Billets d’humeur

4:45:39 2016.11.17
Le peuple a décidément si mauvais goût… [1] La question subsidiaire portant sur la question épineuse de « Maman fait-elle trop de pates ». Suffrage non encore exprimé, un préavis de grève ayant été déposé [2] Aragon [3] Sources : la citée de la peur [4] Nicolas Machiavel, Discours 1, 4, Editions Gallimard        
7:38:26 2016.07.01
Malheureusement je ne crois plus au Brexit on ne peut plus clair à l'attention de la tour de Babel qui se dresse à l'est de Bruxelles. Mais j'ai comme un doute. Si je partage l'enthousiasme manifesté sur ce site et savoure l'écume politique à laquelle nous assistons, j'ai toujours été sceptique quant à la concrétisation du Brexit en cas de victoire du "Leave". Je le suis d'autant plus depuis une semaine, et ce pour trois raisons. La première est que l'expérience récente concernant ce genre de consultation n'est guère encourageante, particulièrement lorsque l'on commence à s'intéresser sérieusement à la politique lors du referendum sur la Constitution Européenne de 2005 (j'avais à l'époque 15 ans). Alors que mon imaginaire de collégien se souvenait du cours d'Histoire sur le départ de De Gaulle en 1969, l'Union Européenne et ses partisans m'ont appris que le sens de l'honneur n'était plus d'époque et que l'avis du "peuple" n'avait de valeur que lorsqu'il était sans conséquences.  Leçon qui fut d'ailleurs confirmée par la suite avec les deux referendums irlandais (qui auraient pu être trois ou quatre si cela avait été nécessaire), le cas de la Grèce ou encore le "non" de la Hollande il y a quelques semaines concernant l'accord d'association avec l'Ukraine dont la commission a déclaré "prendre note". Bien que méprisés, aucun des peuples précédemment cités ne s'est soulevé ou n'a manifesté afin que sa voix soit respectée et que l'Union Européenne arrête sa dérive vers une Union Soviétique en déficit de testostérone. Pourquoi cela serait-il différent cette fois-ci ? La question posée était certes plus claire, mais la réponse demeure non-contraignante juridiquement. Après avoir sans vergogne fait avancer leur "projet" par le mensonge ou le déni démocratique, je vois mal tous les partisans de l'Union Européenne (pas forcément européens d'ailleurs, les oints du seigneurs outre-atlantique se sont également invités dans la bataille) abandonner si facilement leur plan de carrière parce que quelques "bouseux" des Midlands ou du Yorkshire le leur demandent. La deuxième raison est l'attitude du premier ministre David Cameron. Durant la campagne, il n'a cessé de répéter que l'article 50 permettant le retrait du Royaume-Uni serait invoqué juste après le vote "car le peuple britannique attendrait avec raison que cela se fasse immédiatement". Or il a annoncé en parallèle de sa démission que ça ne se passerait pas tel qu'il l'avait promis. Pour le moment, la situation politique britannique et les déclarations des principaux concernés semblent suggérer un délai de plusieurs mois. Ce retournement de veste de la part de David Cameron met une pression immense sur le futur premier ministre britannique dont le passage au 10 Downing Street sera sans aucun doute de très courte durée. Si ce dernier décide d'invoquer l'article 50, il y a de fortes chances pour que le divorce soit houleux car l'humeur atrabilaire des dirigeants européens démontre (pour ceux qui en doutaient encore) qu'ils ne souhaitent ni coopérer ou négocier avec le Royaume-Uni, mais le punir et le soumettre. S'il s'y refuse, il perdra tout soutien et crédibilité de la part des conservateurs. Cette décision est également vicieuse sur un autre point: elle donne un délai aux "Remainers" pour organiser la contre-offensive. La dernière raison est qu'en effet nous assistons à une véritable campagne de la part des opposants aux Brexit pour instiller le doute dans l'esprit des britanniques et de leurs dirigeants. Le but avoué étant que ce référendum demeure sans répercussions, tout au plus un épisode cocasse que l'on racontera la mine joyeusement effrayée autour d'un bon Earl Grey. Notez qu'en moins d'une semaine, nous avons vu émerger:

1) Une pétition hautement médiatisée pour l'organisation d'un deuxième référendum comptabilisant près de 3 millions de signatures (pas toutes authentiques il faut l'avouer).

