Lettres Arts

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Champignons du Yunnan
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« Sans liberté de blâmer….
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La génération la plus bête aura eu la peau du grand Duduche
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Chinoiseries gastronomiques
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Chroniques Littéraire par Jean-Jacques Netter
7:10:09 2013.11.30
Le pape est-il nul en Economie ? une exhortation apostolique publiée mardi 26 novembre, le Pape François a souhaité condamner la "nouvelle tyrannie des marchés" tout en plaidant en faveur d'un retour "à une éthique de l'être humain". Dénonçant le primat du marché, de la consommation et de l'argent sur l'humain, le pape ne mâche effectivement pas ses mots : « Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. (...) On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter. (…)La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout,l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. (…) Non à l'argent qui gouverne au lien de servir. »  Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. » Autrement dit : la crise financière vient non seulement d'un manque de régulation  et l’Etat, dans son essence serait naturellement bon, puisqu’apte à contrôler.   Pour citer Philippe Chalmin,   « Je resterai poli en disant que la comparaison n'est pas des plus intelligentes, d'autant plus qu'elle sous-entend que ceux qui prennent le parti des pauvres sont, de fait, socialistes. Je dirais par ailleurs que beaucoup commettent une erreur en croyant que ces déclarations font état d'une supposée révolution au sein de l’Église »….« D'aucuns diront que je suis un affreux libéral mais je pense, sans contester le droit au Pape de faire de telles déclarations, que de telles critiques nécessiteraient une connaissance bien plus approfondie sur un phénomène aussi complexe. »  Alors, Le pape François  est-il compétent en économie ? C'est la question que soulèvent Outre-Atlantique d'autres économistes libéraux qui s'attèlent à démonter point par point la critique de l'économie de marché. Pour le plus virulent d'entre eux, Tim Worstall, contributeur du magazine économique américain Forbes , qui se décrit par ailleurs comme « un bon gentleman catholique bien éduqué par les Bénédictins », le pape« n'a pas compris le monde dans lequel nous vivons. » « Les inégalités diminuent à mesure que les gens rejoignent des sociétés fondées sur l'économie de marché, la pauvreté a diminué depuis 30 ans au rythme le plus rapide qu'ait connu l'espèce humaine. Tout cela est arrivé parce que des milliards de personnes ont été libérés des exigences des versions les plus dingues du collectivisme et qu'ils ont pu rejoindre la meilleure machine à produire de la richesse jamais créée, un certain degré de marché libre. » Dans le même sens,  Samuel Gregg de la National Review américaine estime que les prédicats sur lequel le pape fonde sa critique ne sont pas justifiés. Pour lui, il n'y a aucun pays au monde où le marché soit absolument autonome, et les règles et système de régulations appliqués à l'économie sont déjà innombrables. Le magazine américain The Atlantic va encore plus loin dans l’analyse en  proposant une analogie entre la pensée du pape François et celle de l'économiste hongrois Karl Polanyi, critique de l'économie de marché auto-régulée. « Karl Polanyi est connu pour son livre La Grande Transformation, et en particulier pour une idée expliquée dans ce livre, rappelle ainsi Heather Horn : la distinction entre une "économie encastrée dans les relations sociales" et "des relations sociales encastrées dans le système économique" ». Ce que la journaliste résume en une phrase : « L'économie doit servir la société et non l'inverse. » Pour elle, c'est bien dans cette ligne que s'inscrit le pape François. « Il faut noter que le pape François, dans son exhortation, n'appelle pas à un renversement complet de l'économie, nuance-t-elle. Il ne parle pas de révolution et il n'est évidemment pas question d'un discours marxiste sur le sens de l'histoire. En revanche, François dénonce spécifiquement le règne absolu du marché sur les être humains. Il ne dénonce pas l'existence du marché mais sa domination.» Concernant les solutions pour remédier à cette crise, The Atlantic poursuit le parallèle entre François et Karl Polanyi : « Polanyi plaidait pour un socialisme démocratique dans lequel les gouvernements du monde entier travailleraient ensemble, explique Heather Horn. Et vous savez quoi ? C'est très proche de ce que le pape propose aussi. Il ne pense pas que le problème puisse être résolu par la seule charité individuelle. » Reste à savoir quelle autre forme de capitalisme ou quel autre modèle économique inventer. Reste que l'ensemble, fort heureusement, n'a jamais valeur que d'exhortation Apostolique. C'est heureux.      

Remerciements charitables à La vie

     
8:07:58 2013.11.19
Monnaie qui es-tu ?

