Thierry Guinhut

7:17:22 2018.04.11
Les nouveaux défis posés aux gérants
7:32:00 2013.10.11
Petit précis de civilisations comparées [1], une urbanité, un vivre ensemble policé, une courtoisie, un accomplissement scientifique, politique, social et artistique raffiné, un respect kantien de la liberté d’autrui : « on prend ainsi la liberté de pensée au sens où elle s’oppose à la contrainte sur les consciences, où, en dehors de toute pression extérieure, des membres de la cité s’érigent dans les choses de la religion en tuteurs des autres, et, remplaçant les arguments par des formules de pitié imposés (…) excellent à bannir, au moyen de l’empreinte précoce exercée sur les âmes, tout examen par la raison. »[2]. Ainsi la religion dans la cité doit rester une liberté personnelle et intérieure, au détriment de tout expansionnisme politique. En effet, depuis Des Délits et des peines[3] de l’italien Beccaria en 1765, le droit pénal est totalement indépendant du pouvoir religieux chrétien, l’état ne lui est plus en rien soumis, ce qui n’est évidemment pas le cas de la charia, inféodée à l’Islam.        Les Grecs se pensaient comme supérieurs, les autres étant des barbares. Certes, il y avait une part de fatuité, mais on leur doit l’invention d’une démocratie à parfaire et la richesse de leur philosophie, de leurs poètes et historiens qui atteignent à l’universalisme. Sans compter que malgré leurs guerres avec leurs voisins, ils n’ont pas commis de génocide. Le relativisme ne permet pas de leur attribuer le même degré de civilisation qu’aux Jivaros réducteurs de têtes. Ce qui n’empêche en rien l’égalité initiale de la dignité humaine et la possibilité que tout individu de toute culture soit animé de qualités. D’autant qu’il est loisible d’immigrer vers une civilisation plus accueillante et plus libérale, d’en accepter les règles du jeu, quelque soit son origine, sans forcément renier toutes les composantes de sa culture de départ. Ce dont témoigne la paisible intégration de nombre d’immigrés, y compris musulmans et déjà bien civilisés qui viennent ici justement chercher un degré supplémentaire de civilisation. L’ostracisme n’a pas à être jeté sur un individu au prorata de son aire culturelle originelle. Si l’on ne doit pas accepter qu’il importe en Occident l’excision (qui serait souterrainement pratiquée jusqu’en Espagne) ou une quelconque charia, on doit lui laisser, sans préjugé ni exclusion, la possibilité d’exprimer ses capacités dans une liberté raisonnable.        Qu’est-ce qui fait civilisation, sinon l’inscription du citoyen dans le concert d’une nation, d’une aire linguistique, et plus largement d’un consensus politique et culturel ? Lequel se fait autour de la figure centralisée d’un monarque, d’un tyran, d’une oligarchie, ou mieux encore (évidemment en terme qualitatif) autour du concept de démocratie libérale. Ce sont les principes issus de l’humanisme, des Lumières et des constitutions républicaines, notamment celle des Etats-Unis en 1787, qui font de la civilisation occidentale quelque chose de supérieur. Non pas au point bien sûr de qualifier toute autre civilisation d’inférieure au sens des races inférieures, concept aussi stupide que dépourvu de sens. D’autant qu’historiquement des civilisations peuvent avoir été ou être dominantes sans être éthiquement supérieures. Au-delà de la réductio ad hitlerum, habituelle chez les orfraies d’un politiquement correct qui vise à interdire la pensée dans ce qu’elle a de plus noble, pouvons-nous établir en quoi une ou des civilisations sont équipées au mieux pour être au service du développement de l’humanité ? Emettre des jugements de valeur n’a rien d’intolérable, au contraire, en permettant de réfléchir et de poser les valeurs de travail et de mérite, de liberté et de tolérance qui nous guident et nous légitiment, de façon à choisir dans quel monde nous sommes en droit de vivre et d’agir.        Les collectivismes, nazi et fasciste, communiste et socialiste, religieux et théocratique, sont à n’en pas douter un degré bien inférieur de civilisation, jusqu’à la barbarie, comparés à ce degré supérieur où les individus peuvent développer leurs libertés et leurs responsabilités, à l’abri si possible des délits et des crimes d’autrui et de l’état. Certes, qualifier une civilisation ou une société de désastreuse ne signifie pas qu’il faille l’éliminer au moyen d’on ne sait quelle croisade Occidentale ou japonaise. Il n’est en rien question de devoir commettre un génocide en Corée du nord ou à Cuba. Au contraire, il ne reste qu’à souhaiter la libération de ces populations opprimées grâce à une seconde chute du mur de Berlin. Pourtant cette pulsion génocidaire est bien à l’œuvre lorsque certains islamistes radicaux, ataviquement antisémites, réclament la liquidation d’Israël, voire de l’Occident entier…        Reste qu’à l’intérieur d’une même civilisation, des sociétés peuvent être plus performantes tant du point de vue humain que du point de vue économique. Est-ce le cas de l’Allemagne ou de la Suède vis-à-vis de la France ?         