2) Des centaines d'articles et reportages tentant de déligitimer le résultat car principalement le fait de gens modestes, non éduqués, âgés ou racistes (et pourquoi pas le tout à la fois). Si les idiots sont partout, ils ne sont certainement pas sous-représentés chez les lapins de coursives scandant à tue-tête "il faut plus d'Europe". Tout est fait pour diviser le pays avec des arguments fallacieux (par exemple, le clivage jeune/vieux alors que 64% des 18-24 ne sont pas allés voter).

3) Des experts s'efforçant de trouver un moyen "démocratique" de bloquer le Brexit. Notamment en passant par le parlement.

4) Des menaces de sécession de la part de l'Écosse ou de l'Irlande du Nord. Divide ut regnes.

5) Et pour clouer le tout, des promesses d'hausses d'impôts et de baisse de dépenses sans véritable justification macroéconomique à l'heure actuelle.

Les responsables politiques britanniques font donc aujourd'hui face à une société plus que jamais fracturée, que les médias angoissent d'une main et rassure de l'autre avec la perspective d'un "contre-vote". J'imagine que d'ici quelques jours nous aurons un sondage déclarant que si le vote était à refaire le Brexit échouerait. Dans de telles conditions, tout élu marche sur des oeufs et pourrait bien hésiter avant d'engager son pays dans la voie d'un divorce conflictuel et préférer une renégociation ou l'avis du parlement pour se couvrir. À l'heure où j'écris ces lignes, Boris Johnson vient d'annoncer qu'il ne sera pas candidat pour le poste ingrat de premier ministre post-Brexit. Mauvais signe s'il en est. Depuis avant-hier les marchés ont récupéré les pertes engendrées par le vote. Mais quelque chose me dit que c'est en partie parce qu'ils anticipent que la séparation n'aura pas lieu. J'espère me tromper. Mais si ce n'est pas le cas, le seul arbitre légitime qui pourrait imposer le Brexit serait Sa Majesté la Reine. D'après les rumeurs, elle est plutôt d'accord avec la majorité du peuple. La démocratie enterrée par les partisans de l'UE et sauvée par la Couronne, avouez que ce serait croustillant.
11:05:43 2016.03.04
Des primaires pour présidents normaux
4:42:32 2015.05.13
Campagne contre la loi sur le renseignement #STOPSénat ici. Alors bien sur, nous pourrions vous prescrire de féliciter chaudement votre député (ce qui est toujours possible) pour sa remarquable prise de position liberticide. Toutefois, afin de rester constructif, l’Institut des Libertés préfère lancer une campagne #STOPSénat pour vous proposer d’écrire à votre sénateur qui, bientôt, va aussi se prononcer sur cette loi après le rapport de la Commission Sénatoriale. Nous avons mis en place un outil très simple qui vous permet d'écrire en un clic au sénateur de votre circonscription. Ce dernier est déterminé grâce à votre code postal et vous pouvez ensuite modifier notre lettre type (si vous le souhaitez), qui sera personnalisée et envoyée aux sénateurs avant le vote. Pour faire face aux frais d'impression, de mise sous pli et d'affranchissement, nous demandons seulement une modeste contribution de 1,50 euros. bouton site idl loi Nous ne sommes pas les Etats-unis ou le lobbying peut prendre une ampleur colossale mais nous restons persuadés à L’IdL, que tout ce qu’il faut pour qu’un régime de terreur s’instaure , c’est un manque d’engagement des hommes et de femmes de la société civile, pour paraphraser Edmund Burke. Parce qu’on “a pas le temps”, parce “qu’on ne comprend pas”, parce que “cela à l’air trop compliqué pour moi”. Cela ne l’est pas. Alors cliquez et partagez !

www.institutdeslibertes.org/loirenseignement

Pour partager la campagne sur les réseaux sociaux et par email :

 
 