8 leçons d'histoire économique" de Jean-Marc Daniel

La monnaie est à bien des égards un des phénomènes les plus commentés et les plus mystérieux de la réflexion économique. Assez curieusement, malgré la multitude de travaux la concernant les économistes sont incapables de définir correctement la monnaie. On peut lui donner des fonctions qui sont au nombre de trois. On peut lui donner une apparence initiale qui est l’or puisque à l’origine à la quantité de monnaie en circulation correspond à une quantité d’or. Mais on ne peut aller au déla. Les fonctions de la monnaie sont :   - de permettre l’échange de façon pratique, le troc étant peu commode -       d’associer à chaque bien un prix -       de conserver dans le temps du pouvoir d’achat, l’expression d’une valeur.   La transmission dans le temps d’une valeur est aussi une fonction de l’épargne. Pour faire la différence entre la monnaie et l’épargne, on considère que la monnaie circule tandis que l’épargne attend : est monétaire ce qui change facilement de main , est épargne ce qui est immobile. Pour faire cette différence, on choisit conventionnellement une durée d’immobilisation. Historiquement parlant, un titre financier qui ne change pas de main dans les trois mois est une forme d’épargne. En revanche, un titre financier dont l’échéance et la rotation interviennent avant trois mois est de la monnaie. Cette distinction conventionnelle se réfère aux pratiques financières anglaises du XVIII. Trois mois, c’était la durée minimale des emprunts au trésor britannique de l’époque, et qui disait alors monnaie et finance, disait déjà Londres et Angleterre. En fait, cette césure montre la difficulté à définir correctement la monnaie et par voie de conséquence en mesurer la quantité émise. Les fonctions identifiées ci –dessus ne sont remises en question par aucun économiste. Et pour cause : cette typologie a été établie par Aristote lui même. Pour définir et comprendre la monnaie, on pourrait, par delà ces fonctions, se référer à l’étymologie. Le mot monnaie vient de la déesse romaine Junon moneta, épouse de Jupiter, le roi des dieux, Junon a le pouvoir de voir l’avenir, ce qui se dit moneta en latin (en français prémonitoire est le mot qui en est directement issu). Il se trouve que les autorités romaines ont installé dans le temple de Junon l’atelier de fabrication  des pièces qui furent de ce fait qualifiées de monétaires. Le mot désigne donc à l’origine le lieu de fabrication et non la nature même des objets monétaires. Au départ, ces objets sont principalement de métaux et singulièrement des métaux qui brillent comme l’or ou l’argent. Les eaux du pactole L’inventeur de la monnaie, au sens actuel du terme, est le roi de Lydie du nom de Gynes qui en 687 av JC substitue au lingots d’or des morceaux d’électrum (alliage naturel d’or et d’argent) auxquels ont été données une forme et un poids constants. La lydie est un royaume d’Asie mineure dont le territoire est aujourd’hui situé en Turquie. Sa capitale est Sardes. Si le roi dispose de tant de métaux précieux, c’est que la fleuve qui travers Sarde en regorge. Ce fleuve s’appelle le Pactole et donnera son nom à tout trésor un peu consistant. Pactole est en fait un nom propre si bien que jusqu’au début su XX em siècles , les écrivains l’orthographient avec une majuscule. La monnaie emblématique de la fin de l’empire romain s’appelle le solidus. Elle est émise par Constantin à partir de 310. A cette date, Constantin s’apprête à partir à la conquête du pouvoir impérial. Il réside à Trèves, si bien que la première monnaie à avoir eu une réputation de pérennité et comme son nom l’indique de robustesse est née en Allemagne (pas très loin de la Bundesbank). Cette monnaie représente l’équivalent de 4,5 grammes d’or. Elle se substitue à l’ancienne pièce, l’aureus, définie sous Auguste. A l’origine l’aureus pèse 8 grammes d’or. Quand Constantin décide de battre monnaie, il n’y a plus que 5,4 grammes d’or dans les aurei. Dioclétien qui est l’empereur de 284 à 305 a plongé l’Empire dans l’inflation. Il a multiplié les pièces de monnaie pour couvrir le déficit budgétaire de l’Empire. Confronté à un effondrement des rentrées fiscales, Dioclétien réorganise les finances de l’Empire en sacrifiant le fiscus puis monétise le bronze pour payer ses dépenses. La confiance en la monnaie disparaît et le troc tend à se généraliser sur toute la surface de l’Empire. Dans la partie de l’économie restée monétaire, l’inflation s’installe.   Constantin décide de rompre avec ces pratiques. Il se convainc assez vite qu’il faut rétablir la confiance dans la monnaie. Il opère une dernière dévaluation et prend l’engagement de stabiliser le taux du solidus et de lutter contre la hausse des prix. Il joue sur l’ambiguïté du nom qu’il donne à sa nouvelle monnaie qui, pour le Romains évoque à la fois la stabilité et le soleil (sol en latin). Comment ne pas penser au soleil quand on voit une piéce d’or ? S’étant emparé de l’ensemble du pouvoir dans l’Empire en 313, Constantin fait du Solidus la monnaie impériale. Il accompagne sa réforme monétaire d’une politique de déflation par la baisse des dépenses publiques. Devenu la monnaie de Constantinople et de l’Empire byzantin, le solidus ne sera plus dévalué jusqu’au XI siècle. Il devient un étalon monétaire d’une telle importance que tout le monde la recherche ; La sagesse populaire va en garder la trace, longtemps en français, la monnaie que le peuple reconnaît s’appelle le sol que le XIX transformera en sou. Et la population de réclamer à ses dirigeants « des sous. ».     Sur le sujet de la monnaie voir aussi : http://institutdeslibertes.org/la-monnaie-ce-bien-commun/)  par Charles Gave    
1:11:07 2013.10.17
Qu’est-ce que le libéralisme ? par Raymond Aron