Faut-il croire que ceux -intellectuels, se prétendent-ils- qui clament que toutes les civilisations se valent, pour paraître ne vexer personne, par pusillanimité, soient épris des barbaries contraires aux droits de l’homme, cette malheureuse fiction occidentale ? Ce n’est pas rendre service à l’humanité en son entier que de refuser l’art de la discrimination[4] intellectuelle et d’abuser du relativisme par démagogie et prétention : ainsi ils paraitraient aimer tout le monde également, en un angélisme béat, mais ils haïraient, mépriseraient l’humanité et le nom même de progrès humain, économique, culturel et moral  qui inspirent le meilleur des civilisations. Laquelle respecte plus les droits de l’homme ? Certaines aires géographiques cumulent les retards démocratiques, scientifiques, économiques et moraux. Leurs tyrannies se doublent de tyrannies contre toute leur population féminine, contre leurs clitoris, contre l’enrichissement (hors clanique et de copinage) de leurs pseudo-citoyens. Le choix est alors aisé à faire…        En dépit des inconséquences d’une civilisation qui d’Europe s’est étendue des Amériques en Australie et qui par ailleurs a étendu son influence libératrice de l’espérance de vie et du mieux vivre, elle reste globalement préférable. Y compris si l’on est en droit d’adorer la calligraphie chinoise ou arabe, la miniature persane et la poésie d’al-Andalus[5]. Reste qu’il n’y a pas de Proust zoulou, mais un Lezama Lima[6] cubain, pas de Mary Shelley papoue, mais une Murasaki Shikibu japonaise[7], pas de Bach kenyane ou saoudienne, du moins pas encore. Nous ne pouvons qu’encourager tout individu à la création universelle…        Certes, nous pouvons difficilement nous poser en donneurs de leçons. Une civilisation qui a pratiqué la Saint-Barthélémy, la guerre de Sécession, inventé le nazisme, mais aussi ces produits d’exportation, le marxisme et le communisme, deux totalitarismes de belle venue, sans compter la bombe atomique, l’agent orange au Vietnam ou les dettes exponentielles européennes, contribué à la pollution atmosphérique et fluviale, ne peut guère s’ériger en parfait modèle. Mais au cœur d’une civilisation dont les principes peuvent être parmi les plus honorables, ne faut-il pas compter l’invention d’Auschwitz et de la Kolyma comme des preuves de décivilisation ? On ne doute pas que des cultures concurrentes dans cette hiérarchisation délicate aient également été probantes dans le domaine de l’abjection : sacrifices humains aztèques ou excisions arabo-musulmanes, polygamie et absence de droits individuels attentatoires à la féminité, lapidation de femmes adultères sous leur burqa honteuse déshonorent le nom d’humanité. De plus, hélas, un élément constitutif de la civilisation, c’est-à-dire le progrès technique et scientifique, a pu être mis au service de la barbarie. A Hiroshima et Nagasaki, quoiqu’on puisse arguer que cela ait permis d’arrêter une guerre qui promettait d’être encore bien longue et meurtrière (mais pourquoi deux bombes, qui plus est sur des populations civiles ?), à Auschwitz encore où la technicité administrative, ferroviaire et industrielle fut l’esclave d’une volonté d’extermination d’un peuple pourtant brillant. Lequel peuple a su faire d’Israël une démocratie avancée qui, avec sa dizaine de millions d’habitants, sait déposer des milliers de brevets par an quand l’Arabie saoudite, bien plus nombreuse, n’en dépose qu’une quarantaine…        Que le respect des civilisations dans ce qu’elles ont de respectable soit la règle, bien. Mais pourquoi, sinon par crainte devant le plus menaçant, vouloir respecter l’Islam et crier haro sur le Christianisme et le Judaïsme qui ne sont pas des religions polluées par le concept de jihad ? Qui n’ont guère, ou il y a bien longtemps, été les commanditaires d’assassinats et de terrorisme, comme ceux qui se pratiquent aujourd’hui contre les Chrétiens, du Nigéria à l’Irak… D’autant que l’Islam, déchiré dans la fracture entre sunnites et chiites, continue à jouer les fauteurs de conflits dignes de notre guerre de Trente ans entre catholiques et protestants, heureusement révolue. Pourquoi haïr le capitalisme occidental, quand il n’est pas celui d’une oligarchie privilégiée, du monopole et de la connivence, alors qu’il est essentiel au développement civilisé ? Sinon par envie d’une part et par désir d’asservissement d’autrui d’autre part ? Non aux collectivismes, qu’ils soient social-étatiste, fasciste, communiste ou religieux. Oui à une civilisation du capitalisme libéral pour tous, du progrès scientifique en cohérence avec la nature et l’humain, du libre-arbitre, des richesses individuelles, matérielles et culturelles, de la tolérance et de la justice issues des Lumières européennes. Voilà qui devrait pouvoir lui permettre d’être à la hauteur de ses idéaux…       Le grand poète arabe et syrien Adonis, au nom si grec, dénonçant ceux qui « invoquent les Livres Saints / et transforment le ciel / en poupée ou en guillotine [8]» déplore l’absence de liberté d’expression dans ce monde arabo-musulman qui ainsi se dessert lui-même. Où sont les libertés des philosophes Al Fârâbi[9] ou Ibn Arabi[10], du poète Hâfez[11], du satiriste Mouhamad Ibn-Dâniyâl[12], de l’érotologue Cheïkh Nefzaoui dans son traité de l’amour Le Jardin parfumé[13] écrit au XVI° ? Peut-on lire encore avec sérénité Les Mille et une nuits, ou les auteurs contemporains comme Naguib Mahfouz[14], Alaa al-Aswani[15] et Gamal Ghitany[16] ? S’ébahir de l’art de l’Islam[17] sans sentir sa gorge se nouer ? Ne faut-il constater la déréliction de la femme arabe qu’à travers l’enfer du Sexe d’Allah[18] ? Nous sommes alors au regret de ne pas pouvoir considérer cette civilisation, et plus précisément ce qu’elle est devenue, comme toujours digne du nom de civilisation… Car dans le monde arabe, souligne Malek Chebel, « dès le XIII° siècle, l’ensemble des conduites constituant le cœur vivant du raffinement, à savoir la liberté, l’inventivité comportementale et une certaine autodérision faite de paradoxe et d’excès, subit de plein fouet l’étroitesse de vue d’une frange de théologiens réactionnaires et de fondamentalistes »[19]. Le retour contemporain de ces derniers n’est-il qu’un provisoire sursaut morbide devant l’ouverture à l’Occident ? Il faut, avec un penseur comme Malek Chebel appelant un « Islam des Lumières »[20], l’espérer…        Reconnaissons avec plaisir que nous devons continuer à nous ouvrir aux autres cultures autant qu’à remettre en question la nôtre, ce que ne font pas toujours celles concurrentes. Car on ne peut compter tellement c’est merveille et richesse ce