5:06:05 2015.05.06
Réagissons tant qu’il est encore temps: projet de loi relatif aux renseignements www.institutdeslibertes.org/loirenseignement   Lettre à votre sénateur - Lobbying IDL     Amis lecteurs, Il ne vous aura pas échappé que hier soir, les députés ont voté massivement pour l'adoption du texte N°2669 intitulé "projet de loi sur le renseignement".La liste des votants pour ceux qui voudrait en avoir le coeur net, est ici. Alors bien sur, nous pourrions vous prescrire de féliciter chaudement votre député (ce qui est toujours possible) pour sa remarquable prise de position liberticide. Si certain en ont le coeur, voici leurs adresses. Toutefois, afin de rester constructif, l'Institut des Libertés préfère vous proposer d'écrire à votre sénateur qui, bientôt, va aussi se prononcer sur cette loi après le rapport de la Commission Sénatoriale. Nous ne sommes pas les Etats-unis ou le lobbying peut prendre une ampleur colossale mais nous restons persuadés à L'IdL, que tout ce qu'il faut pour qu'un régime de terreur s'instaure , c'est un manque d'engagement des hommes  et de femmes de  la société civile, pour paraphraser Edmund Burke. Parce qu'on "a pas le temps", parce "qu'on ne comprend pas", parce que "cela à l'air trop compliqué pour moi". Cela ne l'est pas. Tout ce que vous avez à faire est:
  • Lire  ce qui suit et en comprendre les enjeux
  • En choisir les paragraphes ( Il y a 4 idées majeures, vous pouvez toutes les inclure ou n'en mettre que certaines)
  • La Couper/Coller.
  • Remplir avec les coordonnées de votre sénateur
  • Lui envoyer à l'adresse que vous trouverez suivant votre département.
 
  Vos coordonnées : Nom Prénom Rue Code postal Ville Téléphone Adresse E-mail  

Monsieur Jean-Pierre Pinard

Sénateur du Dur

1 place de la mairie

00000 Groland

Le 6 Mai 2015 à XXXXX Objet : Projet de loi sur le renseignement N°2669   Monsieur le Sénateur, Le projet de loi sur le renseignement qui vient d’être adopté à l’Assemblé nationale le 5 mai dernier menace gravement les libertés publiques et c’est en tant que garant des institutions de la Vème République, que cette lettre vous est adressée. Les députés ont failli, monsieur le Sénateur ; il vous incombe donc la douloureuse tâche de faire front. En effet, ce projet de loi sur le renseignement ne couvre pas seulement la lutte contre le terrorisme contrairement à ce que le gouvernement expose. Les services pourront recourir aux techniques pour le recueil de pas moins de sept missions de « défense des intérêts publics », dont les domaines d’application concrets laissent largement part au subjectif et donc à l’arbitraire. Parmi eux, la « prévention du terrorisme » mais aussi « la défense des intérêts économiques, industriels ou scientifiques majeurs en France » «  la prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions de violence collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale », « la lutte contre la reconstitutions ou des actions tendant au maintien de groupement dissouts ou la défense des intérêts majeurs de la politique étrangère » et « la prévention de toute forme d’ingérence étrangère ». Autant dire des pleins pouvoirs sous couvert de défense d’intérêts économiques assez facilement qualifiables et laissés à l’arbitraire d’ enquêteurs auto saisis. Par ailleurs, ce projet de loi opère un véritable renversement de la présomption d’innocence et n’est pas compatible avec notre système judiciaire.Il faut, monsieur le sénateur, s’inscrire dans le cadre de la continuité de notre système légal hérité de notre grande tradition humaniste du siècle des lumières et ne pas céder à la tentation sécuritaire obsessionnelle. Nous devons rester innocents jusqu’à preuve du contraire et devons être traités comme tel. De plus, la commission de contrôle mise en place par le projet de loi n’a qu’une voie consultative et sa composition est par ailleurs plus que contestable. A tout moment, le premier ministre qui aura tous pouvoirs entre ses mains pourra passer outre. En cas de désaccord, la commission qui ne disposera pas d’un droit de véto pourra simplement saisir le conseil d’état. Qui pourra arrêter cette machine si elle venait à s’emballer ? La constitution française dans son article 66 dispose que l’autorité judiciaire est gardienne des libertés individuelles. Or, aucun contrôle par le judiciaire n’est prévu dans ce texte de loi. La France ne peut se prétendre une démocratie et ainsi bafouer un des principes les plus élémentaire de séparation des pouvoirs. La force de la Loi ne peut pas être dans les mains de l’exécutif. La force de la loi, Monsieur le sénateur est votre et vous a été confiée par le peuple, que je représente. Pour toutes ces raisons, Monsieur le Sénateur, c’est en tant que citoyen soucieux du bon fonctionnement des institutions de mon pays et des libertés individuelles qui le sous-tendent depuis des générations que je vous demande d’intervenir en vous opposant à ce projet de loi sur le renseignement. Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Sénateur, l’expression de ma respectueuse considération. (Votre nom)
Nous allons tenter, de notre coté, de monter une application un peu plus sophistiquée afin de developer ce qui est désormais, une action de résistance. A défaut, il ne restera que le  conseil constitutionnel mais peut on faire confiance à un outil politique pour défendre un bastion de nos libertés? "L'adversaire d'une vraie liberté est un désir excessif de sécurité. » Jean de La Fontaine

