l’époque n’est plus à écrire encore et toujours des gros chèques comme une sorte de route joyeuse vers le bonheur européen. Laissez moi juste humblement proposer une autre solution tirée d ‘une de mes expériences personnelles.J’ai déménagé de la France vers Hong Kong à la fin des années 1990, au pire moment de la crise asiatique.A la différence de beaucoup de pays asiatiques, Hong- Kong n’a pas dévalué  préférant ainsi garder le Hong-Kong dollar indexé au dollars Américain et laissant ainsi le prix de l’immobilier et des salaires s’ajuster au plus juste. Entre 1997 et 2003, les prix de l’immobilier ont chuté de 70 %, les marchés boursiers ont baissé  des 2/3 et les salaires ont diminué d’un quart. Hong-Kong a historiquement  fait le choix de la dévaluation que des pays comme l’Italie et l’Espagne sont en train de suivre. Ce fut  un moment désagréable mais nous l’avons traversé.

Mais il existe une différence fondamentale entre le Hong Kong de l’époque et l’Europe du Sud d’aujourd’hui la plus grande étant que Hong Kong avait conservé sa propre monnaie. Et c’est ici que je  tiens à partager mon expérience personnelle. Au début de 2003, des valeurs évidentes commençaient à percer sur le marché immobilier de Hong Kong

Alors, j’ai regroupé mes quelques épargnes, dans un effort de décision qui m’acheta aussi quelques nuits sans sommeil et je décidai alors d’acheter mon premier appartement à Hong Kong. La raison pour les nuits sans sommeil étant surtout les quartiers attenants des bars de Lan Kwai Fong mais ne nous étendons pas…

Bien sur, ma crainte principale demeurait que le Hong-Kong dollars ne conserve pas son indexation au dollar américain. Dans cette éventualité  la moitié de mes économies serait alors dispersées en l’espace d’un instant.Heureusement pou moi, la HSBC me permettait de prendre une position « hedgy » sur cette incidence et je choisis de protéger cette position à hauteur de 4 millions Hong Kong dollars contre un million de dollars US.

Et voilà ce qui manque en Europe aujourd’hui.  Les capitaux privés devaient être attirés par une législation  souple, un immobilier moins onéreux et des cout du travail moindre.et pourtant au lieu d’accourir vers les pays européens, les capitaux privés continuent de s’enfuir.

Mais qui donc aurait envie de rester ici, bras ballants assister à la perte de la moitié de son capital dans la nuit dans l’éventualité de la fin de la zone euro et de la réintroduction de monnaies nationales ? La seule solution trouvée par la banque centrale européenne à ce jour est d’imprimer plus de papier. Mais le fait que la plupart des gouvernements européens ne puissent plus se financer sur les marchés mondiaux n’est,en vérité, qu’un des symptômes du problème. Le vrai problème demeure que les capitaux privés ont peur d’investir en Europe du sud  sur le long terme pour des raisons de risques inhérents à la monnaie.

Ce qui veut dire que Mr Dragi doit soit arrêter de penser qu’il peut acheter la dette des gouvernements et à la place, devrait tenter de réfléchir à une proposition identique à celle que me fit la HSBC en 2003.Voilà comment cela pourrait fonctionner.

Imaginons que je conçoive d’investir 10 Millions dans l’immobilier espagnol en crise mais que j’ai peur que l’Espagne quitte la zone euro. Je pourrai alors me tourner vers la banque centrale européenne qui pourrait m’émettre un « contrat d’assurance monétaire » sur la base des 10 Millions d’euros d’investissement concernés.La valeur de ce contrat pourrait se trouver dans les différences entre les taux espagnol et les taux moyens de la dette européenne gouvernementale. Grâce à de tels contrats, les capitaux pourraient enfin revenir vers la zone euro.

La beauté d’un tel schéma est que la Banque centrale européenne ne débourserait  véritablement d’argent que si un des pays venait à quitter la zone euro. Bien sur, si cela devait arriver, la banque centrale devrait vite faire chauffer ses presses afin de payer toutes le assurances en cours mais si l’Italie ou l’Espagne venaient à quitter la zone euro, doute-on vraiment de ce qu’il fraudait  imprimer des tonnes de billets de toutes les façons ?

L’immense avantage en revanche est que l’impression massive serait ainsi sous condition, abritée par la BCE et relativement planifiée.

La défaillance actuelle du marché européen est suffisamment apparente à ce stade. Les investisseurs européens ne peuvent pas « hedger » leurs positions contre une éventuelle dévaluation. Or c’est précisément cette défaillance là du marché à laquelle la BCE doit répondre. Si seulement elle le faisait, la marché privé pourrait bien s’occuper du reste. Ainsi, au lieu de renflouer  les états avec un carnet de chèques sans fond, la banque centrale devrait faire valoir son livre de compte et sa possibilité d’émettre des euros aux  investisseurs du secteur privé qui seraient tenter d’investir en Europe du sud.

En conclusion, Mr Draghi  est certainement de bonne foi quand il déclare « faire tout ce qu’il faut pour sauver l’euro » mais alors pour vraiment bien faire ; il lui revient d’enfiler son complet à rayure et sa cape de vendeur d’assurance.

Voir aussi

http://online.wsj.com/article/SB10000872396390444709004577649133348470366.html?mod=WSJEUROPE_hpp_sections_opinion

IDL

10:01:26 2010.10.27
Chronique d’Yves de Kerdrel dans le Figaro du 26 octobre 2010