que les autres civilisations nous ont apporté, de la tomate au safran, des kimonos aux masques dogons, de l’ikebana aux traités bouddhiques en passant par l’Alhambra de Grenade. Ainsi, au-delà de l’aire gréco-judéo-chrétienne, nous nous multiplions. Plus encore aujourd’hui où toutes ces cultures ont tendance à s’interpénétrer,dissolvant les blocs identitaires, fondant une sorte de civilisation globale et polymorphe, ouverte à la circulation des idées, des biens et des individus, cette ouverture même permettant alors de qualifier la qualité d’une civilisation, au contraire de celles fermées et exclusives…        Il est vrai que le Ministre de l’Intérieur -Monsieur Claude Guéant pour ne pas le nommer- par qui le pseudo scandale arrive, même s’il s’appuie sur de judicieux arguments, en affirmant le 4 février dernier que « toutes les civilisations ne se valent pas », ne brille pas par son ouverture. Contrôler une immigration si elle est fauteuse de troubles et de délits, soit, mais refouler les bonnes intentions venus d’ailleurs et des diplômés étrangers qui ne nous nuiraient pas, au contraire, mais aussi se priver des Français que l’absence d’opportunité de valoriser leur travail contraint à l’émigration sous des cieux fiscaux meilleurs, s’avère aussi maladroit, incohérent que contre-productif.          Il n’y a sous des cieux humains aucune civilisation ni justice parfaites ; reste la volonté de tenter avec prudence d’y accéder : « Car la liberté que nous, nous pouvons espérer n’est pas l’impossibilité de toute nouvelle injustice dans l’Etat : qui pourrait l’escompter ici-bas ? Mais avec la libre audition des griefs, leur examen attentif et leur prompte réforme est atteinte l’extrême limite de la liberté civique à notre portée, celle que recherchent les sages. »[21] Ainsi s’exprimait au XVII° le poète et philosophe Milton. Un des garants des vertus de notre civilisation…   Thierry Guinhut   Remerciements et plus de Thierry Guinhut içi     
[1]Vocabulaire européen des philosophies, sous la direction de Barbara Cassin, Seuil Le Robert, 2004, p 220.
[2]Kant : Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? Œuvres Philosophiques, Pléiade, 1985, tome II, p 543.
[3]GF, 2006.
[4]Au premier sens du Petit Robert : « Action de discerner, de distinguer les choses les unes des autres avec précision, selon des critères définis ».
[5]Le Chant d’al-Andalus, une anthologie de la poésie arabe d’Espagne, Sindbad, 2011.
[6]José Lezama Lima : Paradiso, Seuil, 1971.
[7]Murasaki Shikibu : Le Dit du Genji, Diane de Selliers, 2007.
[8]Adonis : Tombeau pour New-York, Sindbad, 1986, p 64.
[9]Al Fârâbi : Traité des habitants de la cité idéale, Vrin, 1990, ou La Philosophie de Platon, Allia, 2002 .
[10]Ibn Arabi : Traité de l’amour, Albin Michel, 1986.
[11]Hâfez : Le Divân, Verdier, 2006.
[12]Mouhammad Ibn-Dâniyâl : Le Mariage de l’émir conjonctif, L’Esprit des péninsules, 1997.
[13]Cheïkh Nefzaoui : Le Jardin parfumé, Tchou, 1981.
[14]Naguib Mahfouz : Les Mille et une nuits, Actes Sud, 1997.
[15]Alaa al-Aswani : L’Immeuble Yacoubian, Actes Sud, 2006.
[16]Gamal Ghitany : Le Livre des illuminations, Seuil, 2005.
[17]Titus Burckhardt : L’Art de l’Islam, langage et signification,  Sindbad, 1985.
[18]Martine Gozlan : Le Sexe d’Allah, Grasset, 2004.
[19]Malek Chebel : Traité du raffinement, Payot, 1999, p 48.
[20]Malek Chebel : Manifeste pour un Islam des Lumières, Hachette Littérature, 2004.
[21]Milton : Areopagitica, pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, Aubier, 1956, p 121.
  Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie  
7:00:39 2013.04.25
Vers le paradis fiscal français ? [1].   Un ministre du Budget veillant sur la fraude fiscale, lui-même coupable de ce qu’il est censé pourchasser ! Voilà un homme avisé, à qui va, sans ironie aucune, toute notre estime : il sait où placer et faire fructifier son argent, en une Suisse riche, démocratique et libérale où prospère le plein emploi ; il sait comment échapper à l’enfer fiscal qu’il contribue à resserrer autour du cou exsangue de ses concitoyens. Nous ne lui reprocherons donc que son hypocrisie, consubstantielle au socialisme, à cette oligarchie qui s’est perpétuée, droite et surtout gauche confondues depuis une trentaine d’année, pour s’enrichir de généreux émoluments publics prélevés sur le labeur du contribuable privé… A cette réserve près que s’il s’avère que les fortunes acquises ne le sont qu’au prix de trafics d’influences, lorsqu’il était consultant pour l’industrie pharmaceutique, il s’agit alors de biens mal acquis. Ce qui relève de la corruption. La fraude enfin atteindrait jusqu’au Président lui-même qui n’hésiterait pas à minimiser la valeur de son patrimoine afin d’échapper à l’Impôt Sur la Fortune…   A ceux qui vitupèrent contre les paradis fiscaux, faut-il répondre que le paradis est préférable à l’enfer, et plus précisément à l’enfer fiscal qui est le nôtre? Mieux vaut en effet une banque qui blanchit de l’argent sale qu’une banque qui salit l’argent propre, comme le fait notre Banque Publique d’Investissement en gorgeant de salaires ses néfastes administrateurs nourris avec le produit de la pression fiscale. Mais, me direz-vous, ce sont souvent des sommes indues, venues de la fraude fiscale justement, de la prostitution, de la drogue, du racket et du crime qui alimentent ces comptes secrets, suisses et caraïbes… En légalisant drogue et prostitution, dans le respect contractuel de la liberté et de la dignité humaine, l’on diminuera d’autant cet argent sale. Reste à traquer et punir, tâche bien suffisante, ce qui relève du vol et du meurtre…   Comment lutter contre la fraude fiscale ? En la rendant inutile. Il suffit de réaliser l’égalité fiscale entre la France et la Suisse et l’on obtiendra facilement que notre pays devienne un paradis fiscal, un havre du plein emploi, un