N'hésitez pas à partager,  citer,  reprendre.

7:30:36 2015.04.24
Peut-on être libéral et conservateur? La réponse de Charles Beigbeder à Gaspard Koenig Article repris du Figaro Dans une interview donnée au FigaroVox à l'occasion de la parution de son dernier ouvrage, Gaspard Koenig défend un libéralisme libertaire et pourfend la pensée libérale-conservatrice qu'il juge «intellectuellement incohérente». Dans la continuité du dialogue courtois déjà engagé entre nous, je souhaite montrer qu'il y a deux écoles de pensée philosophique irréconciliables au sein de la famille libérale: le libertarisme (ou libéralisme libertaire) qui puise ses racines dans le contractualisme de Hobbes, Locke et Rousseau, et le conservatisme libéral héritier de Burke, Chateaubriand, Tocqueville, Montalembert, ou encore Chantal Delsol. Gaspard Koenig se place dans le sillage du contractualisme individualiste là où, pour ma part, je préfère me référer à la notion d'enracinement et de personne, dans la droite ligne du conservatisme libéral. Qu'enseignent les théories contractualistes qui ont inspiré la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, aujourd'hui inscrite dans notre bloc de constitutionnalité? Une philosophie de l'individualisme intégral: l'homme est une totalité à lui seul, il n'a pas besoin de cette mystérieuse alchimie des relations sociales pour devenir pleinement humain car il possède déjà en lui une forme de plénitude qui le constitue en individu libre et autonome. Ce n'est donc pas en vue de s'accomplir comme homme qu'il tisse des liens sociaux, c'est uniquement parce qu'il y est confronté sous l'empire d'une nécessité à laquelle il ne peut échapper. La présence de l'autre l'oblige à rompre une solitude de «monade» (pour reprendre l'expression de Leibniz que cite Gaspard Koenig), pour entrer en relation sociale par le biais d'un contrat: la sociabilité de l'homme n'est donc plus consubstantielle à sa nature; elle est une construction artificielle. Dès lors, l'objectif des contractualistes est de concilier deux réalités qui semblent contradictoires dans leur essence: l'individu et les relations sociales. «L'homme est né libre et partout il est dans les fers» affirme solennellement Rousseau au début du Contrat social. Les relations sociales sont perçues comme un pis-aller nécessaire qui ampute la liberté humaine afin de permettre l'expression de celle de son semblable: «La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui» résume l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ou pour citer Gaspard Koenig: «La loi doit punir ce qui nuit à autrui» (et uniquement cela). Autrement dit, autrui est considéré comme un obstacle à ma liberté que je suis contraint d'accepter afin qu'il puisse l'exercer à son tour. Cette limite, c'est celle de la loi. Comme le souligne le proverbe, «la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres». Sans nier la part de vérité pratique que recèle une telle formulation dans un contexte donné, je maintiens qu'il est erroné de limiter la sociabilité de l'homme à un donné accidentel et qu'il est dangereux de dresser une antinomie de principe entre l'être humain et le cadre social dans lequel il évolue. Parce qu'on sera toujours tenté de croire que la liberté consiste à s'émanciper de tous les cadres qui, de la famille à la nation, en passant par la commune ou la profession, enfermeraient l'homme «dans des fers». Parce qu'un tel raisonnement produit des êtres déracinés de tout, à force de refuser de ne dépendre de rien! Parce que l'on confond risque accidentel et aliénation essentielle: une vie de famille peut altérer la personnalité d'un enfant si elle est pesante et renfermée sur elle-même; il n'en reste pas moins qu'elle constitue dans son principe un facteur indispensable d'épanouissement. Idem pour le travail qui peut détruire une personne si ses conditions d'exercice sont insatisfaisantes