André Arnoux ». Il ne suffit pas qu'un chef d'entreprise proclame  la nécessité  du  profit, il faut aussi, et surtout, que sa gestion se révèle aussi efficace qu'éloquente.

Le libéralisme, tel que nous l'entendons, ne se réduit  pas  à  la  défense  et  à  l'illustration de  la  libre  entreprise  et  des  mécanismes  du marché. La pluralité  des centres de décision, la fonction jusqu'à  présent  irremplaçable  du mécanisme  des  prix  représententent  des  moda­lités   institutionnelles,  dont  l'expérience a confirmé la valeur, d'une conception de la vie collective, de l'existence humaine.

Conception que  les  uns  taxent  de  pessimiste  et  que je juge optimiste ; conception pessimiste aux yeux des  utopistes  qui,  prêts  à  donner  leur  cœur et leur vie à un parti, à un chef, à une révo­lution,  nous  reprochent  de  leur  rappeler  la retombée  fatale  de  la  mystique  en politique et le risque  de tyrannie  totale  au nom  de la libération intégrale. Mais notre pseudo pessi­misme  s'accompagne  en  vérité  d'un  acte  de foi : nous  acceptons  le risque  des libertés et de la  démocratie,  nous  faisons le pari  qu'en dépit de tout, la discussion  permanente. n'in­terdira pas la paix civile, que la contradiction des intérêts particuliers laissera se dégager des décisions compatibles avec le bien de la nation.

Nous préférons  le désordre et le tumulte des sociétés libres au calme apparent des régimes où  les  détenteurs  du  pouvoir  suprême  prétendent  détenir  la vérité  et imposent  à leurs citoyens-sujets une discipline de pensée et de parole  en  même  temps  que  d'action. Nous choisissons  les sociétés  dans  lesquelles  l'opposition  passe pour un service public et non pour un crime. Préférence et choix qui me paraissent témoigner d'un optimisme fonda­mental, ou, en tout cas, d'un courage rai­sonné.

 La pensée libérale, ainsi conçue, sans  illu­sion mais non  sans  volonté,  sans  perspective du paradis sur terre, mais non sans espoir d'améliorer peu à peu, à travers les luttes des individus et des partis, le sort du plus grand nombre, la pensée libérale  appartient-elle  déjà au passé ? Est-elle condamnée, comme d'aucuns le  prétendent,  par  le  mouvement  des idées et des événements ? Je ne nie  pas  les faits, le progrès, dans la communauté intel­lectuelle et  universitaire,  des  idées  marxistes ou  pseudo-marxistes,  le  pullulement  des actions  étatiques  qui,  trop   souvent,   faussent les mécanismes du marché sans atteindre les objectifs visés.  Seuls connaissent vraient le prix des libertés quotidiennes eux  qui souf­frent de les avoir perdues. Mais ces  libertés, elles  demeurent  pour  nous  autres . Je ne désespère pas, ou, plus exacte­ ment, je me refuse à l'attitude  du  spectateur pur. Je  me  veux  engagé  et  combattant.   [...] Extrait du discours de Raymond Aron