antidote à la pauvreté… Certes le clientélisme des socialistes envisagerait cette solution avec effroi : il ne pourrait plus fabriquer et arroser (avec un argent que nous n’avons plus) ses pauvres et ses assistés qui finiraient par se responsabiliser et s’enrichir sans eux… Les comptes suisses et off-shore pullulent parmi nous. Y compris chez les grands groupes du CAC 40 qui délocalisent une partie de leurs activités, de leurs siège, jusqu’en Belgique. Que ne peuvent-ils les domicilier en France pour leur plus grand profit et par voie de conséquence pour le nôtre… L’on reproche à Amazon de s’affranchir de la fiscalité française en domiciliant son siège au Luxembourg, alors qu’il bénéficie de subventions pour installer un site en Bourgogne ; ne voudrait-il pas mieux rendre inutile ses subventions en égalisant le régime fiscal sur celui du Luxembourg ? Quand une étude de Viavoice montre que 51% des jeunes Français de 25 à 34 ans souhaitent s’exiler, ne faut-il pas s’inquiéter, ou plus exactement souhaiter de voir nos gouvernements choisir la direction de la prospérité du paradis fiscal…   Souvenons-nous qu’Hitler avait mis en place un impôt de sortie pour les Juifs qui souhaitaient quitter l’Allemagne, gagnant « la grande majorité des Allemands à l’idée de lancer des attaques sur les Juifs fortunés et de spolier leurs concitoyens juifs moins riches ; une prise de socialisme, une prise de racisme, et le fisc du pillage se mettait lui aussi en mouvement[2] ». Cet impôt de sortie était de 50% ! Le taux de 75% du Président socialiste serait surréaliste s’il n’était pas si effrayant. Pensons combien est nationaliste ce bastion fiscal qui se targue de patriotisme économique et citoyen, combien est socialiste ce prétendu paradis de la justice sociale, ce maquis de la redistribution qui dépasse les trois millions de chômeurs. Qui ne rêve que d’en finir avec le secret bancaire, pourtant gage et refuge des libertés face aux totalitarismes, y compris lorsqu’ils portent  le masque bonhomme de la moralisation des pratiques politiques et financières. La France est l’un des pires enfers fiscaux au monde, en particulier pour les hauts revenus. Mettons à part l’excès de la Suède qui prélève 56,6 %, mais dont les services rendus par l’état sont incomparablement supérieurs, ce parmi une économie par ailleurs plus libérale et plus performante. Les hauts revenus français acquittent 52%, l’Allemagne 42 %, la Suisse 39 %, l’Islande 32 %, la République Tchèque 15 %. Quant à l’impôt sur les sociétés, il est chez nous de 36,1%, alors que la moyenne européenne se situe à 23,5% (moyenne que nous contribuons à plomber vers le haut !), alors que Grande-Bretagne, Suède et Danemark annoncent des baisses à cet égard, jusqu’à 15% en Allemagne.  L’Impôt Sur la Fortune, ce dinosaure fiscal, n’existe pas ou plus chez nos voisins. Avec ces records historiques d’imposition, l’hexagone assure son avenir de récession, de chômage et de pauvreté, tout en clamant haut et fort que c’est la faute à l’ultralibéralisme et autres balivernes aussi postmarxistes qu’incultes… Sans compter la ribambelle de taxes farfelues : à l’essieu, à l’effort de construction (sûrement du socialisme !) d’apprentissage, pour les handicapés (afin que les Français le deviennent), timbres fiscaux, taxes sur les traders, les nuitées d’hôtel au-dessus de 200 €, les boissons sucrées, les carburants,  la TVS, la CVAE, CSG, CRDS, cherchez le sens des acronymes qui occupent bravement le soin des fonctionnaires : 90 pour 1000 habitants chez nous, 50 pour 1000 outre-Rhin. Le taux de prélèvement obligatoire vient de passer à 46,3 % du PIB, et encore faut-il inclure dans ce dernier les dépenses de l’état. Et l’on sait par ailleurs que trop d’impôt tue l’impôt, ce que la courbe de Laffer a montré, à cause de l’effet désincitatif sur le travail, épuisant les caisses de l’état, alors qu’une fiscalité modérée, par le biais des créations de richesses, entraîne la remontée des ressources fiscales.   Si nous ne dirons pas que tout est délicieux sous d’autres cieux, il faut comprendre l’exaspération de ces riches (sans compter ceux qui ainsi ne le peuvent devenir), honnis par nos édiles socialistes, ces riches pourchassés qui préfèrent s’enfuir sous des cieux fiscaux plus cléments, ou frauder. Voilà pourquoi leurs richesses n’irriguent pas l’économie et l’état français. Plutôt que d’en appeler à la vaine moralité citoyenne, que de prétendre renforcer police et contrôles fiscaux, et leurs fonctionnaires anti-productifs, baissons drastiquement les dépenses de l’état (56 % du PIB) et du même coup la fiscalité : taux unique en une flat tax à moins de 20% par exemple[3]. Ce qui permettrait au passage de supprimer de nombreuses dépenses parmi les ministères occupés à calculer, prélever et reverser sous forme de subventions ce leur que notre fiscocratie leur commande. Car, accuse Peter Sloterdijk : « Le fisc est le véritable souverain de la société moderne[4] ».   Que la France devienne, en toute moralité économique pragmatique un paradis fiscal, réservé autant au plus riche qu’au moins riche, est une nécessité incontournable : c’est seulement dans une libre circulation des initiatives et des richesses que la pauvreté et le chômage se rétracteront. Ainsi en accusant les riches, on se trompe de cible ; ne reste que la révolte fiscale d’abord silencieuse, ensuite moins courtoise si les portes de l’enfer ne se changent en portes du paradis. Car après l’évasion fiscale, devrait advenir l’invasion fiscale en ce paradis que pourrait être la France. Hélas, mille fois hélas, le Président français ne remettra pas les clés du paradis fiscal à ses citoyens enchainés…   Remerciements à notre ami Thierry Guinhut Thierry Guinhut: une vie d'écriture et de photographie      
[1] On reconnaitra ici la parodie du chant III de L’Enfer de Dante.