mais qui n'en reste pas moins dans son principe un bienfait. Idem enfin de la nation qui ouvre l'homme à l'universel et lui apporte en héritage une culture, une mémoire et une langue, même si son dévoiement peut déboucher sur le pire enfer qui soit. En fait, l'erreur de base des contractualistes consiste à évoquer l'individu là où, pour ma part, je préfère employer le concept de personne. Simple différence de langage? Non, car les mots ont un sens. L'individu est une personne considérée hors de ses relations sociales, un être atomisé et désincarné, sans famille ni racines, bref une abstraction qui n'existe dans la réalité sociale que sous la forme la plus extrême de l'exclusion. À l'inverse, la personne devient pleinement elle-même par les relations qu'elles tissent et qui lui permettent d'être éduquée, socialisée et de devenir un héritier. L'individualisme libéral de Gaspard Koenig est donc une posture utopique qui pourrait conduire, à terme, à la destruction de tout lien culturel et de tout enracinement national. Car en quoi consiste ce «jacobinisme libéral» qu'il appelle de ses vœux? À demander à l'État d'émanciper l'individu de tous les corps intermédiaires qui l'empêchent de pleinement se déployer, -au rang desquels se situent les corporations ou les provinces -, pour atomiser l'homme en face de l'État. Adieu les particularismes locaux, adieu la subsidiarité, adieu l'enchevêtrement des règles prises au plus proches des personnes concernées, adieu les contre-pouvoirs, place au pouvoir central froid et impersonnel, au Léviathan de Hobbes, au «plus froid des monstres froids» de Nietzsche, à l'uniformisation de la société, à la massification du corps social, à la solitude sans âme de l'individu en face de l'administration, au déracinement des personnes, bref à la mort des nations. Paradoxalement, c'est au nom d'une philosophie individualiste que l'on demande à l'État d'émanciper l'individu pour finalement lui ôter tout ce qui lui permettait de résister à l'omnipotence de ce même État. C'est le mythe de la volonté générale théorisé par Rousseau, dont l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen porte toujours l'empreinte, quand elle affirme que «la loi est l'expression de la volonté générale». Car il faut bien comprendre ce que cela peut comporter de totalitaire: dans l'esprit de Rousseau comme des rédacteurs de la Déclaration, la loi n'est que «l'expression de la volonté générale», aucune volonté intermédiaire ne peut interagir entre l'individu atomisé et ses représentants omnipotents, aucune minorité ne peut être écoutée, aucune transcendance n'est tolérée. Qu'arrive-t-il alors lorsque la volonté générale se trompe? Le plus grave n'est pas là. En bon philosophe, Gaspard Koenig veut distinguer morale et politique et précise que «la morale doit se forger dans l'espace civil» là où la loi ne doit punir que «ce qui nuit à autrui». Autrement dit, le pouvoir politique ne doit légiférer que pour permettre à chacun de conserver son espace de liberté sans nuire à autrui, laissant libre chaque individu d'adhérer à titre privé à sa propre morale. Il rejette donc l'idée de «valeurs communes» qui constitueraient le soubassement pré-politique d'une société dans un État de droit. Qu'un citoyen soit vêtu d'un barbe longue ou d'une burqa, peu importe, tant qu'il ne nuit pas à autrui! C'est là que le bât blesse: ne faut-il pas se mettre préalablement d'accord sur une morale commune pour considérer que tel ou tel agissement est susceptible de nuire à autrui?
"Il est impossible sans une morale commune, de s'entendre sur ce qui peut ou non nuire à autrui, et donc relever du champ politique."