[2] Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt,  Libella Maren Sell, 2012, p 28. Voir : Peter Sloterdijk : Contre la fiscocratie, repenser l’impôt.
[4] Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt,  Libella Maren Sell, 2012, p 40.
8:03:47 2012.11.30
Projet d’amendements à la Constitution et autres modestes propositions pour la France [1]. Sinon l’indifférence générale, hors l’adhésion de quelques happy fews libéraux, elles ne rencontreront que l’effroi digne de la swiftienne proposition de manger les bébés pour contrer la famine irlandaise au XVIII° siècle. Ne leurs sera opposée qu’une fin de non-recevoir, condamnant tout espoir de moralisation et de prospérité. C’est pourtant ce qu’en partie fit Margaret Thatcher, redressant au bord du gouffre de l’Etat-providence le Royaume-Uni, ce que fit en partie la Suède, avec la même heureuse conséquence. Et que pour notre malheur, nous ne ferons pas. Thierry Guinhut   Plus de billets de l'auteur:  http://www.thierry-guinhut-litteratures.com/ 
[1] Jonathan Swift : « Modestes propositions », Instructions aux domestiques, suivies des Opuscules humoristiques, Le Club français du livre, 1966.
5:04:51 2012.10.26
Patriotisme et patriotisme économique, une vacuité ? par Thierry Guinhut
Il paraissait un concept fané, vieillot, sentant la poudre et le suint, tiré des cabanes de fond du jardin sous l’Occupation, dépassé par la Résistance. Il paraissait une gloriole nombriliste, une foucade réactionnaire de droite, un fond de poubelle d’extrême droite. Quand le patriotisme perla sous la langue de gauche du Président de tous les Français, de l’édile suprême du socialisme, sous le titre ravaudé du « patriotisme économique »… N’est-il pas alors temps d’interroger la légitimité et la vacuité du patriotisme, jusqu’à son nouvel avatar ? Il faut ici rappeler que la patrie n’est pas tout à fait la même chose que le peuple, ni a fortiori que l’état. Elle comprend « les réseaux terminologiques qui impliquent le sol et le sang par différence avec ceux qui impliquent la langue, la culture, la politique[1] » et qui relèvent du peuple. En ce sens, le patriotisme n’est pas un nationalisme. Il reste un amour de la lignée des pères (pourquoi pas « matrie » ?) et de la terre qui les a abrités. Ainsi aimer sa patrie, c’est en aimer les paysages, la gastronomie, les châteaux de la Loire et de Versailles, en un mot le patrimoine, entretenu et créé par nos ancêtres, dont nous reconnaissons les talents, de la langue de Racine à celle de Proust, dont nous recommandons les valeurs choisies, parmi lesquelles les Lumières doivent tenir une place privilégiée… Le peuple est lui plus mouvant. S’il parle une langue peu proustienne, s’il vit une culture pas toujours lumineuse, quoique ouverte, s’il affiche une tradition politique chaotique, toutes choses qui peuvent relever de son patrimoine et par conséquent permettre de fidéliser quelque sentiment patriotique, il peut se livrer à des écarts dommageables à la dignité de sa patrie. La Terreur révolutionnaire, l’enthousiaste folie qui présida au déclenchement et aux heures inaugurales de la Première Guerre mondiale, la collaboration et les épisodes sanguinaires de la colonisation ne lui font pas honneur. Car le patriotisme ne peut pas être inconditionnel et aveugle. Il est amour du territoire et de ses fleurons, mais pas au point de vénérer ni d’excuser les excès du nationalisme orgueilleux et prédateur. Ainsi, dans « L’Apothéose des héros morts pour la patrie pendant la guerre de la liberté » que Girodet peignit en 1802 pour répondre à une commande officielle de Napoléon, où l’aigle autrichien s’enfuit devant le coq français, il s’agit moins d’un patriotisme légitime, consistant à aimer son pays et le défendre contre les agressions, que de l’hubris d’un nationalisme impérialiste. Ainsi Peter Sloterdijk sait être à cet égard justement polémique : « L’Etat reste une mère métaphorique supérieure qui met les citoyens sous la coupe sociale d’une communauté de sang purement fantasmatique[2] »… C’est pourquoi le nationalisme gaulois résistant contre l’invasion romaine, de Vercingétorix à Astérix, est un patriotisme mal compris. Certes, les Romains n’étaient de tendres conquérants, mais ils ont permis le développement gallo-romain, infiniment supérieur du point de vue de la civilisation, y compris parce qu’ils savaient respecter les dieux et les cultes des pays conquis. Ce au contraire de l’invasion nazie qui vint instaurer une barbarie. L’intérêt bien compris de la patrie est d’absorber et d’être absorbée lorsque plus de libertés et de prospérités sont permises par les processus civilisationnels de pays voisins, de par la mondialisation du commerce, des techniques et des arts. Mais de refuser ce qui viendrait amputer la patrie de ses droits. Le réel patriotisme ne serait alors plus national, mais occidental, humaniste et des Lumières. Notre véritable patrie de la démocratie libérale est transfrontalière et cosmopolite, en radicale opposition avec un multiculturalisme qui laisse enfler des sociétés parallèles fascistes ou islamiques en son sein avec le projet avéré de mutiler la civilisation. Ainsi Imre Kertész, écrivain hongrois, prix Nobel 2002 pour son œuvre romanesque et autobiographique autour de son expérience traumatique de jeune Juif à Auschwitz, rejette sa patrie : « je ne suis lié à la Hongrie que par la langue, mais ni par la solidarité ni par l’affection : c’est un pays que je dois quitter avant que son système de valeur et sa moralité inacceptable ne me plongent dans la dépression.[3] » En effet, le 12 novembre 2011 (presque anniversaire de la « Nuit de cristal » nazie) une seconde « Nuit de purification » d’extrême-droite brûlait sur des buchers hongrois les livres impurs, dont ceux du Juif Imre Kertész… Quant au patriotisme économique, soudain réclamé par nos socialistes, il ne peut, à la rigueur, se justifier que lorsque la patrie et l’économie sont sur de bonnes voies. Or pouvons-nous collaborer avec un état, des gouvernements qui, depuis plus de trente ans, ont empilé les dettes, le déficit, une croissance anémique, la suradministration, un état providence pléthorique et gaspilleur, au détriment du dynamisme économique et du plein emploi. Non, l’amour de la patrie ainsi outragée ne peut s’acoquiner avec la spoliation exponentielle de notre enfer fiscal, avec le chantage du service public qui se change en sévices publics pour le contribuable, avec l’étranglement de la liberté d’entreprendre, avec la saignée bientôt mortelle infligée à la propriété légitime des richesses… Que des rentiers, des entrepreneurs, des élites du CAC 40 fuient la France pour vivre, travailler et prospérer est, moins que de l’anti-patriotisme, un véritable devoir moral. La réelle patrie est celle de la liberté et non celle de La route de la servitude[4] du socialisme français, qu’il soit de gauche ou de droite ! La prédiction d’Ayn Rand, dans La Grève[5], est en passe de se réaliser : comme son héros, John Galt, les libres créateurs de richesse font la grève et s’éclipsent pour réapparaître sous des cieux plus propices. La méthode socialiste, appauvrir le riche et décourager l’investisseur, contribue à appauvrir ce qui reste la patrie des pauvres. D’autant que ce patriotisme économique est contre-productif ; bafouant la libre circulation des biens, des énergies et des idées, il réduit celui qui le pratiquerait à l’isolement, au recul. Quand avec 1% de la population mondiale, la France détient 5% des parts du marché du commerce international, quand l’hexagone est un des tout premiers pays d’accueil des entreprises étrangères, il serait risible d’imaginer contribuer à une autarcie peau de chagrin… Les seuls critères valables pour choisir un produit restent la nécessité, la qualité et le prix, qu’il s’agisse de gastronomie ou d’armement stratégique. S’il ne reste plus que le critère géographique (à moins de vouloir boycotter un état meurtrier et menaçant), c’est forcément se priver de ces précédents critères et encourager la médiocrité et la cherté. D’autant que bien des objets sont produits de manière internationale, leurs composants pouvant être fort cosmopolites. Qu’importe la nationalité d’une entreprise, quand son internationalisation lui permet l’efficacité et le succès, alors que l’état-stratège a démontré son impéritie. Ainsi la France reste deuxième au classement Forbes des entreprises les plus innovantes, avec, excusez du peu, Pernod-Ricard, Danone, Essilor, Dassault, Dior, quand son Etat, du haut de son intelligence économique interventionniste, frôle la faillite… Malgré Eric Delbecque qui nous assure de ce que « ne doit pas être » le patriotisme économique (« repli sur soi nationaliste », « dispositif protectionniste » et « refus de la mondialisation ») et de ce qu’il « doit viser » (« la préservation du périmètre économique stratégique de souveraineté », « la vitalité et le développement des territoires[6] ») le caractère concret de ce pilotage d’état reste flou, même si l’on doit consentir à ce qu’aucun pays autoritaire et liberticide ne vienne s’emparer des entreprises stratégiques de nos démocraties que l’on espère encore libérales. Le recours à l’assertion du patriotisme économique n’est bien sûr le plus souvent que l’association du keynésianisme, du colbertisme et de la basse démagogie. Ce en masquant le capitalisme de connivence et le clientélisme entre les entreprises et l’état. Il n’y a pas d’intérêt général au protectionnisme, sans compter le risque d’être contré par le protectionnisme d’un état voisin et client, mais une somme d’intérêts particuliers à la libre concurrence, à condition que l’état ne barde pas ses codes du travail et des impôts, ses règlementations, de barrières, de normes abusives, de façon à rendre sous compétitif son outil productif. La concurrence, y compris entre états, et par-delà les frontières, est, pour Hayek et pour nous, « la seule méthode qui permette d’ajuster nos activité les unes aux autres sans intervention arbitraire ou coercitive de l’autorité[7] ». A la seule réserve que cette concurrence ne puisse pas aboutir à sa négation par la sujétion à une tyrannie politique ou religieuse qui aurait su s’emparer des industries et des services de la liberté. Est-ce le cas lorsque le Qatar, cette richissime tyrannie islamique, met en place ce qui est peut-être un djihad économique en réalisant de considérables investissements financiers en France, qu’ils s’agissent de grands hôtels, d’entreprises du CAC 40, de clubs de foot ou d’encouragement aux emplois des jeunes des banlieues, ces dernières opérations étant susceptibles de prosélytisme… Il faut alors ouvrir les yeux sur un nouvel horizon du patriotisme : ce n’est plus seulement le sol et le sang des pères qui doivent irriguer ce sentiment, mais des principes économiquement, moralement et intellectuellement supérieurs. Les ères d’ouverture des marchés et des arts ont été dans l’Histoire des grands moments de prospérité, de liberté et de paix. La xénophobie économique est au mieux de l’égoïsme et du frileux repli sur soi, au pire un suicide régressif. Pourquoi se priver des talents d’autrui, sinon pour masquer son propre manque de talent ? Plutôt que celle des pères indignes, mieux vaut alors la patrie des talents, à condition de savoir, de par le monde, la préserver. Thierry Guinhut Thierry Guinhut: une vie d’écriture et de photographie

[1] Vocabulaire européen des philosophies, Seuil, le Robert, 2004, p 907.