Gaspard Koenig cite l'exemple de l'avortement ou du mariage homosexuel et déplore l'attitude de ceux qui défendent des positions conservatrices en cherchant «à les imposer aux autres par la loi». Il y a confusion. À partir du moment où certaines personnes considèrent -à tort ou à raison, là n'est pas le débat-, que la légalisation de l'avortement ou du mariage homosexuel peuvent «nuire» à des tiers, en l'occurrence l'enfant, on sort du registre de la morale pour entrer dans celui de la politique qui arbitre les décisions afin d'empêcher la légalisation de pratiques pouvant «nuire à autrui». Autrement dit, il est impossible sans une morale commune, de s'entendre sur ce qui peut ou non nuire à autrui, et donc relever du champ politique. Enfin, Gaspard Koenig propose une grille de lecture intéressante de la vie politique et juge périmé le clivage droite-gauche pour le remplacer par l'opposition libéral /étatiste. Distinction pertinente mais largement incomplète car elle omet de mentionner les clivages philosophiques: en effet, à la lumière des enseignements ci-dessus, il semble que la principale ligne de partage des convictions politiques s'opère désormais entre les «enracinés» d'une part, -qui croient en la valeur de la personne, aux liens qu'elle tisse, à l'héritage qu'elle reçoit, à la morale commune (ou anthropologie) qu'elle promeut- , et les «déconstructeurs» d'autre part, qui refusent toute limite à l'action humaine autre que ce qu'ils perçoivent comme pouvant nuire à autrui, et veulent émanciper l'individu de tout ce qui fait de lui une personne humaine. C'est cette voie-là que promeut malheureusement le talentueux Gaspard Koenig.
11:16:12 2015.04.02
« Personne ne s’attend jamais à l’ inquisition espagnole » ou quand Bernard Cazeneuve reprend la fourche d’hérétique La loi sur le renseignement débattue  en ce moment à l'Assemblée Nationale et votée par la commission de l'Assemblée Nationale le 1 er avril après être passée en audition devant pas moins de trois ministres (Intérieur, Justice et Défense) constitue sans nul doute une atteinte aux libertés fondamentales d’une démocratie.  Le New York Times outre Atlantique a même trouvé à s’exprimer sur ce sujet et pourtant,  ce dernier est assez peu connu pour son versant libertaire. Je ne reviendrai pas içi sur les termes de cette loi ni sur la fait qu'il suffirait d’exploiter les lois déjà en vigueur; je laisse cela à d’autres papiers toutefois pour mémoire, ce projet de loi compte renforcer la surveillance des internautes au nom  du terrorisme en demandant la détection automatiques des comportements spécifiques mais surtout en permettant un élargissement d’accès aux données de tout individu sur simple présomption étatique. Bernard Cazeneuve entend également, contrôler ainsi « les groupuscules d’extrême droite » (cf Rapport du 31 mars filmé sur la chaine LCP). Je voudrais tenter simplement de définir dans ce papier ce que devrait être un processus de  gouvernement à ce stade de notre histoire. Tout d'abord, les lois ne doivent jamais être votées sur le coup des émotions. Par suite, serait-il possible de concevoir que la volonté d’empêcher le « mal » ne soit pas démocratiquement acceptable en ce que cette notion est, elle-même, purement subjective ? Enfin, depuis quand la morale est-elle devenue une forme de gouvernance acceptable ? Saint -Just s'y est essayé et bien sur la très sainte inquisition. Car oui, la présente loi, subtilement emballée dans les prémices de « loi sur le terrorisme »  présente, il me semble,  tous les grands éléments fétides d’une superbe loi de la grande inquisition:
  • Un premier ministre éructant semaines après semaines à la grande volière nationale ;
  • Des ministres intègres et conseillers vertueux qui, dans les pas de ce dernier se sentent pousser des ailes pour je cite « cibler les mouvements identitaires de Droite »;
  • Des élections honteusement ratées et un sentiment atone de vouloir en découdre.