[2] Peter Sloterdijk : Dans le même bateau, Rivages, 1996, p 40.
[3] Imre Kertész : Sauvegarde. Journal 2001-2003, Actes Sud, 2012, p 40.
[4] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010.
[6] J’emprunte ici les têtes de chapitres d’Eric Delbecque : Quel patriotisme économique, PUF, 2008.
[7] Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 2010, p 33. Retrouvez les excellents articles de Thierry Guinhut http://www.thierry-guinhut-litteratures.com
10:28:51 2012.06.27
Du suicide économique et écologique Christian Gérondeau : Ecologie, la fin, Vingt ans de décisions ruineuses, Editions du Toucan, 320 p, 20 €.   Lucrèce, violée par Tarquin à la veille de la république romaine, se suicida pour honorer sa vertu. La France, violée par trente ans d’étatisme et d’idéologie socialiste, s’autodétruit pour entretenir ses vices. Les moyens de ce suicide économique sont hélas connus, quoique soigneusement tus, soigneusement entretenus. Il faut cependant compter parmi ceux-ci la sacrosainte déesse Ecologie.       L’exception culturelle française cumule les trente-cinq heures, l’Impôt sur la Fortune, la retraite à 62 ans et son partiel retour à 60 ans, le projet d’imposition à 75 %, alors que la fiscalité sur les entreprises est l’une des plus lourdes d’Europe. Sans compter un code du travail aussi nombreux que complexe, un smic élevé, les tentations du protectionnisme, la volonté affichée de sauver par la perfusion des subventions les entreprises en faillite au lieu de débloquer les freins à la production de richesses… Partout le contrôle de l’état, que ce soit sur le logement ou sur la sécurité sociale, partout le keynésianisme et ses contre-productifs plan de relance, partout la grande machinerie de la redistribution par le bras épuisé de l’état providence augmentent la pieuvre de la dette (avec des emprunts jusqu’à soixante ans). Et sont l’assurance de la hausse du chômage, de la perte de pouvoir d’achat, hors pour quelques privilégiés. Quant à la dictature des syndicats, elle est un serre-frein terriblement efficace, qu’il s’agisse de l’Education nationale, de la SNCF ou des dockers  qui ne parviennent qu’à faire fuir notre activité portuaire vers l’étranger… Trente ans de socialisme, aujourd’hui officiel, aujourd’hui cumulant  tous les pouvoirs, jusqu’à ceux de la presse et de l’éducation, font passer la séparation des pouvoirs selon Montesquieu pour une galéjade que l’on espère provisoire.         Aux poisons économiques et politiques, suffisamment efficaces en matière de suicide, il faut ajouter l’écologie. C’est alors que le livre iconoclaste de Christian Gérondeau apparait comme un réquisitoire criant. Contre le GIEC et ses pseudos experts d’abord, qui vivent outrageusement de leurs richissimes subsides en exploitant la crédulité populaire et politique grâce à la falsification des études climatologiques. Ils agitent le spectre du réchauffement climatique, alors que seuls quelques dixièmes de degré ont affecté le XX° siècle, alors que depuis quinze ans la température du globe est étonnamment stable. Le mythe du CO2[1] est leur bras armé, imaginant que nous sommes au bord de l’étouffement, alors que bien des périodes géologiques ont vu des pics fabuleux de gaz carbonique, cela sans menacer la faune et les dinosaures, tout en favorisant la végétation. On en aura pour preuve l’utilisation de ce gaz dans les serres, sans nuire en rien aux employés. Quant à la fonte des glaces et des pôles, peut-être provisoire, elle a probablement d’autres causes, en particulier solaire.        En plus de tordre le cou à la légende de l’épuisement rapide des ressources, notre auteur dénonce la propagande antiscientifique et irréaliste d’un AL Gore et de son film Une Vérité qui dérange, alors qu’aucun rivage n’a vu de montée des eaux, sauf d’habituelles grandes marées et affaissements de terrains. Il dénonce également, à propos de l’exploitation américaine des gaz de schiste, « un film intitulé Gasland en 2010 qui a fait le tour du monde, où l’on voit du gaz enflammé sortir d’un robinet d’eau présenté comme illustrant les risques liés aux gaz de schiste. Il devait apparaitre plus tard que l’affirmation était fausse et que le gaz concerné provenait d’une nappe d’eau phréatique où s’étaient décomposés des végétaux » (p 210). Ainsi, quand les Etats Unis deviennent exportateurs de gaz pour des décennies et créent des centaines de milliers d’emplois, nous nous privons de notre potentiel de « 6300 milliards de mètres cubes » (p 211).         De même, nous nous couvrons de champs d’éoliennes et de panneaux solaires à l’erratique et très faible productivité, qu’il faut coupler outre-Rhin à des centrales gaz et charbon pour assurer une production fiable, en recourant à de massives subventions, à un accroissement du prix du kilowattheure indu pour le consommateur, et surtout le plus pauvre, au prix d’une ponction fiscale handicapante pour la libre entreprise qui seule peut assurer notre avenir : « chaque emploi créé dans le secteur des énergies renouvelables en détruisait plus de deux ailleurs dans l’économie espagnole » (p 227).       Le non écologique et étatique français est omniprésent : non aux OGM alors que sa prometteuse filière a été éradiquée. Songeons que le grand écologiste Wilson, en 1984, prônait les techniques OGM pour combattre avec succès la faim dans le monde : « Ainsi une plante alimentaire précieuse pourra recevoir l’ADN d’espèces sauvages conférant une résistance biochimique à la maladie la  plus destructrice  à laquelle elle est sujette »[2].        