Alors, bien sûr, je pourrais en tant que libérale pointer du doigt l’atteinte à la liberté de la presse et aux libertés fondamentales. Et je pourrais avoir raison si mon libéralisme était  superficiel pour reprendre le distinguo de Philippe Nemo (comprendre  "La liberté" comme seul axiome de réflexion) mais mon libéralisme me porte toujours à réfléchir à la notion de morale.Tous les efforts de la raison et de l’intelligence ont démontré  que si l’on veut secourir l’homme qui souffre, on doit provoquer le progrès et que si l’on veut le progrès, il faut alors promouvoir la liberté sous toutes ses formes. C’est en cela qu’une atteinte aux libertés fondamentales me pose un vrai problème. C’est pour cette raison, intellectuellement contraignante pour Natacha Polony, que nous prônons le libéralisme et c’est aussi pour cela que le libéralisme est une branche de la philosophie du Droit, contrairement aux bêtises entendues trop souvent.  Le libéralisme est infiniment plus qu'une liberté de tout faire par principe ou qu'un réduction à un simple capitalisme débridé comme cela est écrit aussi bien souvent par ceux qui s'embourbent dans les passants utilitaristes. Passons. L’analyse des mécanismes totalitaires du  passé nous a permis par ailleurs de comparer les idéologies entre elles et l’inquisition apparaît à ce titre comme l’ancêtre des totalitarismes modernes. Il s’agit toujours de sacrifier les hommes à un dogme, à une vérité triomphale. Et si l’on veut trouver un coupable commun, il faut s’en prendre à la certitude elle-même . La certitude tue, voilà ce que nous appris l'Histoire et les grandes certitudes tuent grandement. Nous n’avons malheureusement qu’une trop grande expérience des excès de certitudes. Dès qu’un groupe politique croit la posséder, il utilisera alors la contrainte  à la mesure de ses moyens. Dernière certitude en date du gouvernement Hollande, «  Le front National serait responsable de tous nos maux ». Je m’arrête içi deux secondes car la mièvrerie ambiante aidant, je sais aussi ce que cette simple évocation va déclencher comme commentaires. J’aimerais donc qu’il soit noté que la question n’est pas « est-ce vrai ou faux » ou même « est-ce que le front national est un petit peu méchant ou  très très  méchant » qui en général constituent les deux points intellectuellement culminants de toutes discussions sur ce sujet mais plutôt donc de se concentrer sur le mécanisme de morale totalitaire employée par le pouvoir en place en brandissant cet oripeau du F.N. L’homo politicus de gauche semble n’avoir  désormais dans le désordre de sa pensée comme seule boussole semble t- il le consensus de la répugnance et comme gouvernail « le mal » . Or cette notion de mal traduit en elle-même la reconnaissance d’un absolu moral sous une forme affolée et vide de sens moral justement. Car enfin, au nom de quelle certitude humaine appelle-t-on à voter des lois sur un simple principe de répugnance ? Monsieur Bernard Cazeneuve nous demande de laisser voter une loi de renseignement afin de contrôler dit- il « les groupuscules d’extrêmes droites »  et donc en sous-jacent bien évidemment dans leurs esprits, les éléments du Front National qui  la dernière fois que j'ai regardé, est un parti républicain au sens de la constitution de la V eme. On peut le regretter mais alors il convient de remettre en question les institutions et se battre pour faire en sorte de les changer afin que ce parti soit légalement anticonstitutionnel. Cela n'est pas le cas aujourd'hui.Donc quelqu’un peut-il m'expliquer quelle est  donc la différence entre l'approche de Monsieur Cazeneuve et celle de la  la grande inquisition ? J'ai comme un gros doute. ON NE CONDAMNE PAS AU NOM DE LA MORALE. Et quelle sera  l'utilisation d’après de cette loi de renseignement un fois passée en force d’exécution?  