Non encore aux gaz de schiste, non à l’exploration des nappes pétrolières au large de nos côtes méditerranéenne et de Guyane, sans compter le non au nucléaire, alors que grâce à ce dernier la France est une formidable exportatrice d’électricité. La conclusion ne se fait pas attendre : outre l’obscurantisme du principe de précaution et d’un mythique retour antiscientifique à la nature, « les dépenses inutiles consenties au nom d’une illusoire défense de la planète atteignent désormais à l’échelle nationale et planétaire un niveau stupéfiant » (p 291). De plus, ces « 2% du PIB, soit 40 milliards par an » pourraient être comptés ailleurs : « Combien d’écoles, d’hôpitaux, combien aussi de réductions d’impôts pour les entreprises ou les particuliers, c’est-à dire de créations d’emplois ? » (p 292).      L’essai de Christian Gérondeau (par ailleurs polytechnicien et expert ès questions environnementales qui n’en est pas à son coup d’essai[3]) informé, salutaire, péche cependant parfois par manque de précision et de concision. Sans compter qu’élogieux pour le nucléaire français il ne fait pas mention du coût du retraitement de ses déchets toxiques et du démantèlement des centrales qui deviendront probablement obsolètes un jour, quelque soient les soins apportés à leur modernisation, à leur sécurisation croissantes.          Faut-il espérer que le titre, Ecologie, la fin, soit programmatique, de l’ordre du possible et du réalisme enfin accepté, assumé ? La faillite des fabricants d’éoliennes (Vestas au Danemark) et de panneaux photovoltaïques (Q-cells en Allemagne, Photowatt en France…) aculés par la concurrence chinoise (elle aussi subventionnée et provisoire) et par une subventionnite idéologique qui n’a plus les moyens de se répandre, devrait ramener la France et l’Europe à la raison économique.          Hélas, rien n’est moins sûr. De l’écologie suicidaire des « progressistes anti-progrès »[4], il est peu probable qu’on en voit rapidement la fin. Les mentalités françaises et sud-européennes, inféodées à l’étatisme, au marxisme et à la pensée magique, les corporatismes syndicaux et idéologiques, l’enthousiasme pour les grandes causes supra-humaines comme le marxisme, la justice sociale et l’écologie, et donc anti-humanistes, sont autant de freins au principe de réalité. Plutôt que de regarder avec modestie comment s’en sortent avec succès la Suède ou l’Allemagne qui pratiquent un peu plus ce libéralisme que nous n’avons guère frôlé, même en rêve, nous continuerons à imputer nos échecs au déni de justice sociale, cet autel de la redistribution spoliatrice et contre-productive, au libéralisme, à la loi des marchés, au pouvoir des banques et de l’argent. Alors que ces derniers seraient pourtant notre sauvegarde. Quand 56 % du PIB sont consacrés aux dépenses de l’état, cet étouffant Léviathan, ne faut-il pas donner de l’air à la liberté d’entreprendre et au mérite récompensé ?        Justice sociale, plan de relance pour la croissance et écologie sont des religions perverses. Une autre écologie est-elle alors possible ? Celle du bon sens et du respect de la nature au point de respecter l’homme et son développement économique, termes en aucune manière antinomiques… Lucrèce aurait mérité de vivre ; la France mérite-t-elle de ne pas mourir ? Thierry Guinhut Thierry Guinhut: une vie d’écriture et de photographie

[1] Voir Christian Gérondeau : CO2, un mythe planétaire, éditions du Toucan, 2009.
[2] Edouard O Wilson : Biophilie, José Corti, 2012, p 176.
[3] Voir par exemple : Ecologie, la grande arnaque, Albin Michel, 2007.
[4] Pascal Bruckner : Le Fanatique de l’apocalypse, Sauver la Terre, punir l’Homme, Grasset, 2011, p 107 et suivantes.
3:10:46 2012.06.21
Serions-nous plus libre sans état ?

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Nota bene : Il n’échappera à personne qu’il s’agit là du sujet de philosophie du Bac confié aux bons soins des Terminales S. Cependant cet exercice de style ne prétend pas constituer un corrigé, encore moins un corrigé officiel, d’autant que la troisième partie, consacrée aux thèses libérales, devrait être maniée avec prudence…

[1] Bakounine : La Liberté, Pauvert, 1965, p 91.
[2] Ibidem, p 57.
[3] Ibidem, p 60.
[4] Ibidem, p 69.
[5] Ibidem, p 56.
[6] Thomas Hobbes : Eléments du citoyen, Société typographique, Neufchatel, tome 1, 1787, p 18.
[7] Thomas Hobbes : Léviathan, Folio essais, 2000, p 225.
[8] Ibidem p 288.
[9] Locke : Traité du gouvernement civil, GF Flammarion, 1992, p 159-160.
[10] La Boétie : De la servitude volontaire, Flammarion, 1993.
[11] Jean-Jacques Rousseau : Du Contrat social, Gallimard Pléiade, 2003, p 373.
[12] Ibidem, p 419 et 420.
[13] Ibidem, p 372.
[14] Bakounine : La Liberté, Pauvert, 1965, p 52.
[15] Tocqueville : De la Démocratie en Amérique, Œuvres, Gallimard, Pléiade, tome 2, p 837.
[16] Pour reprendre le titre de Friedrich A. Hayek : La Route de la servitude, PUF, 1985.
[17] Friedrich Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra, Club du Meilleur Livre, 1959, p 46.
[18] Henry-David Thoreau : La Désobéissance civile, Pauvert, 1968, p 53.
[19] Ibidem, p 57.
[20] Robert Nozick : Anarchie, Etat et utopie, PUF, 1988, p 188 et suivantes.
[21] John Rawls : Théorie de la justice, Seuil, 1987.
[22] Friedrich A. Hayek : Droit, législation et liberté, PUF, 1981, tome 2, p 79.
[23] Peter Sloterdijk : Repenser l’impôt, Libella Maren Sell, 2012, p 18.
[24] Ibidem, p 42.
[25] Adam Smith : Enquête sur la nature et les causes de la Richesse des nations, PUF, 1995, p 513.
[26] Ibidem, p 445.
[27] Ibidem, p 667.
[28] Dictionnaire du libéralisme, sous la direction de Mathieu Laine, Larousse, 2012, p 245.

8:40:22 2012.05.28
Lettre à une jeune femme politique