Son application aux adversaires politiques du  renouveau de la pensée unique socialiste? Devront-ils aussi être mis sur écoutes et contrôlés ? Et pourquoi pas toute forme d'opposition en général? Comme un air de "déjà vu", n'est ce pas?Evidemment,tous lecteurs avisé se sent mal à l'aise de devoir défendre la liberté du FN aujourd'hui pour défendre sa propre liberté à exprimer une opinion politique divergente dans le futur mais concéder aujourd'hui au nom de la morale à combattre le "mal" c'est inéluctablement perdre nos libertés civiles envers un Etat totalitaire en devenir. Comme il se dit souvent trivialement: "On en peut pas être un petit peu enceinte". Par ailleurs,je pense que tout lecteur conviendra que notre société moderne ne devrait pas être intéressée par une morale envahissante à l’expression exsangue qui prendrait le pas sur la recherche de la vérité vers laquelle tout homme bon et libre doit aspirer. Nous avons le devoir, en tant qu'hommes modernes, de laisser les considérations morales collectives en dehors de nos choix politiques. La morale est une notion strictement individuelle et "le Babylone de tous les péchés" qu'est l’État, surtout ces derniers temps, n'a RIEN à y faire. Enfin, le message moral employé par le pouvoir politique de gauche n’est pas explicatif comme l’était par, exemple au XVI eme siècle celui de Las Casas qui défendait la dignité des indiens ou de Thomas Moore qui s’indignait contre la misère:
  • Il est tonitruant et répétitif.
  • Il est clamé avec véhémence et n’exclut jamais la menace face à ses adversaires.
  • Il compense ainsi son manque de justificatifs par sa toute puissance et sa toute présence. On ne récuse pas avec la raison mais on « hait » et on « s’indigne ».
A titre personnel, j’ai deux enfants et passé un certain âge, il me semble que le simple message de «  Ne te penches pas par la fenêtre » mérite d’être développé, avec, par exemple «  Si tu te penches trop, tu risques de tomber de trois étages » ou alternativement pour d'autres  « J’ai connu une petite fille qui s’est trop penchée, qui est tombée et qui est morte ». C’est au choix, je ne juge personne, tolérante que je suis des choix éducatifs des uns et des autres. Toutefois, je sais quand même que sceller toutes les fenêtres n’est pas une solution. Pas plus qu’invoquer la présence des dragons derrières les volets, passé les 7 ans de ces mêmes enfants. Nous ne pouvons pas prétendre dans une démocratie que chaque citoyen serait suffisamment éclairé pour voter mais trop bête pour détenir sa propre notion du bien et du mal et de se fonder un avis en conséquence. Or c’est exactement ce que ce gouvernement propose. Il entend sceller toutes les fenêtres, contrôler l’accès  des flux afin d’empêcher les grands dragons F.N  cachés derrière les volets du 3  me étage de voler les petites filles qui se pencheraient trop sur les balcons. Je sais, moi aussi je souris et pourtant combien d’entre vous sont allés manifester contre les dragons de « je suis Charlie ?   Mes questions aux lecteurs seront donc celles ci  : Serait-il possible  de réfléchir à la façon de sortir par le haut de cette mièvrerie ambiante que les politiques nous imposent et surtout, surtout d’arrêter d’y prendre part, consciemment ?Parallèlement, serait-il en  possible de dénuder les racines de l’émotion et de l’indignation et de tenter, enfin, de fonder une véritable réflexion sur les institutions politiques et leurs rôles véritables dans la cité France ?  Nos dirigeants politiques, de Droite comme de Gauche, ont depuis un moment perdu toute notion de leurs rôles au service des institutions régaliennes qui sont les leurs et semblent vouloir se transformer en grands prêtes de la cité. Ne les encourageons pas et surtout ne leur en donnant pas les moyens. Je sais bien que « personne ne s’attend jamais à l’inquisition espagnole »( Nobody expects the spanish inquisition Monthy Python) mais, j’en ai quand même un peu assez de la croiser tous les jours dans le débat public…..           Emmanuelle Gave      
7:59:05 2014.10.08
Vue de New York : Billet d’humeur sur la Campagne et les candidats à la Présidence de l’UMP